Retraites : toute la culture est dans la rue !

Le terme de « culture » peut apparaître comme un terme un peu flou, regroupant des professions aussi variées que des danseurEs, des journalistes, des ébénistes d’art, des technicienEs, des bibliothécaires… Désormais uniEs dans la lutte, grâce à Macron et à sa contre-réforme des retraites !

Après les transports et l’éducation, la culture aura été l’un des secteurs les plus inattendus mais également les plus largement mobilisés depuis le début du mouvement. Quelques jours avant le 5 décembre s’est tenue, à la BnF (Bibliothèque nationale), l’une des toutes premières assemblées générales des  établissements du ministère de la Culture. Cette AG nombreuse, près de 120 personnels, a ouvert la voie à une grève reconductible, rejointe ensuite par la Bibliothèque publique d’information, le musée du Louvre, les manufactures nationales, l’Opéra de Paris… À la BnF, comme ailleurs, ce qui frappe particulièrement c’est l’ampleur de la grève lors des journées nationales, marquées également par des fermetures de nombreux établissements, monuments et musées nationaux. Mais c’est aussi la présence importante des agentEs en manifestation derrière leurs banderoles d’établissements, rapidement rassemblées derrière celle de l’intersyndicale « Toute la culture est dans la rue »

« Quand les bibliothécaires sont dans la rue, c’est que quelque chose ne va vraiment plus »

Dès les premières journées nationales, la grève a été revotée largement, et a même fini par s’élargir à de nouveaux établissements. Cela a notamment été rendu possible par les tentatives de structuration autour d’AG de secteurs (« de la culture et des arts » et « inter-bibliothèques ») pour surmonter le fractionnement qui caractérise le secteur. C’est ainsi que la manifestation du jeudi 16 janvier a été marquée par un très large cortège « bibliothèques en lutte » adossé à celui de la culture.

« La culture » est un secteur à part. Il est en partie un secteur plus « discret » du mouvement social, avec moins de personnels que l’éducation et moins d’impact économique immédiat que les transports ou l’énergie. Mais il est cependant un secteur qui, au cours de ces dernières années (au moins) a été particulièrement attaqué par les politiques d’austérité des gouvernements successifs. Le combat des intermittents, ainsi que les luttes pour le maintien des métiers, des budgets, contre les suppressions de postes et pour le paiement des primes y ont été très nombreuses, très fortes et parfois victorieuses. La lutte contre la dégradation du service public de la culture et de sa privatisation y est également centrale : la grève de Radio France en est l’exemple le plus éclatant. Partie sur la question du plan de suppression de postes, elle s’est pourtant complètement inscrite dans le mouvement pour la défense de nos retraites. Le musée Guimet, très mobilisé depuis le début, est également en lutte (notamment) pour le paiement de 35 vacataires qui n’ont pas touché leur salaire de décembre. Les exemples sont nombreux… 

« Tout ce qui dégrade la culture raccourcit les chemins vers la servitude » (A.Camus)

Enfin, n’oublions pas le caractère symbolique infini dont sont porteurs les arts et la culture et celles et ceux qui la font. Symbolique et économique tout d’abord, puisqu’il aura suffi de bloquer le Louvre une journée pour que le monde entier parle du mouvement de grève ! Mais symbolique également, parce que les concerts et les spectacles des grévistes de l’Opéra de Paris ont ému aux larmes nombre d’entre nous. Et ce faisant ils nous ont rappelé que nous nous battions aussi pour un modèle de société différent : où la retraite et les loisirs nous permettraient de profiter de la beauté des arts, où la culture serait « dans la rue », c’est-à-dire accessible à toutes et tous, gratuitement. Les conditions de travail, de création, mais également les choix d’investissements sont des choix politiques. Cette contre-réforme des retraites, en plus de détruire un peu plus nos conditions de travail et de vie après le travail, s’accompagnera nécessairement dans notre ministère d’une baisse des budgets alloués à la création.

La « disparition » de Franck Riester

Autant de revendications que nous aurions souhaité pouvoir porter et expliquer auprès de notre ministre Franck Riester le lundi 20 janvier, où il était censé prononcer ses vœux pour l’année 2020 à l’ensemble des « professionnels de la Culture ». Pour ce faire il avait choisi – provocation ou inconscience ? – le hall de la BnF François-Mitterand. Les agentEs de la bibliothèque, dont une bonne partie sont en lutte depuis le 5 décembre, n’étaient évidemment pas invités. Malgré cette précaution, trop inquiet sans doute de risquer de devoir débattre avec ses agentEs, il a finalement préféré annuler sa venue, preuve de sa démission politique. Qu’à cela ne tienne, les travailleuses et les travailleurs de la culture et des arts, eux, ont des choses à dire, à chanter, à danser, à lutter et à gagner… Et pour cela elles et ils avaient décidé d’appeler malgré tout à leur « vœux  à la Culture » le lundi 20 janvier, en lieu et place de leur ministre, sur le parvis de « leur » bibliothèque.

Manon Boltansky

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