Réflexions politiques sur la situation « post-municipales »

Nous avons déjà pu partager sur les sites du NPA (le national ou le local) des éléments concernant la crise sanitaire en cours, liée à l’épidémie de COVID-19. Nous avons même pu diffuser un meeting en direct sur les réseaux sociaux, avec différentEs acteurs et actrices du mouvement social. D’autres initiatives viendront.
Ce texte-là tend plutôt à faire un bilan politique de la campagne des municipales à Poitiers, et à le lier à des réflexions politiques plus globales.
Il s’agit d’une contribution personnelle. Elle n’engage pas l’ensemble des militantes et militants de Poitiers Anticapitaliste. Je souhaite simplement apporter une contribution au débat et à la réflexion pour les semaines à venir. Ce texte est rédigé en plein confinement. J’ai mis beaucoup de temps à le faire car, vivant avec 3 jeunes enfants en période de confinement, il m’est impossible de rester longtemps dessus. Il se peut donc que le style varie, selon les chapitres. Je m’en excuse par avance, cela peut avoir des effets négatifs sur la lecture.

1. Une campagne au cœur de la crise sociale et politique

Ne l’oublions surtout pas ! Du 5 décembre jusqu’au 1er jour du confinement, le pays est surtout le théâtre d’une mobilisation sociale puissante. Certes en perte de vitesse, mais avec des possibilités que la date du 31 mars redonne un coup de fouet aux luttes (cette journée de grève n’aura malheureusement pas lieu, suite au confinement).

Pour une ville comme Poitiers, des manifestations (au moins 2) rassemblant près et plus de 10 000 personnes, c’est rare, et cela montre que la lutte est profonde et puissante.

Plusieurs secteurs ont même connu la grève reconductible. Ce fût le cas essentiellement (pour Poitiers et la Vienne) chez les Territoriaux et les cheminotEs. Mais aussi de façon plus minoritaire dans l’énergie et dans l’éducation.

Nous n’étions malheureusement pas au niveau de construire une grève générale reconductible. Mais la puissance de ce mouvement pouvait (et peut toujours, qui sait ?) créer des possibles. D’autant que peu de monde aurait parié sur la longévité d’un mouvement si fort. Donc, tout est possible.
C’est dans ce contexte là que les élections municipales se sont déroulées.

2. Quelle présence pour les anticapitalistes ?

Le NPA de Poitiers pense qu’il faut se saisir de toutes les possibilités de faire de la politique. Et ce d’autant plus à une échelle de masse. En cela, les élections restent un moyen de se faire entendre, de défendre sa politique devant des centaines, des milliers de personnes. Cela n’est pas vrai pour le reste des activités militantes, mis à part en période de très, très, haute montée des luttes.

En 2014, nous avions participé à la coalition de gauche appelée « Osons Poitiers », avec EELV, PG, Ensemble et des citoyenNEs non encartéEs. Nous avions obtenu 15% des voix et 4 éluEs. Sur ces 4 éluEs, une est au NPA, Manon Labaye.

Nous avons tiré un bilan plutôt négatif de cette expérience. Pour nous, les idées anticapitalistes ne sont pas suffisamment apparues. Par exemple, nous aurions voulu mener une campagne pour les bus gratuits, ce qui ne fût pas possible entre 2014 et 2020, EELV – notamment – s’y opposant. Nous avons aussi eu des désaccords sur la nature des institutions (quel rôle de l’éluE ? lien avec les luttes, rapports extra-institutionnels.). Plus globalement ce désaccord est lié aux problématiques légalistes : pour nous, l’objectif révolutionnaire ne passe pas par le respect des institutions républicaines « bourgeoises » mais au contraire par leur renversement. Il ne s’agit pas d’être les bons élèves bien responsables, présentEs à toutes les commissions, mais d’utiliser l’institution pour porter un projet émancipateur à visée extra-parlementaire (ou extra-municipale). Pour nous, l’exercice d’un mandat n’est pas de mener campagne pour l’élection d’après, mais de s’implanter au maximum dans la société afin d’y faire germer les graines de la lutte. Nous respectons les autres démarches, mais souhaitons rappeler notre approche, et que celle-ci soit, elle aussi, respectée.

