Valls prêt à liquider le PS pour ses ambitions

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Valls a franchi un pas de plus dans son rôle de champion du front républicain pour, dixit, barrer la route au FN. Il envisage très sérieusement de proposer aux Républicains une fusion des listes avec le PS au second tour des élections régionales là où le Front national risque de l’emporter, en Nord Pas-de-Calais voire en PACA.

Contrer ainsi le FN est peu crédible de la part du chef d'un gouvernement dont la politique le nourrit. Bien au contraire, comme le disait Martine Aubry, c'est la meilleure façon d'alimenter la rengaine du FN dénonçant l'UMPS. Une rengaine qui trouve quelque légitimité dans la continuité assumée par le gouvernement avec la politique de Sarkozy. Marine Le Pen d'ailleurs se félicite non sans ironie : "L'UMPS est né dans la bouche de Manuel Valls et le sera dans les faits entre les deux tours en décembre. (...) Je suis très heureuse. Il y aura d'un côté les patriotes et de l'autre l'UMPS décomplexé. (...) Nous quitterions enfin l'imposture du faux clivage gauche-droite pour aller vers le vrai clivage, celui qui oppose patriotes et mondialistes".

Tout cela, Valls le sait mais sa préoccupation n'est pas, en réalité, de faire obstacle au FN dont il sait très bien qu'il se nourrit des surenchères de son propre gouvernement contre les salariés, les classes populaires ou les migrants. Son souci, c'est sa propre ambition. Et, perdu pour perdu, autant aller jusqu’au bout en se dégageant totalement d'un parti qu'il juge fini tout en posant à la fois au champion de la lutte contre l'extrême droite, au-dessus des intérêts de parti, avec en ligne de mire les recompositions politiques que les régionales vont accélérer et, pourquoi pas, 2017 ou après... Il ne veut pas laisser le terrain à son rival, le jeune Rastignac du gouvernement, Macron.

Ni la gauche ni la droite ne veulent de cette fusion, mais si au final Marine Le Pen dans le Nord ou Marion Maréchal-Le Pen en Paca l'emportent, lui n'aurait pas la responsabilité de leur victoire. Il espère ainsi améliorer son costume d’homme d’Etat indépendant des partis.

Recomposition républicaine...

Valls mise aussi sur une recomposition du paysage politique après les régionales, puis à la présidentielle et aux législatives de 2017. Loin de combattre le FN, il mise sur son succès qui obligera les forces dites républicaines à se rassembler pour constituer une majorité. Il fait le pari que la montée du FN va provoquer une recomposition vers l'extrême droite ou la droite extrême, en laissant la place pour un rassemblement gauche-centre-droite, une sorte de grande coalition à la française.

Il n'a que faire des protestations de son propre camp. « Il y en a assez d'une forme de cynisme, d'hypocrisie, de faire comme si cette question ne se posait pas. Elle se posera au soir du premier tour pour chacun". Ce à quoi Cambadelis répond, plein de subtilité : "Je n'ai pas l'habitude de mettre mon caleçon après mon pantalon. Il faut faire les choses dans l'ordre. (...) J'appelle l'ensemble des socialistes à se concentrer sur le premier tour. Tous les socialistes !"

À droite, sans surprise, c'est une fin de non-recevoir.

"Je n'entre pas du tout dans ce langage. Précisément, à un moment, face au FN, il faut assumer", rétorque Valls alors que Hollande renvoie la balle aux "partis qui doivent s'organiser par rapport à ces enjeux". Cela fait un moment que lui-même veut se voir en 2017 candidat de la grande coalition anti-FN...

Face à ces joutes politiciennes et ambitions rivales qui agitent le microcosme des serviteurs des classes dominantes et du patronat, il y a urgence à ce que les travailleurs, les classes populaires, les jeunes prennent eux-mêmes la parole, se fassent entendre pour se préparer à mettre un grand coup dans la fourmilière.

Yvan Lemaitre

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