Violences policières devant le lycée Hélène Boucher (Paris 20e): l’escalade

Le vendredi 17 janvier, peu après la rentrée des cours à 8h, une violente charge policière intervient contre des lycéens juchés sur des poubelles qui avaient mis en place un « barrage filtrant » à l’entrée de l’établissement. Des élèves sont violemment jetés à terre, certains sont gazés au visage à très courte distance, des coups de poings, des claques, des insultes… Plusieurs blessés légers et un traumatisme durable pour des jeunes ayant pour la plupart 16 ou 17 ans.

Cette intervention fait suite à plusieurs semaines de répression marquée notamment par des interventions policières systématiques et l’implication personnelle de la cheffe d’établissement qui s’est permise de photographier et filmer les élèves à chaque tentative de « blocage » pour constituer ses dossiers et déclencher ensuite des procédures d’exclusion temporaire et des conseils de discipline. Des pratiques au passage totalement illégales mais qui nous en apprennent beaucoup sur les pratiques actuelles du pouvoir.

Ce que ces agressions nous apprennent sur le conflit en cours…

D’abord le contexte : situé sur le Cours de Vincennes non loin de la place de la Nation, le lycée a la réputation d’être le « bon » établissement de l’est parisien, avec ses classes préparatoires et ses élèves souvent majoritairement issus des CSP+. Mais il a aussi la chance de jouxter une annexe importante du ministère de l’intérieur et d’avoir à sa tête une chef d’établissement, Armelle Nouis, membre de la direction du SGEN-CFDT et de Terra Nova, qui passe une partie de son temps à défendre dans les médias la politique de Macron…

Autant dire que les jeunes qui ont tenté de bloquer plusieurs fois l’établissement sont plutôt de bons ou très bons élèves, assez conscients de ce qu’ils font et assez peu enclins aux « débordements » qui servent généralement de prétexte aux interventions policières musclées dans les établissements des quartiers populaires. La violence est d’autant plus significative : au-delà de l’ambition personnelle d’une cheffe d’établissement fortement politisée qui cherche à montrer l’exemple de la fermeté avec le soutien manifeste du rectorat, l’enjeu est visiblement au sein de l’établissement de mettre au pas non seulement les élèves mais aussi l’ensemble des personnels. Cet épisode n’est pas sans lien avec les réformes en cours qui modifient en profondeur le travail et le statut des enseignants et qui visent tout autant et durablement à consolider une atmosphère de crainte et de respect envers l’autorité.

Dans l’immédiat, cela s’est vu de manière caricaturale cette semaine au cours de la réunion convoquée par Armelle Nouis avec les enseignants pour tenter de reprendre la main. Dans la droite ligne des « vérités alternatives » de Jean-Michel Blanquer, le SNES local qui avait pris l’initiative d’une dénonciation publique dès le vendredi midi avec un premier rassemblement a été accusé de tenir des propos « erronés » par la proviseure et les événements ont été depuis largement réécrits par elle. Tenter simplement d’établir des faits et discuter ce qui s’est passé est considérée comme une volonté de nuisance et toute parole dissidente est immédiatement délégitimée. 

… et les difficultés d’y répondre 

Un coup de force aussi grossier n’aurait cependant pas d’efficacité sans des appuis nombreux au sein de l’établissement. C’est d’abord le cas au niveau des enseignants qui croient faire « carrière » en travaillant dans un établissement plutôt « bien côté » et adhèrent aux réformes de ParcourSup qui a radicalement transformé les conditions d’accès dans le supérieur en remplaçant une logique d’examen par une sélection sur dossier. Les blocages sont vus comme des perturbations inacceptables et certains n’hésitent pas à se réfugier derrière l’idée que s’il y a eu une intervention de la police (sans beaucoup de témoins, après la rentrée des cours à 8h…), c’est « sûrement » parce qu’il y a eu des « débordements » du côté des élèves.

Cette cécité volontaire s’observe également chez certains élèves et certains parents, soit parce qu’ils pensent qu’ils peuvent profiter du système et ne veulent s’occuper de rien d’autre, soit par peur d’être mis sur le côté s’ils ne font pas profil bas. La sélection sur dossier où tout écart peut être sanctionné, auquel s’ajoute un bachotage permanent pendant 2 ans en 1ère et terminale, ont pour effet de stresser un peu tout le monde et cela influe déjà directement sur les comportements. 

Ce nouvel épisode de violence policière a heureusement suscité malgré ce contexte défavorable l’indignation d’une partie des élèves et des personnels, et au-delà, avec de nombreuses motions d’AG des lycées du 12e et 20e, des prises de positions communes au niveau syndical, mais aussi d’associations comme la FCPE, la LDH ou Attac… Un rassemblement a eu lieu lundi à 7h30 devant l’établissement et il a été un beau succès avec plus de 150 personnes présentes très motivées et indignées ! Il y avait de l’ambiance.

La bataille politique est donc loin d’être perdue, bien au contraire, on peut même dire que ce genre d’épisode ouvre les yeux d’un nombre croissants de jeunes et d’enseignants. Mais ce n’est jamais gagné d’avance.

Correspondant

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