Retraites : une « réforme » qui ne peut que réjouir le patronat

Le président du Medef Geoffroy Roux de Bézieux a déclaré le 19 décembre 2019 qu’il n’était pas demandeur de la réforme des retraites. Pourtant dans un texte publié sur son site le 10 octobre 2018, l’organisation patronale  formulait ses exigences répétées à maintes reprises. Elles sont intégralement satisfaites par le projet de loi.

Extraits du texte du 10 octobre 2018 : « La réforme systémique des retraites doit viser à mettre en place un système lisible et acceptable pour tous les actifs, qui permette de réaliser l’équité entre les régimes privés et publics en rassemblant les 42 régimes actuels, et dont l’équilibre financier soit assuré à long terme. »

« Le levier de l’âge »

« Le Medef soutient le principe d’un dispositif universel dans lequel chaque euro cotisé donne les mêmes droits, quel que soit le statut du cotisant.

Il y a plusieurs conditions à la réussite du nouveau système :

– Afin que chaque euro cotisé apporte les mêmes droits, il faudra clairement distinguer entre les droits acquis par le travail, financés par les contributions des actifs et des entreprises, et les dispositifs de solidarité financés par l’impôt ;

– Un dispositif de pilotage doit assurer la pérennité du système ; il devra nécessairement prendre en compte l’allongement de la durée de la vie ;

– Il est inenvisageable d’augmenter les cotisations ou de baisser les pensions, pour des raisons économiques et sociales ;

– Tous les régimes (privé, fonctionnaires, régimes spéciaux) doivent fusionner au même rythme dans le nouveau système. Dans un souci d’équité, il faudra veiller à ce que les réserves des régimes qui en ont, à l’exemple de celles du régime Agirc-Arrco qui résultent des cotisations payées par les salariés et les entreprises du privé, bénéficient à ceux qui les ont constituées.

– Nous devons assurer l’équilibre du futur système et donner la priorité au levier de l’âge, à l’exemple de ce que les partenaires sociaux ont su mettre en place dans les régimes Agirc-Arrco. »

Vers la capitalisation 

Une belle constance de la part du patronat qui, en janvier 2017, faisait les « propositions » suivantes : 

« Le système de retraite, pour être accepté, doit conjuguer l’équité entre tous les Français quel que soit leur statut (salarié, indépendant, fonctionnaire…), la solidarité entre les générations pour que les jeunes qui paient les retraites de leurs aînés aient ensuite à leur tour la retraite qu’ils attendent, la simplicité d’un système général unifié, et enfin la souplesse car aujourd’hui, les actifs ont plusieurs vies professionnelles et peuvent changer de statut.

Cela nécessite d’agir en trois étapes :

– À court terme, sauver le régime actuel en faisant en sorte qu’une solidarité intergénérationnelle puisse s’exprimer pour les plus âgés, sans que cela obère non plus l’avenir de nos jeunes ou la compétitivité de nos entreprises. Pour cela, relever l’âge du départ à la retraite est indispensable.

– À moyen terme, engager une réforme systémique qui permette la fusion de nos trop nombreux régimes de retraite autour d’un socle de solidarité pour tous et de 3 régimes (salariés, fonctionnaires, indépendants) basés sur un système à points permettant une souplesse accrue et un passage de l’un à l’autre.

– À moyen terme également, créer les conditions du développement de la retraite supplémentaire de retraite basé sur la capitalisation, et la démarche individuelle. »

Ainsi, malgré les nuances exprimées par le Medef au cours des dernières semaines, qui concernent davantage la forme que le fond, nul doute que la « réforme » Macron est en pleine adéquation avec les volontés du patronat. 

Correspondant 

Claude Serfati, économiste, chercheur auprès de l’IRES, est l’auteur, entre autres, de L’industrie française de défense, (Ed. La Documentation française, 2014) et Le Militaire: une histoire française (Ed. Amsterdam, 2017)

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