Dans ce cadre unitaire (Osons), laissant parfois peu de place, le NPA et Manon Labaye ne s’y sont pas toujours retrouvés. Beaucoup de nos militantEs ne sont plus allés aux réunions d’Osons Poitiers. A la fin, seuls 2 ou 3 de nos camarades continuaient à maintenir un lien.

Néanmoins, dans un contexte de difficultés sociales et démocratiques, nous avons souhaité faire une proposition unitaire à la gauche de la gauche pour les municipales de mars 2020. Nous pensions que sur la base d’un programme d’urgence il était possible de rassembler assez largement des militantEs, mais aussi des organisations. Un peu sur le modèle de Bordeaux En Luttes ! – mais ça n’existait pas encore – nous proposions à « Osons » (Osons 2020, qui n’a plus beaucoup à voir avec Osons 2014, car EELV et le NPA en sont partis) de refaire une alliance pour les municipales, mais en clarifiant plusieurs points. Voici les propositions que nous faisions.
« - 1. transports en commun publics et gratuits sur Grand Poitiers, contre le réchauffement climatique, pour la justice sociale, pour le droit au déplacement, construire un Poitiers écosocialiste
- 2. lutte contre la précarité (titularisation des salarié.e.s de la municipalité, droit au logement, développement des services publics…)
- 3. politique d’accueil des migrant.e.s digne de ce nom
- 4. lutte contre les politiques d’austérités imposées par le gouvernement (coupes budgétaires aux collectivités locales, casse des services publics nationaux…)
- 5. pour une ville féministe [partie du programme écrite en non-mixité]
- 6. contre la ville sécuritaire, pour une ville des libertés publiques et individuelles
- 7. démocratie et rôle de l’élu »

Comme chacunE peut le voir, il ne s’agit pas de quelque chose d’indépassable (in fine, Osons 2020 défendra un programme assez proche, la critique du gouvernement en moins, mais dans son coin). Le programme du NPA est bien plus ambitieux et radical. Notre objectif était de rassembler autour d’un programme simple les forces souhaitant changer la société, y compris les réformistes de gauche. Nous pensons que cela pouvait être un moyen de mettre en mouvement des personnes, donner de la confiance, et surtout donner de la crédibilité à ces idées.

Mais l’accord ne fût pas possible. Cédant aussi à la mode du citoyennisme, « Osons 2020 » ne voulut pas entendre parler d’alliance. Sur les réseaux sociaux ou dans les discussions, on aura par la suite quelques débats avec des militantEs, ne comprenant pas la division, ne voyant notre démarche que comme une démarche « de parti ». Il fût d’ailleurs impressionnant de voir le vide politique avec lequel beaucoup parlent « des partis » sans même faire l’effort de les distinguer. Pourtant, au NPA, la démocratie est bien plus de mise qu’elle ne le fût, souvent, à Osons 2014. Comme quoi, les logiques de parti, ça ne veut pas dire grand-chose. Bien entendu, d’autres militantEs ne tombaient pas dans ces clichés-là et les rapports restent cordiaux avec beaucoup de camarades de Osons 2020 ou même de Poitiers Collectif.
Mais revenons-en, tout de même, à la question des partis. Pense-t-on vraiment qu’il y a « une logique de parti » ou « des logiques opportunistes » ? Pour moi, il y a en effet des logiques opportunistes, et de nombreux partis, y compris de gauche, y succombent. Cela laisse place à des comportements indignes, avec des partis de gauche prêts à s’allier avec n’importe qui et à faire n’importe quoi pour avoir une ou des places d’éluEs. Evidemment nous condamnons cela, et n’avons attendu personne pour le faire. Mais cette démarche opportuniste peut très bien se faire à l’échelle d’un individu, d’un groupe d’individus, et même, soyons fous, d’une liste citoyenne aux élections municipales !

