Wauquiez et la « trumpisation » de la droite : vers la rupture ?

L’émission « Quotidien » a révélé, le 16 février, un enregistrement sonore de Wauquiez qui donnait un cours à l’EM de Lyon. Et c’est un feu d’artifice. Au-delà des propos tenus, cette « affaire » montre une fois de plus la division de la droite. Jusqu’à la rupture ?

Laurent Wauquiez avait pourtant prévenu les 30 étudiantEs, triés sur le volet, que les propos tenus pendant ses cours devaient rester confidentiels. C’était oublier la réalité de notre société. Lors de ce cours, Wauquiez président des Républicains et probablement futur candidat à la présidentielle, s’est véritablement lâché. Les cibles du professeur Wauquiez sont nombreuses, et tout le monde en prend pour son grade : Macron qui avec son équipe aurait « largement contribué à mettre en place la cellule de démolition » contre Fillon ; Darmanin, qui « sait ce qu’il a fait » et qui « va tomber ». Mais ce n’est pas tout. Il y a aussi Merkel dont le « charisme » est questionné, Pécresse qui « ne fait que des conneries », Juppé qui a « cramé les finances de sa ville », la CGT et le MEDEF. Sans oublier la boulette, la grosse boulette : l’attaque contre Sarkozy qui aurait, selon Wauquiez, mis, à la fin de son quinquennat, tous ses ministres sur écoute. Les réactions indignées ne se sont pas fait attendre et pendant plus de 5 jours, « l’affaire Wauquiez » a fait la une de tous les médias, l’obligeant à venir s’exprimer à la télévision. 

Le professionnel 

Face à la polémique de plus en plus importante, aussi bien en interne qu’à l’extérieur des Républicains, Wauquiez a donc fait comme tous les professionnels de la politique. Il est allé sur un plateau télé, et pas n’importe lequel, celui de BFM-TV, où il s’est présenté, dans un premier temps, comme une victime. Il serait une énième victime des médias (tout comme Fillon, Sarkozy et bien d’autres avant lui) et en particulier des journalistes de « Quotidien » qui comme tous les autres seraient à la botte de Macron. Puis, dans un second temps, en faisant mine de regretter, il a décidé d’assumer, au nom de sa « parole libre » ses propos, tous ses propos ou presque. Sans grande surprise, les seuls qu’il regrette sont ceux contre Sarkozy qui garde une certaine popularité en interne. Wauquiez assume donc sa rhétorique populiste, ses propos éloignés de la vérité, sa virulence, sa vision complotiste… bref : sa trumpisation, apparemment le seul moyen pour lui d’exister face à Macron, et qui était, jusque-là, l’apanage du Front national. Une vraie stratégie qui, pour le moment, fragilise et divise son parti. 

Refonder sans rassembler

À la tête des Républicains depuis décembre 2017, Wauquiez s’est donné comme mandat de refonder son parti. Mais depuis le début de son mandat, la refondation ne semble pas passer par le rassemblement, en particulier de la droite dite « modérée », bien au contraire. Après la polémique de la semaine, de nouveaux départs ont été annoncés. Le premier a été celui de Dominiqué Bussereau, qui s’était mis en congé des Républicains, et qui a indiqué sur Twitter : « Puisque Laurent Wauquiez assume ses errements et sa violence verbale, j’en tire les conséquences : j’étais en congé des Républicains, ce soir, j’en démissionne définitivement. » Élisabeth Morin-Chartier, députée européenne proche de Juppé, a également décidé de quitter le parti et l’a annoncé dans un communiqué : « Je ne me retrouve pas dans la spirale dans laquelle notre parti s’engage ». Mais ces départs ne semblent pas inquiéter Wauquiez outre mesure, et il semble même les assumer quand il dit sur BFM-TV qu’« on ne rassemble pas en jetant un voile pudique sur les choses, en faisant croire qu’on est d’accord sur tout ». Certes, mais Les Républicains risquent de perdre gros. Qui, par exemple, parle de la campagne des Républicains sur le pouvoir d’achat lancée la veille de la polémique ? Personne. Affaire à suivre, car entre « bullshit » et politique, Les Républicains seront tôt ou tard amenés à choisir !

Joséphine Simplon 

 

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