Vallser avec la droite ou se noyer dans une nouvelle gauche plurielle ?

Premier secrétaire du PS, Cambadélis a parlé d’un « succès sans joie ». Le PS a perdu 220 conseillers régionaux... et 4,5 millions euros d’indemnités d’élus par an. Mais il a aussi fini de perdre toute boussole politique.

La direction du PS pense avoir sauvé les meubles en conservant cinq régions, alors que la droite les avait quasiment toutes perdues en 2010. L’utilisation des attentats du 13 novembre pour mettre en place l’union nationale derrière le gouvernement, l’état d’urgence, la reprise à son compte d’une bonne partie du programme du Front national, en particulier la déchéance de nationalité et le discours islamophobe, ont permis au PS de limiter la casse sur le plan électoral.
Le désistement en faveur de la droite en PACA et dans le Nord s’inscrit dans la même logique : montrer que le PS est le garant de la République. Cela correspond à l’attente de nombreux électeurs du PS qui voient dans le FN un danger immédiat pour la démocratie parlementaire, mais aussi et surtout à une logique implacable : celle de construire des formes d’accord entre la droite et le PS, et donner à la bourgeoisie une forme politique de domination plus stable qu’actuellement. En effet, le FN n’est pas pour l’instant une solution pour la classe dominante pour gérer ses affaires, le PS et la droite ayant sa préférence. Mais encore faut-il qu’ils en soient capables, car actuellement, ils n’ont pas du tout la garantie d’être présents au deuxième tour de la prochaine présidentielle.

Un PS à la croisée des chemins

Deux solutions s’offrent donc au PS. La politique de Valls est la recherche d’alliance sur sa droite, soit sous la forme d’une grande coalition à l’allemande, avec une partie de la droite, soit sous la forme d’une recomposition sur la droite comme en Italie. Tout cela sur une orientation qui se décalerait encore d’un cran : état d’urgence, répression, politiques antisociales, attaques contre les chômeurs...
Valls estime que le FN réalise ses scores sur la base du chômage, il lui préfère donc la précarité : « Moi je veux faire sortir mon pays de cette accoutumance pour le chômage. Je veux que la valeur travail soit partagée par tous ».

La réalité est à côté : l’extrême droite se nourrit toujours des déclassements, de ceux qui ont vu leur statut social se dégrader, vers le chômage, la précarité ou d’importante baisses de leurs conditions de vie. La réponse de Valls, autoritaire et libérale économiquement, est donc une illusion sur la moyenne durée. Il se prend pour un Bonaparte capable de se situer au-dessus des partis. Hollande lui-même hésite à prendre cette position qui aurait l’avantage de lui ouvrir une possibilité de victoire en 2017, mais l’inconvénient de le couper de ce qui reste de populaire dans la base militante du PS. Et cela n’arrêterait en rien le FN...

Cambadélis pour une nouvelle gauche plurielle ?

Cambadélis, qui dans sa jeunesse a lu les analyses de Trotski sur le fascisme, a une réponse moins destructrice pour le parti qu’il dirige : il demande au gouvernement de combattre la précarité. « L’inflexion est dans la lutte contre le précariat. Il s’agit de concentrer nos efforts sur le précariat […] Si nous travaillons vraiment contre la précarité, je pense que nous asséchons l’abstention et le vote FN ». Mais, comme le dit Benoît Hamon, si c’est pour obtenir de nouvelles attaques contre le droit du travail, cela n’a pas d’intérêt…
Cambadélis propose donc aux écologistes et au PS de « retrouver le chemin de l’union ». Et l’ancienne ministre Cécile Duflot, dirigeante d’EELV, tend « la main à François Hollande. Qu’il revienne à l’esprit de 2012 et rassemble enfin écologistes et communistes désireux de rejoindre un bloc majoritaire de transformation. » Au programme, « 250 000 emplois jeunes et inventer un contrat jeunes entrepreneurs». Grosso-modo les recettes de la gauche plurielle... qui avaient mené Jospin à être éliminé du second tour de la présidentielle en 2002 !

La capitulation de Syriza, une leçon à portée générale

En 2002, comme en Grèce aujourd’hui, avec la crise profonde du capitalisme, il n’y a pas de politique réformiste possible dans les institutions, de redistribution de richesses en maintenant les profits à un niveau élevé. Les réformistes doivent donc attaquer les travailleurs… et saper leur base sociale, leur électorat.

Dans cette discussion, les courants qui se situent à la gauche du PS n’ont pas trop le choix. Autant il pouvait paraître crédible pour eux il y a quelques mois de construire une coalition entre les « frondeurs », EELV et le Front de gauche (ce que propose maintenant Ensemble ! avec un temps de retard), autant la menace du FN rend ce projet caduque : chacun sait que pour que avoir des éluEs, il faut permettre au PS d’être présent au second tour, et s’allier avec lui. L’explosion du Front de gauche, le ralliement de toutes ses composantes au PS dans l’entre-deux-tours, la marginalisation de Mélenchon, est le signe de la faillite à construire un courant autonome du PS qui ne souhaite pas assumer la politique de celui-ci... tout en s’alliant avec lui dans les institutions.
Il est temps de tirer ce bilan et de construire un parti pleinement indépendant du PS… et donc des institutions du capitalisme !

Antoine Larrache

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