La garantie pour avoir une démarche démocratique est de mettre en place des règles, un contrôle démocratique. Cela peut se faire via : des décisions prises en assemblée ; un contrôle permanent des éluEs avec possibilité pour le groupe de les révoquer ; une cotisation exceptionnelle pour les éluEs (le plus possible si ce n’est tout de l’indemnité d’éluE doit être reversée au groupe) ; interdiction stricte du cumul des mandats et des fonctions, y compris dans le temps (pas plus de 2 mandats au cours d’une vie).

Dans les municipales à Poitiers, à gauche, les deux listes citoyennes étaient portées par Léonore Moncond’huy (qui est par ailleurs conseillère régionale EELV dans une majorité PS) et Christiane Fraysse (qui est élue à la mairie de Poitiers depuis 2008, un coup dans la majorité PS-EELV-PCF, un coup dans l’opposition de gauche avec EELV-PG-Ensemble-NPA). Notre liste de parti, le NPA, et les logiques qui vont avec, a présenté Manon Labaye, sans-emploi, qui a effectué un seul mandat d’opposition de gauche, et qui a déclaré clairement « si je suis élue en 2020, 1. Vous pourrez me virer si vous considérez que ma politique ne correspond pas à mon programme et 2. je ne me représenterai pas car j’aurai exercé deux mandats ». Il ne s’agit de faire une polémique gratuite mais de poser un problème de fond : comment reconstruire une véritable force nouvelle, jeune, si les ancienNEs éluEs ou les professionnelLEs de la politique ne se mettent pas de côté pour laisser la place à des nouvelles têtes ? Nous savons bien le rôle « bloquant » que peuvent jouer certaines personnalités pour rassembler. Une tête de liste membre d’aucun parti, présentE dans les luttes, jeune, reconnue par toutes et tous, serait plus à même de permettre un rassemblement.

Bref, le NPA ne pouvait pas dans ce contexte rejoindre une des listes citoyennes, cela aurait été, pour le coup, une démarche opportuniste car nous ne croyons pas à cette manière de faire de la politique, c’est-à-dire aux « coups politiques ». Nous privilégions le travail d’enracinement social au quotidien et le patient travail d’élévation du niveau de conscience des jeunes et des travailleurSEs.

Face à toutes ces divisions, nous avions alors publié ce communiqué dans lequel nous pouvions lire, notamment :
« Pour le NPA, nous préférons discuter du fond, car nous ne nous satisfaisons pas de la dispersion des listes de gauche. Ni « Osons Poitiers », ni « Poitiers Collectif », ni le NPA, n’ont le monopole de la gauche ou de l’engagement citoyen. Aucun de ces groupes ne peut donc prétendre à rassembler, seul, l’ensemble des réalités idéologiques ou pratiques de la gauche radicale. C’est pourquoi, notamment, nous avons fait le choix de ne pas nous engager dans l’une de ces initiatives. Chacunes d’elles représentent des courants politiques de la gauche mais pas un rassemblement unitaire de différentes traditions militantes, clair sur le programme et réellement démocratique, permettant justement à tous les courants de s’exprimer et de vivre en tant que tels. Actuellement, nous ne nous sentons pas représentés, alors que notre courant existe à Poitiers (groupe de militant.e.s reconnu.e.s, des élues depuis 2008). D’où notre initiative de faire une campagne politique sur la base d’un programme anticapitaliste et écosocialiste. ».

Malheureusement, l’unité ne fût pas possible. Alors, après avoir pesé le pour et le contre, nous avons décidé de présenter notre propre liste, pour un Poitiers Anticapitaliste.

3. Une campagne militante positive et joyeuse

Au mois de novembre 2019, le comité NPA de Poitiers lance donc sa dynamique : construire une liste pour les municipales. Pour ce faire, un meeting avec Philippe Poutou est organisé où plus de 100 personnes seront présentes. Un succès pour notre petite organisation.

