Professions libérales : démagogies gouvernementales

Le mardi 30 septembre, pharmaciens, notaires, avocats, commissaires-priseurs et greffiers des tribunaux de commerce, biologistes de laboratoires privés, dentistes, médecins se sont rassemblés devant le ministère de l’Économie à l’appel de l’Union nationale des professions libérales (UNAPL). Ils se mobilisaient contre le projet de loi intitulé pompeusement « loi pour la croissance » lancé au début de l’été par Montebourg encore ministre...

Ce dernier prétendait s’attaquer à la situation de « rente » et de « monopole » des professions libérales pour « restituer l’équivalent de 6 milliards d’euros de pouvoir d’achat aux Français », en les ouvrant davantage à la concurrence et à des investisseurs privés extérieurs à ces secteurs. Grossièreté démagogique d’un gouvernement qui vise à désigner à la vindicte populaire des catégories sociales privilégiées pour faire oublier sa servilité à l’égard des maîtres de l’économie et de la finance auxquels il multiplie les cadeaux.
D’ailleurs, les mesures annoncées à l’encontre des professions libérales ne vont nullement dans le sens de l’intérêt des consommateurs, de la population mais, bien au contraire, elles visent à supprimer les réglementations qui limitent les possibilités de capitaux privés de s’investir dans ces secteurs d’activité. Le refus par les professions libérales de ces mesures est donc tout à fait légitime. 
« L’indépendance professionnelle, la qualité et la sécurité des soins sont incompatibles avec les exigences de retour sur investissement qui seront inévitablement exprimées par les apporteurs de capitaux », indique l’Ordre national des chirurgiens-dentistes. Enlever aux pharmaciens leur monopole sur la vente de certains médicaments pour l’autoriser dans les grandes surfaces ne fera en rien baisser leur prix, tout en mettant en cause la qualité du service. Mais le gouvernement préfère s’attaquer aux pharmaciens qu’à l’industrie pharmaceutique, intouchable...

Tout pour les patrons et la finance...
Inquiets devant la convergence des mécontentements de cette petite et moyenne bourgeoisie, Valls a pris leur défense. Aussitôt, le nouveau ministre de l’Économie, Macron, lui a emboîté le pas : « Le mouvement de ce mardi est tout à fait légitime, je le respecte, mais c’est une manifestation contre des idées préconçues d’un projet qui n’a jamais été le mien »... tout en persistant sur l’objectif de « moderniser le pays » et de faire « baisser les prix pour les ménages et les entreprises » au bénéfice de la croissance. « Si on ne met pas l’économie française en mouvement, si l’on ne libère pas plus d’activité, on sera dans les sempiternels débats de répartition d’un gâteau qui a tendance à se rétrécir alors que la solution consiste à faire grossir le gâteau ». Sauf qu’à défaut de grossir le gâteau, le gouvernement s’emploie activement à le répartir en faveur de la grande bourgeoisie patronale et financière, non seulement au détriment des salariéEs mais aussi de la petite bourgeoisie.
Le FN a bien compris le problème : « cette réforme ne vise pas à redonner du pouvoir d’achat aux Français, mais seulement à garantir des parts de marché supplémentaires aux grands groupes et aux grandes surfaces. Les impératifs de santé publique sont ignorés, et l’aménagement du territoire mis en danger. En ce sens, il s’agit bien d’un putsch ultralibéral contre le modèle français, putsch voulu par l’Union européenne et organisé par l’UMPS. » Le FN voit dans les couches sociales qui ont manifesté le 30 une clientèle toute désignée pour lui, mais sa démagogie est symétrique de celle du gouvernement.
La dépendance vis-à-vis des banques des professions libérales est déjà grande, elle ne peut que s’accentuer, réforme ou pas. Seule la création d’un monopole public bancaire et la socialisation de l’industrie pharmaceutique permettraient à ces professions une indépendance vis-à-vis des banques, tout en rendant possible l’organisation de leur activité dans un cadre public, pour satisfaire au mieux les besoins de la population.

Yvan Lemaitre

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