Sécurité sociale : Oui Fillon rime bien avec privatisation !

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Pour gagner la primaire de la droite, Fillon a mis l’accent sur son programme antisocial « à la Thatcher » : suppression de 500 000 postes de fonctionnaires et privatisation de la Sécurité sociale. Il n’a pas tardé à en avoir l’effet boomerang.

Ses annonces ont suscité inquiétude et colère chez toutes celles et ceux (et ils restent la grande majorité de la population) qui mesurent les conséquences de la destruction de la Sécu. Le PS et l’extrême droite ont saisi l’occasion pour se donner à bon compte un brevet de « défenseurs » de la Sécurité sociale. Fillon et ses porte-parole s’emploient depuis à déminer le terrain. Ils rejettent toute idée de privatisation, se posant au contraire en sauveurs d’une Sécurité sociale en perdition...

Les annonces très primaires de Fillon

À l’occasion du débat avec Juppé, le 24 novembre dernier, il affirmait : « Oui, je propose que la Sécurité sociale se concentre sur les risques principaux […], affections graves et de longue durée. Donc on va discuter avec les partenaires sociaux de la composition de ce panier de soins qui devrait être couvert par la Sécurité sociale. Et je souhaite que pour ce qu’on appelle le petit risque, on aille vers les assurances complémentaires. »
En clair, l’assurance maladie (la Sécurité sociale), obligatoire et commune à touTEs, serait réduite à une couverture minimum et aux soins coûteux réalisés à l’hôpital. C’est le « panier de soins ». Le reste, dit « petit risque » serait à la charge d’assurances complémentaires collectives ou individuelles (les consultations chez le médecin de ville, les soins à domicile, une large part des médicaments, etc.). Ce financement irait de pair avec le recentrage du système de santé sur la médecine et les professionnels libéraux travaillant hors hôpital, hôpital où les séjours seraient réduits au strict minimum.
Quant au « panier » complémentaire, privé, il dépendrait du niveau de l’assurance souscrite, mutuelle ou assurance commerciale, et donc des moyens financiers de chacunE. Bref l’explosion des inégalités sociales face à la santé.

La société des risques... et des profits !

Quand Fillon tente d’affirmer qu’il ne s’agit pas d’une privatisation de la Sécurité sociale, il joue délibérément sur les mots. Dans ce domaine comme dans les autres, la logique d’une société fondée sur le profit consiste à confier au secteur privé ce qui est rentable (et donc potentiellement source possible de profit), mais à socialiser les pertes, et donc à faire payer le plus possible les faux frais du système aux classes populaires.
Tel est le schéma que le candidat de la droite « décomplexée » veut appliquer à la santé. Le remboursement du « petit risque » (les soins courants) peut rapporter gros : il serait confié aux assurances, dont le montant, à la charge du patientE, exploserait. Le « gros risque », non rentable, resterait lui à la charge de la Sécu, mais avec des « dépassements d’honoraire » et des suppléments à la charge du patientE.

De plus, Fillon entend très fortement aggraver le montant des franchises payées par le malade avant d’avoir droit aux remboursements. Comme c’est le cas pour une assurance voiture, il faudrait commencer par s’acquitter de plusieurs dizaines, voire centaines d’euros, avant que l’assurance n’entre en jeu. Et bien sûr, malheur à celles et ceux qui ont la mauvaise idée d’être trop malades : il ne pourraient plus s’assurer qu’à des tarifs prohibitifs.

Le retour de la question sociale

C’est à juste titre que la ministre de la Santé Marisol Touraine et le PS dénoncent donc la privatisation de la Sécu. Le « petit » problème, c’est que Fillon ne fait que donner un grand coup d’accélérateur à la politique menée par le PS au cours de ces cinq dernières années.
Quant à Marine Le Pen, dans la pure tradition « national-socialiste », elle reprend à son compte la dénonciation des contre-réformes libérales par le mouvement syndical et la gauche radicale... mais pour la canaliser vers des boucs émissaires, les « étrangers », les « fraudeurs », afin d’éviter de s’en prendre aux vraies causes : la baisse de la part patronale des cotisations sociales, la question de la répartition des richesses.
La polémique actuelle n’a qu’un seul mérite : elle ramène la campagne présidentielle sur les questions sociales, et les solutions à leur apporter : un système de santé entièrement public, des prestations exclusivement prises en charge par la Sécurité sociale et financées par les cotisations sociales, ce qui implique la suppression de toutes les assurances complémentaires.

J.C. Delavigne

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