Il faut savoir que le NPA compte une petite dizaine de militantEs actives et actifs sur Poitiers. Or pour se présenter, il faut 53 candidates et candidats sur la liste, avec la parité obligatoire. Il ne s’agissait donc pas d’une petite affaire pour nous. Mais nous faisions un pari car nous étions persuadés que notre programme politique, mais plus important que ça encore, notre particularité avec le slogan « Prenons nos affaires en main », autrement dit, ne laissons plus la politique aux mains de politicienNEs professionnelLEs, pouvait trouver un écho.

Ce ne fût pas simple du tout. En réalité, début janvier nous n’avions toujours pas les noms nécessaires. Pourtant, il nous fallait décider : lance-t-on l’impression de matériel ? Car ça a un coût. Un coût non-négligeable pour une organisation comme la notre.

Fort heureusement, grâce à notre implantation militante dans les syndicats, dans les collectifs, mais aussi dans certains secteurs ou entreprises, nous avons rassemblé 61 candidates et candidats, plus que nécessaire. Mais tout s’est décanté dans les derniers jours avant d’entrer dans un tunnel administratif que je vais éviter de raconter ici, entre la préfecture, le matériel de propagande, etc.

Il faut noter aussi que ce travail s’est fait avec un petit nombre de personnes. Nous avons réalisé nous-mêmes nos maquettes, nous avons fait un travail énorme de sollicitation des camarades, amiEs, connaissances, et dans le même temps il fallait mener la campagne, avec des tracts, des clips (les premiers clips, qui ont très bien marchés, étaient réalisés par un camarade du NPA qui a fait cela sur son temps libre, avec peu de moyens matériels), des réunions publiques, etc.

Toute cette période de la campagne fût difficile mais correctement menée, avec un petit groupe de militantEs dynamiques et dévouéEs.

Ce n’est qu’à partir de fin février que les choses furent plus « joyeuses ». Alors que, comme je le disais plus haut, le NPA compte une petite dizaine de militantEs, nous nous sommes retrouvéEs à faire des réunions à 20 ou 30 régulièrement (militantEs anticapitalistes, syndicalistes, gilets jaunes, et aussi des personnes qui vivaient leur première expérience politique).

En plus de cela, plusieurs événements ont été réalisés : une réunion publique sur l’écosocialisme ; une réunion publique sur le féminisme ; une action « repas partagé avec les habutantEs » dans le quartier des Couronneries ; une réunion publique de fin de campagne également. N’oublions pas de citer aussi les deux derniers clips de campagne qui furent des succès grâce à deux camarades ayant pris de leur temps pour nous faire un travail de pro ! La visibilité que ces clips nous a donné n’est pas négligeable ! Merci encore aux camarades !

Sur l’ensemble de la campagne, entre 60 et 80 personnes ont participé. Soit une petite participation, en venant à une réunion, en collant une fois des affiches. Soit au contraire beaucoup, en participant à toutes les réunions, en distribuant et collant des affiches, en préparant des argumentaires, etc.

Evidement, nous avons aussi mis en place une équipe autour de Manon Labaye, notre tête de liste, afin de préparer collectivement ses interventions.

Tiens, cela me fait penser que j’ai oublié de mentionner comment nous avons choisi notre tête de liste. Ce choix s’est fait sur deux réunions de comité. Une première, où tout le monde était invité à donner son avis, s’il avait une idée de candidate ou candidat. Puis une deuxième où nous avons décidé que Manon porterait nos couleurs.

Comme cela est dans notre tradition, nous n’avons pas organisé de vote sur notre tête de liste. Nous ne sommes pas d’accords avec les logiques de primaires et pensons que le collectif doit trouver la meilleure personne pour le représenter. Nous pensons avoir fait un bon choix au regard de cette campagne.

