Présidence des conseils départementaux : changer un peu... pour que surtout rien ne bouge !

Les quelques changements de ce « troisième tour » des départementales n’ ont pas créé de bouleversements profonds...

La fin de certains règnes a été largement commentée, notamment celui du clan Baylet dans le Tarn-et-Garonne – 40 ans de présidence familiale ! –ou encore celui de la clique Guérini dans les Bouches-du-Rhône.
Question scandale, c’est sans doute Georges Tron qui remporte la palme : alors qu’il risquait d’être renvoyé aux assises pour viol (ce qui est depuis fait...), il a défendu le plus longtemps possible, y compris contre son camp, sa propre candidature. Dans un contexte où la justice condamne n’importe quel jeune, n’importe quel militantE, tout en lui promettant un avenir compliqué, un tel cynisme en dit long sur l’arrogance des barons hors-la-loi qui prétendent s’intéresser aux politiques publiques !

Le F-haine, ça pèse...
Sur le fond, et pour l’essentiel, c’est le FN dans plusieurs départements qui fait les rois : là où il a maintenu sa candidature, dans le Gard et le Pas-de-Calais par exemple, si le PS emporte la présidence, c’est grâce au désistement de la droite. Cela souligne à la fois la « non-incompatibilité » des idées entre la gauche libérale et la droite, l’utilité pour eux du « front républicain », et la place politique que prend peu à peu le FN. Y compris dans les élections des présidents, il impose le tripartisme.
Dans plusieurs autres départements, le nombre de ses conseillers va peser sur les multiples décisions qui touchent souvent les populations les moins favorisées, autour de l’aide sociale ou de l’aide aux mineurs étrangers par exemple. La porosité des idées d’une partie de la droite avec ses propres propositions risquent de peser lourd. Sans responsabilité exécutive, mais fort de ses élus-militants, nul doute que sa stratégie d’implantation sur l’ensemble des territoires peut réussir.

Où sont les femmes ?
Si les présidents ont été partiellement renouvelés, 51 nouveaux sur 98 élus, si leur âge moyen a légèrement baissé, pour les femmes, ce « troisième tour » n’était visiblement pas le leur ! 8 élues sur 98 présidences renouvelées, soit en tout 10 femmes sur les 101 départements... Les femmes assez égales, assez capables, assez responsables pour être conseillères départementales, mais pas assez pour devenir présidentes ?
Après le bluff des binômes homme/femme de l’élection départementale, c’est le retour au sexisme ordinaire dès que les choses redeviennent sérieuses. Et si ce qui est sérieux, c’était tout simplement, en plus de la notoriété, la rémunération exorbitante de président, 5 500 euros par mois ?
Plus que jamais, nous devons porter l’exigence du scrutin à la proportionnelle intégrale et à toutes les élections, la limitation à deux mandats, le non-cumul, la rétribution des élus au niveau du salaire moyen, le droit de vote et d’être élu pour tous les étrangerEs, ce qui permettrait d’avoir des assemblées plus représentatives de l’ensemble de la population.
Les droits à l’égalité ne sont jamais donnés, ils s’arrachent par l’ampleur de nos solidarités et de nos luttes.

Roseline Vachetta

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