Vers une grève politique contre Macron et son monde

Que la journée de grève du jeudi 5 décembre se traduise par un blocage du pays à un niveau que l’on n’avait pas vu depuis novembre-décembre 1995 est une quasi-certitude. Ce que nous ne savons pas encore, c’est à quel point ce succès de la grève pourra convaincre au-delà des deux secteurs (RATP et SNCF) qui ont déjà décidé de reconduire la grève, que c’est le moment d’engager l’affrontement contre Macron et son gouvernement.

Une grève politique

Car la principale caractéristique, et la cause de l’écho rencontré par l’appel au 5 décembre, c’est que, pour celles et ceux en grève et dans la rue jeudi, il ne s’agit pas d’une habituelle « journée de grève syndicale », mais d’une grève politique. D’abord parce que Macron a fait de la « réforme » des retraites la « réforme » de fond de son quinquennat, celle qu’il a posée comme emblématique de sa capacité à imposer un changement de paramètres sociaux. Mais, à travers les actions multiformes des militantEs, des réseaux sociaux, la mesure commence à en être vraiment prise par une majorité de la population : la retraite par points c’est la fin de la protection sociale collective pour imposer à chacunE de se soumettre à la pression de l’exploitation tout au long de sa vie pour accumuler des « points de retraite ». Et comme personne ne pourra, pour autant, échapper à la précarité de ce nouveau système en phase avec la précarité généralisée du monde du travail, toutes celles et tous ceux qui le pourront devront se résoudre à alimenter les assurances privées qui lorgnent sur ce gâteau. Assurances privées qui, et cela est également largement discuté, ne disposent nullement de la garantie que les fonds avec lesquels elles spéculent ne s’évaporeront pas dans des retournements boursiers.

La marmite du mécontentement bout

Une grève politique, aussi, parce qu’elle se construit dans une continuité de luttes. Des luttes certes plus souvent défaites que victorieuses (comme celles des cheminotEs en 2018, des enseignantEs durant l’année 2019), des luttes toujours en cours (comme celles des hospitalierEs ou des pompierEs), mais qui ont renforcé la compréhension du sens particulier des différentes attaques et leur inscription dans un projet global d’affaiblissement du monde du travail pour permettre aux possédants d’imposer des conditions de travail toujours plus génératrices de profits. Non seulement les défaites n’ont pas écrasé les salariéEs qui ont mené, ces batailles, mais elles ont trempé leur colère contre ce gouvernement et surtout contre Macron qui se place au centre de tous les affrontements sociaux et politiques. 

Cette rage contre Macron et son monde, son projet ravageur de start-up nation, a aussi été légitimée par toutes les mobilisations qui ciblent Macron sur différentes questions politiques : la ténacité des Gilets jaunes en lutte contre le mépris des classes populaires, la jeunesse mobilisée pour la justice climatique, le renouveau du mouvement féministe, en particulier contre les violences, le refus de l’islamophobie et de toutes les politiques racistes. Au cours de cette année 2019 ce sont des millions de personnes, pas habituées à revendiquer, qui ont occupé la rue et se sont occupé de politique. Des colères qui se sont croisées, des expériences qui ont fait bouillir la marmite du mécontentement.

L’espoir qui naît c’est que, puisque nous sommes toutes et tous dans le viseur, nous pouvons surmonter les divisions pour entamer un combat que nous pourrons gagner. S’il s’agit de défendre nos retraites, il nous faut transformer ces colères en révolte sociale et politique contre Macron et toutes ses réformes, au service d’une minorité.

Cathy Billard

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