Vote du premier tour : Double polarisation de classe

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La campagne du second tour de la présidentielle témoigne d’une forte polarisation de classe, avec un Emmanuel Macron se posant fièrement en candidat des bénéficiaires de la mondialisation néolibérale, et une Marine Le Pen se revendiquant frauduleusement candidate des excluEs de cette mondialisation...

Cette polarisation fait évidemment écho aux résultats du premier tour et à la sociologie des électorats des principaux candidats. S’il existe de multiples déterminants (âge, lieu d’habitation, etc.) permettant de distinguer des groupes de votantEs, force est de constater que ce sont les critères de classe qui ont été les plus marqués lors du scrutin du 23 avril, avec un phénomène de double polarisation.

Une première polarisation entre, d’une part, les catégories populaires, ouvrierEs, employéEs, privéEs d’emploi, jeunes et, d’autres part, les catégories supérieures, incluant notamment les cadres et les professions libérales. Mais aussi une seconde polarisation au sein des catégories populaires qui, si elle disparaît provisoirement en raison de la configuration du second tour, n’en est pas moins marquante.

Ainsi, d’après les différentes enquêtes d’opinion (Ifop, OpinionWay, BVA) réalisées autour du premier tour, Emmanuel Macron est le vainqueur incontesté du scrutin dans les « CSP + » et les foyers les plus riches. Mais il apparaît que si les catégories populaires ont placé Marine Le Pen en tête, elle est dans bien des sous-­ensembles talonnée par Jean-Luc Mélenchon, qui fait parfois jeu égal avec elle et qui la devance chez les plus jeunes.

Le FN n’est pas le parti des salariéEs !

Selon l’institut BVA, Le Pen obtiendrait ainsi 36 % des voix chez les « CSP – », contre 24 % pour Mélenchon. Mais si l’on s’intéresse plus précisément aux revenus, Le Pen et Mélenchon sont à égalité (28 %) chez les plus pauvres (moins de 1 500 euros mensuels par foyer). Et d’après l’Ifop, Mélenchon devancerait Le Pen chez les privéEs d’emploi (31 % contre 26 %, avec un Macron à 14 %). 

Ces chiffres nécessitent d’être affinés et croisés avec d’autres données : ainsi, Mélenchon obtient des scores beaucoup plus importants dans les villes que dans les campagnes, à l’inverse de Le Pen qui obtient des scores élevés dans les petites et moyennes villes. Dans les quartiers populaires, Mélenchon devance largement Le Pen qui confirme quant à elle son implantation dans les (anciens) bassins industriels du nord et de l’est.

Comme bien souvent, les enseignantEs forment une catégorie à part. Selon l’Ifop, ils auraient placé Macron en tête devant Mélenchon (35 % contre 25 %), avec Hamon à près de 15 % et Le Pen à moins de 5 %, avec une forte participation au scrutin. Une exception notable mais qui n’invalide pas la règle générale de la polarisation parmi les salariéEs et, plus globalement, les catégories populaires. 

Ainsi, si le second tour brouille considérablement les repères de classe, le premier tour confirme que la prétention du FN à représenter notre camp social face à Macron est un mensonge. L’abstention demeure élevée dans les classes populaires (environ 30 %), et la percée de Mélenchon, malgré les critiques que nous avons pu formuler à l’égard de sa campagne, ainsi que la faiblesse des scores de Le Pen chez les syndiquéEs (voir article en page 8), indiquent que le FN n’a pas gagné la partie chez les salariéEs. Pour lutter contre l’extrême droite, la reconstruction d’une conscience de classe est nécessaire… et possible. 

Julien Salingue

 

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