Violences policières, violences d’État

Une fois de plus, les dernières semaines ont été marquées par la multiplications des cas d’exactions policières.

Cédric Chouviat est mort dans la nuit du samedi 4 au dimanche 5 janvier, suite à une violente interpellation policière le vendredi. Comme toujours, les premières versions policières ont mis en avant la thèse du « malaise ». Mais très rapidement, les témoignages, les vidéos, et les résultats de l’autopsie, qui révèle « une manifestation asphyxique avec une fracture du larynx », indiquent que Cédric est une nouvelle victime de violences policières.

Techniques mortelles 

Selon les témoignages, confortés par les vidéos, il aurait subi une clé d’étranglement et/ou un plaquage ventral, écrasé au sol par quatre policiers, qui l’ont asphyxié. Des techniques policières malheureusement courantes en France, alors qu’elles sont interdites dans plusieurs pays européens. C’est le même type de violente interpellation qui avait provoqué la mort d’Adama Traoré en juillet 2016.

Les versions policières ont évolué, qui ont évoqué le fait qu’il téléphonait depuis son scooter, ou alors que sa plaque d’immatriculation était illisible car trop sale. Mais quel que soit le motif du contrôle policier, il apparaît, au vu des témoignages et des vidéos, que c’est le fait que Cédric Chouviat a filmé son interpellation qui a énervé les policiers, alors que c’est son droit le plus strict, et qu’ils se sont sentis autorisés à le violenter, jusqu’à la mort.

Alors que Castaner, l’éborgneur en chef, évoque poliment, au sujet des circonstances de la mort de Cédric, « des questions légitimes, auxquelles des réponses devront être apportées en toute transparence », il apparaît évident que cette mort vient s’inscrire dans la longue liste des victimes de violences policières. Et il n’y a aucune confiance à avoir dans l’enquête qui va avoir lieu suite à l’ouverture d’une information judiciaire pour « homicide involontaire », confiée à une IGPN dont la partialité n’est plus à démontrer. 

Déchainement de violences le 9 janvier 

Quelques jours plus tard, le jeudi 9 janvier, lors de la manifestation contre la « réforme » des retraites, c’est un énième déchainement de violences policières que nous avons subi, avec des scènes particulièrement insupportables à Paris, Nantes ou encore Toulouse. À un point tel que, le lendemain, le Monde, peu connu pour sa radicalité, publiait un éditorial dans lequel on pouvait lire : « La manifestation intersyndicale contre la réforme des retraites, jeudi 9 janvier, a été émaillée à nouveau par ce qu’il faut bien appeler, sans s’encombrer de guillemets, des violences policières. Les multiples vidéos montrant des manifestants frappés au sol par des fonctionnaires, ou encore celle où l’on voit un agent tirant à bout portant au LBD – le parquet de Paris a ouvert une enquête sur ce geste extrêmement dangereux – suffiraient à révulser n’importe quel citoyen. » 

De son côté, le jeune collectif Reporters en colère dénonce la multiplication des exactions contre les journalistes qui couvrent les manifestations, qu’il s’agisse des interpellations ou des violences physiques, avec des dizaines de cas documentés au cours des ­dernières semaines. 

« Ça s’appelle des violences policières »

La situation est telle que plusieurs membres du gouvernement et de la majorité ont été contraints d’admettre, parfois à demi-mots, qu’il s’agissait bien de « violences policières », à l’image de Benjamin Griveaux, candidat à la mairie de Paris, le 13 janvier sur France Inter : « Ça s’appelle des violences policières ». Mais bien évidemment, du côté de la Macronie, nul n’admet le caractère systémique de ces violences, et l’on parle donc de mauvais comportements individuels, de « dérapages », etc., à l’instar d’Édouard Philippe lors de son passage au 20 heures de France 2 le 12 janvier : « Il faut parfois utiliser la force pour amener l’ordre. Mais quand il en est fait un usage disproportionné, alors il doit y avoir enquête, et sanction le cas échéant. » 

La multiplication des cas d’exactions policières n’est pas une coïncidence, elle est le fruit d’une politique d’État. Au côté des victimes, de leurs familles, de leurs proches, nous le disons et le répétons : il est grand temps d’en finir avec les violences et l’impunité policières, encouragées par le pouvoir en place et sa gouvernance autoritaire. La responsabilité de Macron, Castaner et Cie, est engagée, et nous ne l’oublierons pas : pour Cédric, comme pour tous les autres, justice doit être faite ! 

Julien Salingue

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