Sauvons-nous nous-mêmes !

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Que ce soit aux Etats-Unis avec la victoire de Trump ou en France avec l’élection de Fillon à la primaire de droite et la montée de l’extrême droite, le temps semble au triomphe de la réaction. Il est facile d’en faire porter la responsabilité à des classes populaires désespérées et votant pour des démagogues, des milliardaires, des racistes – ce que font nombre de commentateurs. Ce serait la faute, non à Voltaire, mais à ces prolétaires qui ne voteraient plus pour leurs partis habituels ou déserteraient les urnes.

Il y a probablement un peu de vrai : une partie des exploités, des laissés pour compte de la société capitaliste, intérimaires à vie, précaires, chômeurs, déclassés, est prête à voter pour n’importe qui à condition qu’il se présente comme anti-système, sans regarder de près le programme ni qui est l’individu en question. Ainsi, aux Etats-Unis, une partie des classes populaires blanches, du moins de ceux qui se sont déplacés pour voter, a mis un bulletin Trump dans l’urne, une façon de dire qu’il y en a marre des politiciens traditionnels et de leurs promesses non tenues. Mais une plus grande partie encore ne vote plus.

 

Les vrais responsables

Pourquoi les classes populaires forment-elles les gros bataillons des abstentionnistes ? Aux Etats-Unis, les espoirs placés dans Obama ont été douchés : ce premier président noir qui avait recueilli de nombreuses voix non seulement de Noirs mais aussi, et c’est souvent lié, d’ouvriers américains, n’a pas du tout œuvré en leur faveur. Des millions de personnes ont été expulsées de leur logement à cause des crédits à taux variable distribués sans vergogne par les banques à des gens dont elles savaient qu’ils ne pourraient peut-être pas rembourser.

Les dirigeants de Wall Street n’ont pas été inquiétés, alors qu’ils sont coupables d’avoir mis l’économie mondiale en péril et fait basculer dans la misère des millions de personnes. Les salaires ont considérablement baissé, notamment dans l’industrie automobile. Les crimes perpétrés par la police sur des jeunes Noirs n’ont pas cessé et les responsables ne sont jamais condamnés. La candidate démocrate, Hillary Clinton, était si ostensiblement liée au milieu d’affaires qu’elle ne pouvait être prise au sérieux en prétendant être du côté des masses, même contre un adversaire aussi caricatural et grossier que Trump.

En France, c’est le PS qui est aux affaires et on voit le résultat désastreux pour les classes populaires. En dépit des affirmations sur la baisse du chômage dont tout le monde sait à quel point c’est faux, la situation des salariés, des privés d’emploi n’a pas changé depuis que Hollande, dont l’ennemi était paraît-il la finance, gouverne le pays. Toutes les mesures ont été prises en faveur des patrons, du CICE, milliards déversés sans aucune contrepartie, à la loi Macron, en terminant par la loi El Khomri qui a fait descendre dans la rue des centaines de milliers de manifestants. Une loi qui symbolise la volonté du PS de favoriser les entreprises, en déréglementant tout ce qui peut l’être et en revenant sur des décennies d’acquis des luttes ouvrières.

Sans parler bien sûr de l’attitude indigne par rapport aux migrants. Le pouvoir s’est aligné sur l’extrême droite pour stigmatiser les réfugiés, craignant qu’en faisant preuve d’un peu d’humanité, il perde quelques voix. Il est tellement plus facile de trouver des boucs-émissaires ! Quant à la répression déployée contre ceux qui protestent, elle est inédite en France depuis des décennies. Alors, vraiment, on comprend que nombreux soient ceux et celles qui ne sont pas très motivés pour aller mettre un bout de papier dans l’urne.

 

Pas d’état de grâce à prévoir

Pour le moment donc, la situation semble favorable aux possédants, car notre camp est déstabilisé, déçu et désillusionné par les politiciens auxquels il avait jusqu’à présent, plus ou moins, fait confiance.

Mais à force de tirer sur l’élastique, il se casse. Les colères, les révoltes sont intactes, et leurs raisons toujours plus nombreuses. Aux Etats-Unis se préparent des manifestations énormes le jour même de l’investiture de Trump, le 20 janvier prochain. L’état de grâce n’existera pas pour lui.

Pas plus que pour le prochain président français, probablement François Fillon, lequel a déclaré vouloir casser la baraque et affirme qu’il y a « une surestimation des forces de résistance sociale ». A nous de lui prouver qu’il se trompe lourdement. Les maigres illusions dans le PS ont volé en éclats, et devant la brutalité des mesures que le candidat de droite veut imposer à la population, il est nécessaire de réorganiser notre camp, d’admettre qu’il n’y a rien à attendre des politiciens et qu’il est temps de compter sur nous-mêmes, sur nos propres forces. C’est précisément le sens de la candidature de notre camarade Philippe Poutou aux élections présidentielles.

Régine Vinon