Sarkozy, président du FN ?

Alors que les candidats à la primaire de la droite et du centre seront validés le 9 septembre, Sarkozy a annoncé officiellement sa candidature en fanfare raciste et xénophobe.

Difficile de dire aujourd’hui combien il y aura au final de candidats à cette primaire qui auront réussi à rassembler les parrainages de 20 parlementaires, de 230 élus locaux venant de 30 départements et de 2 500 militantEs. Fillon, Le Maire, Juppé et Sarkozy, mais c’est moins évident pour Copé, Mariton, et les anciens fidèles de Sarko qu’étaient NKM, Guaino ou Lefebvre. Mais ce qui est sûr, au vu de la rentrée des uns et des autres, c’est que la primaire va se jouer sur la droite extrême et plutôt dans les caniveaux. Sarkozy – mais il ne sera pas le seul – a choisi de concurrencer le Front national sur son propre terrain de la démagogie xénophobe et raciste, tout en avançant un programme économique ouvertement ultra-libéral et susceptible de plaire au Medef, à la différence de celui du FN parce qu’il ne remet pas en cause l’euro.

Tout pour le Medef...

Après « quatre années de mensonge et d’immobilisme », les Français, écrit Sarkozy dans son livre Tout pour la France qui vient de paraître, sont « prêts à accepter des remises en cause et des avancées inimaginables par le passé ». Et Sarkozy de faire sien le mot d’ordre du groupuscule d’extrême droite Génération identitaire, « on ne recule plus ».

Licenciements économiques facilités et plafonnement des indemnités de licenciements, réduction du nombre de représentants du personnel, suppression du compte pénibilité, liberté de « chaque entreprise » de « déterminer librement le temps de travail de ses salariés » ainsi que le seuil de déclenchement des heures supplémentaires, « dégressivité des indemnités de chômage », recul de l’âge légal de départ en retraite à 63 ans en 2020 et 65 ans en 2025, suppression de 300 000 postes dans la fonction publique où le temps de travail passerait à 37 heures payées 37... Un véritable programme de combat contre les travailleurs.

Et, pour les patrons et les riches, le jackpot. Des baisses d’impôts et des exonérations de cotisations sociales sont au programme de tous les candidats de la primaire mais avec Sarkozy, c’est encore mieux. Il promet entre autres choses la disparition des droits de succession pour les héritiers en ligne directe jusqu’à 400 000 euros, la pérennisation du CICE (contrat initiative-compétitivité-emploi) et le doublement de son montant, et surtout de pouvoir choisir « l’instauration d’un prélèvement forfaitaire libératoire au taux unique de 26 % tout compris » (y compris les 15,5 % de prélèvements sociaux) sur les dividendes, les intérêts et les plus-values mobilières, ce qui aboutirait à un taux d’imposition de 10,5 % seulement.

… et pour tenter
d’occuper la place du FN

Sur le terrain de l’immigration, Sarkozy a largement pillé le Front national en promettant une « baisse drastique de l’immigration » par l’arrêt de l’immigration économique et la suspension du regroupement familial. Il veut durcir les conditions d’accès à la nationalité française et réclame, pour un renforcement des frontières intérieures de l’UE, un nouveau traité de Schengen. Même chose sur le terrain sécuritaire, en particulier au nom de la lutte contre le terrorisme. Il faudrait selon lui « placer dans centre de rétention fermé, ou assigner à résidence sous surveillance électronique, les individus français fichés et susceptibles de constituer une menace pour la sécurité nationale ».

Tout comme ses rivaux même s’ils s’en défendent, Juppé disant par exemple qu’il ne veut pas d’un « Guantanamo à la française », Sarkozy fait feu sur l’islam. « Radical et politique », ajoute-t-il en bon hypocrite, mais ses propos sont très clairement discriminatoires à l’égard des musulmans. Il n’a pas manqué de se saisir de l’affaire du burkini pour claironner qu’il souhaitait une loi pour interdire tout « signe d’appartenance extérieur à la religion dans notre pays ». Sauf certainement – comme Philippot ou le maire de Béziers, Ménard – les processions religieuses et les cornettes des religieuses catholiques... Il veut supprimer les menus de substitution dans les cantines scolaires et interdire le port du voile à l’université.

La bataille pour savoir qui, du FN ou des Républicains, dirigera la droite extrême en train de se constituer, est d’ores et déjà engagée.

Galia Trépère

 

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