René Padernoz : bilan d’un mandat municipal à Yenne

René Padernoz, horticulteur, a été élu en 2014 maire de Yenne, une commune de près de 3000 habitants. La ville était dirigée par la droite depuis les années 1950, avec une parenthèse dans les années 1980. En 2017 il a accepté de donner sa signature à Philippe Poutou, le candidat du NPA à la présidentielle. A l’issue du 1er tour des élections municipales de mars 2020, nous l’avons interviewé pour tirer le bilan de son expérience municipale.

Bonjour René, et merci d’avoir accepté de répondre à nos questions. Toi et ton équipe avez été élus avec quelles orientations ?

Bonjour. Nous avions le soutien d’Europe Ecologie Les Verts pour les cantonales en 2011 et je ne cachais pas ma proximité, étant plus jeune, avec les milieux libertaires. Toute l’équipe ne se reconnaissait pas forcément dans ces orientations politiques, mais nous partagions tous l’objectif de mener des projets écolos, de diriger la ville avec transparence et honnêteté, et de donner la priorité aux intérêts communs face aux intérêts particuliers, en refusant le clientélisme.

Alors, quels sont les projets que vous avez pu réaliser, en particulier ceux qui correspondent à cette orientation politique ?

Nous avons fait énormément de choses, quatre fois plus que ce sur quoi nous nous étions engagés. Nous avons notamment finalisé pas mal de projets d’aménagement qui traînaient depuis les précédents mandats. Pour ce genre de travaux, nous avons au maximum travaillé avec les employés municipaux, en redynamisant les équipes, pour éviter de faire appel au privé. Voici quelques exemples de ceux que nous avons développés.

Côté social, nous avons introduit un quotient familial pour la cantine scolaire, ainsi que des produits bio et locaux. Nous avons également mis en place une restauration scolaire pour les très jeunes enfants. Un terrain multisport a été construit pour les jeunes. Un local a été acheté 72 000 euros par la commune et sa gestion a été confiée au Secours Populaire après travaux par les employés communaux. Malgré les baisses de la dotation de l’Etat (250 000 euros en moins par an), nous avons pu maintenir les postes des ATSEM, avec 1 par classe environ. Un salarié de la commune qui enchaînait les CDD a même été titularisé.

Et côté écologie ?

Un gros projet de renaturation des marais de Lagneux a été conduite. 18% de la superficie de la commune est inondable, les zones humides en bordure du Rhône sont très importantes à Yenne. 800 000 euros de travaux subventionnés à 80% ont été engagés (le budget de la commune est de 2,5 millions par an). La restauration a été conduite en partenariat avec le Conservatoire des Espaces Naturels de la Savoie (CEN-73). C’est une réussite, de nombreuses espèces animales et végétales sont de retour dans la zone, notamment 60 espèces d’oiseaux migrateurs. Cette restauration est la 1ère Obligation Réelle Environnementale (ORE) de France. Pour 800 000 euros également, nous avons réalisé la rénovation énergétique de l’école élémentaire. Nous avons aussi mis en place une extinction nocturne de l’éclairage public, ce qui a pu ne pas plaire à tout le monde. Enfin, en tant qu’élu siégeant au Syndicat du Haut-Rhône, j’ai milité pour plus de transparence et pour qu’une étude sur la sédimentation, l’écologie et la pertinence des seuils soit conduite sur le vrai Rhône, qui correspond au lit naturel du Rhône passant à Yenne (17% du débit d’origine), le canal fluvial passant du côté de Belley. Pas grand-chose sur les transports, dont l’organisation ne dépend pas de la commune. Nous avons malgré tout créé des parkings de covoiturage.

Et concernant le fonctionnement démocratique de la commune ?

