Répression : avènement de l’État autoritaire

Retour sur l'année 2017. En 2017, la France est passée d’un État répressif de droit bourgeois à un État policier, autoritaire. Ce qui s’est traduit par la pérennisation de l’état d’urgence exceptionnel dans le droit ordinaire. 

L'année 2017 a vu l’accentuation de la suprématie du pouvoir exécutif sur le législatif et sur la justice, la suppression permanente de nombreux droits et libertés, la criminalisation de toute résistance sociale, l’assignation sociale renforcée des habitantEs dans les quartiers populaires et l’enfermement de fractions de notre classe jugées inutiles et/ou dangereuses. 

Police partout

Testés lors des révoltes des banlieues, les flashballs et les LBD, « armes non létales mais pouvant tuer », ont blessé de nombreux manifestants. 42 l’ont été très grièvement, 12 ont perdu un œil. De mai 2016 à mai 2017, 639 manifestations ont été interdites totalement ou partiellement. Les arrestations ont souvent donné lieu à des comparutions immédiates, conduisant à des peines renforcées. Dans le même temps des militantEs à Ford, PSA, à La Poste, dans le social, à l’inspection du travail... ont été lourdement condamnés pour faits syndicaux.

Dans les quartiers populaires, parfois seul « service public » restant, la BST (brigade spécialisée territorialisée) est chargée de faire régner un ordre néo-colonial à coups de bouclages de quartiers, de contrôles au faciès, d’interpellations violentes. Des pratiques dignes du code de l’indigénat, entraînant régulièrement des drames irréversibles, comme pour Théo ou Adama, ou comme plus récemment à Lille où des jeunes fuyant les policiers ont été happés par un train. 

Cette année, la justice a utilisé un délit non inscrit dans le code pénal, mais bien inscrit dans la vie des personnes solidaires des migrantEs, le délit de solidarité : harcèlement, perquisitions, gardes à vue, amendes, peines de prison avec sursis pour une dizaine d’entre elles.

Un seul objectif : faire peur, dissuader, nous diviser, nous mater.

Libertés pour touTEs

La lutte contre le terrorisme est utile au gouvernement, elle lui sert à justifier ses interventions militaires à l’étranger, bien qu’elles contribuent à nourrir le terrorisme, et à militariser, à l’intérieur des frontières, sa guerre de classes. La lutte antiterroriste, à la fois politique et militaire, permet la fusion des missions des basse et haute polices telles la lutte contre la petite délinquance ou le maintien de l’ordre public et le renseignement, ainsi que la criminalisation des résistantEs à l’ordre ultralibéral. Sous la pression de manifestations policières factieuses, la loi de sécurité publique du 6 février a installé la présomption de légitime défense des policiers, aligné leurs règles de tir sur celles, plus souples, des militaires, anonymisé leurs procédures. Police militarisée dotée d’armes de guerre et armée formée au maintien de l’ordre public avec l’opération « Sentinelle » : avec la surveillance soupçonneuse, le quadrillage sécuritaire, la multiplication de personnels armés, c’est à l’occupation militaire de nos places que nous assistons.  

La loi « renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme » du 3 octobre fait entrer l’état d’urgence dans le droit commun. Elle légalise les pratiques actuelles et permet les dérives futures, grâce à l’inscription dans le droit pénal de la suspicion à la place du fait avéré. Elle confirme définitivement les périmètres de protection, les assignations, les perquisitions administratives, et autorise la fermeture de lieux de culte musulmans. Selon Christine Lazerges, présidente de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH), interviewée par Mediapart, « si l’extrême droite arrive un jour au pouvoir, la France serait dans une situation extrêmement difficile en matière de libertés. Un tel pouvoir n’aurait absolument rien à ajouter à ce texte. »

« Quand tous les pauvres s’y mettront… »

Le nombre de personnes privées de liberté augmente : + 1,1 % en un an dans des prisons surpeuplées dans lesquelles 1 457 personnes dorment par terre. Les actes de petite délinquance sont toujours punis plus durement, et ce sont toujours ceux et celles de notre camp social qu’on enferme : les ouvrierEs ou chômeurEs (63,5 % des prisonnierEs) et les jeunes descendantEs d’immigréEs.

Si le nombre des assignations à résidence a diminué, les étrangerEs peuvent, eux, y être contraints de manière illimitée, notamment dans le cadre des dispositifs PRADHA et CARDA, dont le nombre de places va être augmenté car ils permettent de « stocker » les migrantEs dublinés puis de les expulser discrètement. 

L’ensemble de ces dispositifs supprime bon nombre de droits, notamment ceux à l’asile, à l’égalité, à la dignité, à la libre circulation, ainsi que celui de se défendre. Certains préfets, sûrs de leur immunité, n’hésitent plus à s’affranchir de la loi, comme à la gare de Garavan et aux frontières alpines

Le tournant hyper-répressif de 2017 a durci les conditions de nos luttes. Mais il a aussi permis à de plus en plus de personnes de prendre conscience que les lois des dominants sont parfaitement illégitimes. Des lois voulues par un gouvernement des riches qui réprime pour détruire les droits sociaux, les services publics, la solidarité, et auquel il sera nécessaire, d’imposer, en 2018, un « tous et toutes ensemble ! »

Roseline Vachetta

Licence créative commons

Nos articles sont publiés sous licence Créative Commons. Voir les détails.