Vent de colère et écrans de fumée

Premiers effets de la mobilisation des gilets jaunes ? La présentation du projet de « loi d’orientation des mobilités » s’est faite sous le signe de la volonté affichée de « sortir du tout-voiture » et de « désenclaver la France périphérique ». 

Mais à y regarder de plus près, on se rend compte, une fois de plus, que le gouvernement tente, au moyen de quelques écrans de fumée verte (et jaune ?), de dissimuler la nature profonde de sa politique : destructrice sur les plans social et  environnemental. 

En effet, au-delà de quelques mesures symboliques (et peu ou pas financées), l’essentiel demeure, avec entre autres le maintien de projets routiers qui vont accroître le trafic, les nuisances et la pollution, entre autres les contournements à Strasbourg, Arles ou Rouen. À noter également, comme le souligne le Réseau action climat, le report de la vignette poids lourds « alors que le transport routier bénéficie d’une concurrence déloyale face au fret fluvial et ferroviaire », ainsi que le maintien des avantages fiscaux sur le kérosène pour le transport aérien et sur le gazole pour le transport routier.  

Et que penser des annonces concernant le ferroviaire, dans lequel l’État promet d’investir massivement ? Le « en-même-tempisme » macronien pourrait faire sourire si la situation s’y prêtait, mais ce n’est malheureusement pas le cas. Ainsi, les déclarations de la ministre des Transports Élisabeth Borne, qui promet que « l’État va aussi investir à hauteur de 2,6 milliards pour augmenter l’offre de trains au quotidien, là où il y a le plus de besoins » sont une véritable provocation contre toutes celles et tous ceux qui se sont mobilisés contre la loi ferroviaire porté par ce même gouvernement au printemps dernier, et qui constatent l’accélération des fermetures de « petites lignes », des Hautes-Alpes aux Cévennes en passant par l’Auvergne. 

On remarquera, enfin, l’usage désormais coutumier d’une novlangue destinée à rendre plus séduisant le projet de société rétrograde que l’on veut nous imposer. Pourquoi parler de « mobilités » et non de « transports » ? Comme si le fait de devoir se déplacer toujours plus pour se rendre au boulot (quand on en a un), pour accéder aux services publics ou, tout simplement, faire ses courses, était synonyme de dynamisme et de liberté… 

À chacune de ses annonces, la Macronie semble se complaire un peu plus dans une posture où l’hypocrisie le dispute au mépris. À n’en pas douter, cette attitude alimente le vent de colère qui souffle dans le pays et qui pourrait, dans les semaines qui viennent, se transformer en tempête.

Julien Salingue

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