En effet, notre tête de liste est sans-emploi, elle a 28 ans et est une jeune femme. A partir du moment où nous souhaitons faire une liste de celles et ceux d’en bas, il nous semblait important de mettre en avant celles et ceux qu’on ne voit jamais. Des sans-emploi, des salariéEs en lutte, des militantEs antiracistes, des militantEs féministes, des militantEs écosocialistes, des retraitéEs…

Rappelons aussi le débat télévisé (en plus de 2 débats radios moins suivis, et plusieurs débats avec des jeunes, dans les quartiers, avec des associations écologistes). Dans un premier temps Manon Labaye n’était pas invitée à y participer (celui de la télé). Face à cette démocratie bafouée, une mobilisation populaire s’est mise en place (des dizaines de mails envoyés à France 3, une pétition facebook rassemblant des centaines de soutiens, la prise de position des autres listes pour que nous puissions participer). Au final, France 3 a craqué et Manon Labaye a pu participer au débat et ainsi se faire connaître (et avec elle notre liste, nos idées) du grand public. Manon fût lors du débat la seule à faire le lien entre national et local, avec une critique sévère des politiques d’austérité gouvernementales, et la mise en avant de propositions d’urgence sociale ET de propositions concrètes pour une ville écologique, féministe, etc. Vous pouvez revoir le débat ici.

Rappelons aussi que notre liste était très jeune. La plus jeune de toutes les listes avec une moyenne d’âge de 40 ans. Et beaucoup de ces jeunes ont participé à la campagne. Le choix de Manon Labaye comme tête de liste (28 ans), au-delà de son statut de précaire, était aussi de mettre en avant une jeune et une femme. Ainsi, nous pouvions incarner une candidature. Le numéro 2, Manuel Vimenet, retraité-photographe précaire et gilet jaune, puis la numéro 3, Maryse Ferreira, professeure des écoles dans les quartiers populaires, syndicaliste et gilet jaune, ont eux aussi, avec les 50 autres candidatEs (mais ces trois là étaient de fait plus en avant) donné un profil à notre liste. Une liste populaire, féminine et jeune. Au-delà de la liste, nous avons reçu les soutiens de nombreuses personnes, à Poitiers, dans le département, mais aussi au niveau national et international.

Enfin, notre campagne fût très clairement féministe et antiraciste. Nous avons fait le choix d’axes idéologiques forts pour une société débarrassée des préjugés et violences sexistes et racistes.

J’oublie forcément de nombreuses choses, mais toutes les personnes ayant fait la campagne pourront à leur tour prendre la plume !

4. Des résultats biaisés par l’abstention : quelle légitimité pour les éluEs ?

Il est difficile d’analyser ces résultats sans prendre en compte l’abstention massive qui culmine à 64% et l’épidémie de COVID-19 en cours (le président Macron ayant appelé le jeudi à ne pas sortir de chez soi). Prenons quelques minutes pour faire un calcul grossier. Si on part du principe que Poitiers compte 90 000 habitantEs. Seuls 45 000 électrices et électeurs sont appeléEs aux urnes. Sur ces 45 000, seuls 36% sont allés voter. Alain Claeys, maire sortant, récolte 28%, soit environ 4 400 voix. Admettons qu’il soit réélu (lui ou n’importe qui d’autre, ça se jouera à peu) : quelle légitimité aurait-il pour gérer une ville de 90.000 habitantEs, avec moins de 5 000 voix ?

A mon avis, cette élection municipale devrait être annulée. Chaque liste devrait être remboursée de ses frais de campagne de manière à pouvoir refaire une élection dans de bonnes conditions plus tard et sans pénaliser personne.

Mais attardons-nous toutefois sur les tendances.

 

Alain CLAEYS Parti socialiste Poitiers, l’Avenir s’écrit à taille humaine   28,21% –
4 382 votes  
Leonore MONCOND’HUY Divers gauche POITIERS COLLECTIF, ECOLOGIE, JUSTICE SOCIALE ET DEMOCRATIE   23,89% –
3 711 votes  
Anthony BROTTIER La République en Marche   18,37% –
2 854 votes  
Christiane FRAYSSE Osons 2020, écologique, sociale, solidaire et citoyenne   9,96% –
1 547 votes  
Thierry ALQUIER Union de la droite   9,81% –
1 525 votes  
Kévin COURTOIS Rassemblement National   5,70% –
886 votes  
Manon LABAYE POITIERS ANTICAPITALISTE   2,94% –
457 votes  
Ludovic GAILLARD Lutte ouvrière – Faire entendre le camp des travailleurs   1,09% –
170 votes  