Nous avons systématiquement introduit des questionnaires dans les bulletins municipaux, avec un taux de réponse moyen de 4%. Je n’avais pas de permanence, mais je recevais toutes les personnes m’en faisant la demande. Mais il s’agissait souvent de démarches cherchant à défendre des intérêts privés, ce à quoi je n’accédais pas. Tous les ans, nous organisions une réunion publique, les dernières étant sur le Plan Local d’Urbanisme. A ce sujet, nous avons tout simplement appliqué la loi, sans rentrer dans les logiques clientélistes, ce qui a été diversement apprécié. Dans la même logique, nous avons également revu les tarifs de l’eau, pour que certaines entreprises grosses consommatrices payent le même prix au m3 que les particuliers. Cela non plus n’a pas plu à tout le monde. Au niveau de la communauté de commune, nous avons rééquilibré le nombre d’élus des différentes communes, au prorata de leur nombre d’habitants. Cela a conduit à une meilleure représentation des habitants de la ville de Yenne, ce qui a fait grincer des dents dans certaines autres communes. Au conseil municipal, c’était la 1ère fois que la parité femmes-hommes était appliquée, la loi à ce sujet datant de 2013. Nous y sommes parvenus, mais pour 2020 une forte proportion des candidates de 2014 n’a pas souhaité se représenter, au contraire des hommes. Enfin, pour la campagne de 2020 j’ai décidé de ne pas recevoir de coup de main financier d’entreprises du coin, même celles tenues par des copains. Nous avons fait une campagne sobre et nous sommes débrouillés pour la financer nous-mêmes. Je ne suis pas sûr que cela soit le cas de l’autre liste.

Dans beaucoup de grandes villes, la vidéosurveillance est un marqueur politique important. Qu’en est-il à Yenne ?

Cela a été un débat dans notre équipe pendant tout le mandat. En raison des nombreux vols, les gendarmes poussaient pour l’installation de caméras, pour résoudre les affaires. Plusieurs habitants se dotaient de caméras privées chez eux, mais elles filmaient aussi l’espace public. En ce qui me concerne, j’en avais marre que tout le monde se gare n’importe comment le plus près possible du centre-bourg, sans respecter les parkings extérieurs. Pour ces trois raisons, nous avons finalement décidé d’installer des caméras pour 50 000 euros, dont 10 000 euros de l’Etat qui ont tardé à venir et 20 000 de la Région par la suite. L’installation est en cours. C’est pour moi une mesure honteuse, contraire aux valeurs de beaucoup d’entre nous dans l’équipe, mais je l’assume car elle correspond à une triste nécessité.

Aux 1er tour des municipales de 2020, ta liste a fait 40%, contre 60% pour François Moiroud, proche de LR et de Hervé Gaymard, la participation s’élevant à 54%. Ton analyse ?

Par rapport à 2014, il nous manque plus de 17% de participation. Ce vote manque de légitimité, de nombreuses personnes nous soutenant ne sont pas allées voter par crainte de l’épidémie. Nous sommes favorables à ce qu’un nouveau vote ait lieu, même si nous n’allons pas faire de campagne active sur le sujet. Si les habitant.e.s de Yenne souhaitent revoter, à elles et eux d’agir ! Au-delà de la faible participation, il est clair que notre score est décevant. Une raison est que nous avons toujours fait passer l’intérêt général avant les intérêts privés. Les personnes qui ont des intérêts privés à défendre savent se mobiliser pour les élections.

En 2017, tu avais accordé ta signature à Philippe Poutou, le candidat du NPA à la présidentielle. Quel bilan tires-tu de cette caution démocratique ?

Ce n’était en effet pas un soutien politique de ma part, mais je considère que les idées de Philippe Poutou et celles du NPA méritent de pouvoir s’exprimer aux présidentielles. J’ai en plus rencontré Philippe qui avait fait le déplacement à Yenne, je l’ai trouvé très sympathique et j’ai trouvé qu’il avait fait une bonne campagne. J’ai beaucoup apprécié avoir reçu ses vœux à plusieurs reprises, depuis. C’est sûr que cette signature ne m’a pas fait gagner des voix, mais je n’ai aucun regret à ce sujet. On a souligné la diversité de mes soutiens politiques, en s’interrogeant sur leur cohérence. J’ai été élu aux cantonales avec le soutien des Verts, j’ai signé pour Poutou et aux législatives de 2017 j’ai soutenu l’élection de la candidate LREM Typhanie Degois car je voulais que le candidat LR sortant, Dominique Dord, soit battu. C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles la droite s’est bien mobilisée aux municipales à Yenne.

Sur le terrain social, nous avons vécu une séquence intense ces derniers mois, avec la lutte contre la casse de nos retraites mise en place par Macron. Quel est ton avis là-dessus ?

J’ai fait le choix d’agir localement, à l’échelle de ma commune, et cela a occupé plus de 100% de mon temps. Je n’ai donc pas trop suivi ni le contenu de la réforme ni la mobilisation. Étant issu du monde agricole, je vois que l’espérance de vie en bonne santé est largement liée au milieu social et à la profession exercée. Je pense qu’un système de retraite équitable devrait être basé là-dessus.

Propos recueillis par le NPA 73

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