Refuser le « Grand débat ». TouTEs ensemble, continuer le combat

Le Grand blabla ne vient pas à bout de la mobilisation. Alors que les premiers actes des marionnettistes du dit « grand débat » se déroulent sous le feu des médias qui diffusent en boucle les images de Macron en bras de chemise, la couverture des mobilisations des Gilets jaunes décroît en proportion...

Samedi dernier, le ministère de Castaner a compté très exactement le même nombre de manifestantEs qu’une semaine plus tôt. Un hasard total ? 

Du blabla sous protection policière

Pour le pouvoir, il est évidemment difficile de prétendre que les manifestations sont affaiblies, alors que toutes celles et ceux qui y participent se voient plus nombreux. Le gouvernement pratique donc la pédagogie de l’auto-suggestion pour convaincre que les cadres du débat sont en train de devenir le réceptacle des revendications des Gilets jaunes.

La mascarade de zones disproportionnées en état d’urgence policière (jusqu’à y interdire l’alcool !) pour « protéger » la réunion de quelques centaines de maires (lire page 4), leurs interventions triées sur le volet par les préfets pour illusionner sur la maîtrise par Macron des sujets qui « pré­occupent » les édiles... tout cela fait pour le moment un flop. Ne sont dupes que celles et ceux qui ont vraiment envie d’être dupéEs, et qui s’en font complaisamment les relais politiques et médiatiques. Mais cela ne fait pas tant que cela, au vu de la faible affluence aux réunions organisées par de zélés représentants de l’État ou de partis qui endossent le rôle.

Ce qui est sûr, c’est que même lorsque les Gilets jaunes et leurs soutiens veulent intervenir dans ces cadres, il leur faut parfois entrer en force comme cela a été le cas vendredi 18 janvier à Besançon lors d’une réunion organisée par le député LREM... qui avait pourtant pris toutes ses précautions : un dispositif de vigiles pour préserver l’entre-soi. Raté !

Débattre pour construire la mobilisation

Les Gilets jaunes ne sont pas prêts à lâcher la rue conquise au prix de dizaines de blesséEs et de mutiléEs, ni à renoncer à cet espace de liberté et d’échanges qu’ils et elles ont construit : sur les ronds-points, dans les manifs, et pour un moins grand nombre à cette étape dans les assemblées générales. À l’ordre du jour, les débats sur la stratégie du mouvement qui se mènent partout, mais avec des réponses partielles et à cette heure sans coordination.

CertainEs y répondent en cherchant à relancer des occupations de ronds-points. D’autres par l’organisation d’actions ponctuelles devant des lieux économiques (banques) ou sur des questions qui taraudent comme la répression de l’État et de sa police. D’autres encore en cherchant des alliéEs : du côté de mobilisations encore en construction ou des organisations – syndicats ou associations (comme les appels de femmes Gilets jaunes). Ainsi, un des points positifs des manifestations dans de nombreuses villes est l’apparition ou l’affichage de groupes de syndicalistes ou d’autres groupes, par exemple d’enseignantEs issus des Stylos rouges et/ou des AG cherchant à impulser des luttes contre les réformes dans l’éducation. De ce point de vue, le rendez-vous des 26 et 27 janvier à l’appel de Commercy peut être une première occasion d’échanger et de coordonner ces initiatives tâtonnantes.

Le point le plus sombre du week-end est un certain renforcement, une plus forte visibilité de personnes de droite extrême, voire d’extrême droite dans une série de manifestations. Il y a urgence à construire des perspectives politiques au sens large. De ce point de vue, la question est de savoir si des mouvements issus du monde du travail et des milieux populaires seront capables d’apparaître comme des alliances utiles contre Macron et son gouvernement au service des patrons. Et cette question se double d’une deuxième : dans quelles conditions des secteurs du monde du travail vont-ils réussir à impulser des mobilisations en se dégageant de la stratégie perdante des organisations syndicales ?

Arrêter la stratégie perdante, s’y mettre touTEs ensemble !

Les confédérations et fédérations s’auto-alimentent dans une stratégie d’émiettement des mobilisations : les fédérations syndicales appellent dans des cadres unitaires à géométrie variable secteur par secteur : la psychiatrie le mardi 22 janvier, l’Éducation nationale (et encore, pas l’ensemble du secteur !) le jeudi 24 janvier, les services publics les autres jours (puisqu’un préavis les couvre). Si chaque secteur a effectivement des revendications spécifiques, la question de l’augmentation des salaires concerne l’ensemble des salariéEs et au-delà, l’augmentation des revenus (pensions de retraite, allocations) l’ensemble du monde du travail. Les attaques contre les services publics concernent touTEs les salariéEs y travaillant, fonctionnaires, CDI ou vacataires, mais aussi touTEs les usagerEs…

La CGT a planté dans le paysage une date de grève interprofessionnelle le mardi 5 février… Une date éloignée et décidée sans concertation. Du coup, même Solidaires ne reprend pas cet appel. Construire la solidarité avec les mobilisations des Gilets jaunes qui portent pourtant des revendications convergentes (en tant qu’usagerEs des services publics), voire identiques (en tant que salariéEs, certes souvent non syndiquéEs), ne semble pas être le souci des directions syndicales qui cherchent à éviter l’affrontement avec le gouvernement et le patronat. Du coup, de nouveaux cadres de mobilisation tentent de s’organiser : les Stylos rouges, des AG d’établissements mobilisés dans l’éducation, des coordinations dans la psychiatrie… pour beaucoup sous l’impulsion de militantEs syndicaux qui ne veulent pas rester l’arme au pied. 

TouTEs sont revigorés par ces Gilets jaunes qui font souffler un vent de contestation et démontrent, semaine après semaine, leur détermination et leur capacité à affronter ce gouvernement : dans la rue mais aussi sur le terrain politique en refusant les cadres institutionnels de « débats » dans lesquels ce pouvoir cherche à les engluer. C’est touTEs ensemble qu’il faut maintenant y aller !

Cathy Billard

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