Si Alain Claeys, maire PS sortant arrive en tête, et si le second tour est maintenu, il y a de fortes possibilités pour que ce dernier perde la municipalité. A mon avis, Léonore Moncond’huy est la mieux placée pour l’emporter, les voix de « Osons 2020 » devant assez naturellement se reporter sur elle. Toutefois, la séquence socio-politique que nous vivons, avec l’état d’urgence, le confinement, le couvre-feu, la catastrophe sanitaire et humaine… il pourrait y avoir des rebondissements. Une augmentation du nombre de votantEs pourrait aussi changer la donne. Mais ces rebondissements peuvent-ils se faire en faveur de celles et ceux qui sont aux manettes, que ce soit à la ville (PS) ou à l’échelle du pays (LREM), alors qu’ils sont responsables d’une des pires crises sanitaires jamais rencontrée ?

Pour le reste, on peut être surpris du faible score de la droite traditionnelle et de l’extrême-droite. Je ne pense pas vraiment que Brottier ait siphonné la droite (bien qu’il soit de droite), mais plutôt que l’électorat de droite et d’extrême-droite ne s’est pas déplacé, ou peu. Cela dit, vu les claques prises par ces deux candidats, leurs scores n’auraient de toutes façons pas été énormes. Mais Alquier aurait pu être au deuxième tour, ce qui ne sera pas le cas de très peu (pour y être il faut faire 10%). Ses voix se reporteront sans doute beaucoup sur Brottier, peut-être un peu sur Claeys.

Avec un RN avec 5,7% on voit bien que celui-ci n’est pas implanté à Poitiers. Il s’agissait d’une liste constituée majoritairement de retraitéEs, ce qui montre un parti peu présent dans les entreprises, cela est une bonne nouvelle. Par ailleurs le RN n’a pas du tout mené campagne, ne participant même pas aux débats (sauf un à la radio, qui fût stratosphérique).

Osons 2020 échoue à se qualifier au deuxième tour pour quelques voix, 8 il me semble. Avec 9,96% des voix, c’est une défaite stratégique pour les initiateurs et initiatrices de la démarche puisqu’en 2014 Osons réalisait 15%. Ne pas avoir voulu rassembler plus large, avec les partis politiques d’opposition de gauche, a coûté le deuxième tour à Osons, et peut-être des éluEs (peut-être, car ils peuvent encore fusionner avec une liste qualifiée au deuxième tour, puisqu’ils ont fait plus de 5%).
Lutte Ouvrière de son côté réalise un peu plus de 1%. Montant le total « extrême-gauche » à 4%, plus qu’aux autres élections.  

Enfin, le NPA recueille près de 3% des voix, avec 457 suffrages. Bien entendu c’est peu comparé aux autres. Mais il ne faut pas uniquement comparer les scores. Il faut aussi, par exemple, comparer les moyens financiers (notre campagne a coûté, en tout et pour tout, 3500€). Il faut aussi prendre en compte le fait qu’il y avait 4 listes à la gauche du PS, dont 2 d’extrême-gauche, et un « vote utile » (qui n’a d’utile que le nom) pour les deux listes pouvant accéder au deuxième tour (surtout pour Poitiers Collectif, en réalité). Mais il faut surtout regarder le programme que nous défendions à l’aune de la société dans laquelle nous le défendions. Si notre score est plus élevé que d’habitude, nous pouvons suggérer que cela a un peu à voir avec la mobilisation sociale contre « la réforme » des retraites. Mais s’il reste faible, c’est parce que nos propositions restent très minoritaires dans la société. Au choix, je cite : « accueil de tous les migrants qui le souhaitent », « réquisition des logements vides », « dissolution de la police municipale »…

Si beaucoup de personnes se retrouvent dans nos mesures sociales, elles sont parfois rebutées par nos propositions féministes, antiracistes ou écologistes [ou l’inverse]. Notre programme est un projet de nouvelle société, pas d’amélioration de la société actuelle. Nous remettons tout ou presque en cause car le capitalisme n’est pas réformable. Sans un bouleversement majeur, sans une crise politique profonde, révolutionnaire, il est peu probable qu’un programme tel que celui que nous avons défendu, soit majoritaire. Y compris chez beaucoup de celles et ceux qui se sentent proches de nos idées, la perspective révolutionnaire ou anticapitaliste n’est pas présente. Leur approche se limite souvent à un « antilibéralisme », à l’envie d’une « 6e république » ou « d’une révolution par les urnes », ce à quoi nous ne croyons pas.

