Strasbourg : après l’attentat du 11 décembre

Le 11 décembre 2018, quelques instants avant la fermeture du marché de Noël, Chérif Chekatt a tiré sur 15 personnes avec un revolver dans le centre-ville de Strasbourg, 4 d’entre elles étant décédées à ce jour. Les victimes de cette tuerie sont français, italien, thaïlandais et franco-afghan.

Depuis plusieurs années, l’accomplissement d’un tel geste était malheureusement prévisible, avec la « bunkerisation » de la ville au nom de la sécurité, la capitale alsacienne accueillant près de 2 millions de touristes pour cette foire capitaliste qui n’a vraiment plus rien d’authentique et qui ­pourrit la vie des habitantEs.

Contre toutes les récupérations

Ce geste meurtrier a été commis par un jeune strasbourgeois de 29 ans qui est né, a grandi et habitait dans un quartier périphérique de la ville. Depuis son enfance, il cumulait un nombre impressionnant de condamnations pour des délits de droit commun, comme un symbole des failles du système carcéral en terme de réinsertion, ainsi que de celles du système éducatif.

La mort de l’auteur de la tuerie, abattu par les forces de police le 13 décembre au soir, ne nous permettra pas de comprendre le pourquoi de son geste, qu’il ne s’agit évidemment pas d’excuser mais bien de comprendre, et laissera les victimes dans le plus grand questionnement. C’est pourquoi il faut s’opposer à toute manipulation visant à expliquer son acte par une « dérive islamiste » non prouvée à ce jour, même si une personne l’aurait entendu crier « Allahu Akbar » et si Daesh a affirmé qu’il était l’un de ses opérateurs… 

Et l’on ne parlera même pas ici de ces vautours qui se sont jetés sur cette tragédie pour développer leurs discours islamophobes et/ou ultra-sécuritaires, à l’instar d’un Laurent Wauquiez (« Combien d’attentats commis par des fichés S devons-nous encore subir avant d’adapter notre droit à la lutte contre le terrorisme ? ») et de Marine Le Pen (« Un changement radical doit intervenir, puisque la politique contre le terrorisme est manifestement défaillante »), une fois de plus à l’unisson.

Cyniques appels au calme

Le 14 décembre au soir, Macron est venu à Strasbourg déambuler dans le marché de Noël afin de réconforter  les commerçants et rencontrer les familles des victimes. Un tel geste a été vivement apprécié par la population présente, et la personne qui a crié « Macron démission » s’est fait promptement huer. Mais il ne s’agit que d’une odieuse récupération de cette tragédie, à un moment où la politique « sociale » en faveur des plus riches est vivement contestée par la rue. 

Les appels au « calme » adressé par le gouvernement aux Gilets jaunes afin de ne pas épuiser les forces de l’ordre étaient également d’un odieux cynisme, alors même qu’une mobilisation des exploitéEs de ce pays prend forme, se développe, alimentée par une politique et un mépris de classe de ceux-là même qui appellent désormais au « calme ».

Pire, un tel attentat a permis au préfet, bras armé du gouvernement, de tenter de restreindre les libertés publiques en interdisant par un arrêté préfectoral la manifestation du 18 décembre en faveur des migrantEs, qu’elle soit statique ou dynamique, au nom de la sécurité et de la mobilisation des forces de l’ordre contre le terrorisme. En revanche, celle prévue le 16 décembre en mémoire des victimes était autorisée… Le NPA 67 s’est battu pour dénoncer cette manipulation et pour œuvrer à ce que la manifestation du 18 ait lieu. 

CorrespondantEs

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