Notre rôle était plutôt de porter une alternative, dire qu’un autre monde est possible, en montrant comment (la révolution, la grève, la lutte, l’auto-organisation, le rassemblement des anticapitalistes), en expliquant pourquoi (l’injustice, la crise démocratie, les crises écologiques, l’absurdité capitaliste). Il semble, quand même, que ce message est passé chez une fraction non-négligeable des habitantEs de notre ville, et même un peu plus largement.

La crise sanitaire actuelle ne donne-t-elle pas raison à notre campagne ? Celles et ceux qui nous traitaient de fous lorsque nous disions que les profits passent avant nos vies pour les dirigeants, les banquiers ou les grands patrons, ne sont-ils pas, désormais, conscients du problème ? N’avions-nous pas raison de dire qu’il ne sert à rien d’avoir un programme municipal sans revendications nationales, car la casse des services publics et les politiques d’austérité ont des conséquences au niveau local, Poitiers n’étant pas isolé du reste du monde ?

5. Après une campagne vraiment politique, pour des suites pratiques !

Le deuxième tour se tiendra ou ne se tiendra pas ? Nous adapterons notre positionnement en fonction. Si l’élection toute entière doit se refaire, il me semble que les anticapitalistes devront à nouveau en être [cela peut-être dans un front plus large, mais dans la continuité de la première campagne, le programme et le profil ne pourront être qu’anticapitalistes]. C’est pourquoi nous devons nous donner les moyens d’être présentEs. Pour se faire il nous faut trouver 3500€ (car nous ne les avons plus, et s’il n’y a pas de remboursement de la première campagne, il faut récupérer des dons). C’est une somme. Mais c’est atteignable. Chaque don, même de 10€, pourra permettre, quoi qu’il arrive, de faire vivre les idées anticapitalistes [dans ou hors des élections].

Car aujourd’hui, sans doute plus qu’hier, nous devons prendre la parole devant la population afin de rappeler que le capitalisme nous mène à la catastrophe et que seule une réponse radicale, une société éco-socialiste, pourra changer la donne. Cette société ne pourra émerger que de nos luttes collectives, mais les idées doivent infusées. Il est par exemple urgent de lutter contre les mesures liberticides du maire Alain Claeys qui, après avoir mis en place la vidéosurveillance, a décidé, en plein confinement, d’instaurer un couvre-feu, renforçant le climat anxiogène et guerrier (ce d’autant plus que l’armée tourne dans les rues de Poitiers).

Il faut aussi assumer l’importance de gagner de nouvelles et nouveaux militantEs à cette cause. Car plus nous serons… plus nous pourrons faire de grandes choses.
Assez paradoxalement, la crise actuelle nous montre que nous pouvons faire autrement. D’abord en renforçant les services publics. Le système de santé a été cassé par la droite, le PS et ses alliés, En Marche… ces serviteurs de la bourgeoisie. Il faut nationaliser et socialiser [sans indemnité ni rachat] l’énergie, les chemins de fer, les banques (dans un monopole public), l’industrie pharmaceutique, mais aussi l’industrie automobile pour stopper les licenciements et pour changer cette production néfaste en production utile. Il faut plus de personnels de santé, de profs, de postierEs, de cheminotEs, de chercheurEs…

Du côté de l’écologie, le confinement et l’arrêt de la circulation montre une baisse importante de la pollution de l’air. Il faut donc mettre en place les bus gratuits, rapidement, de façon à faire reculer, petit à petit, la voiture de nos villes [car c’est possible, on le voit bien].

Parallèlement, l’air reste quand même pollué par la pollution liée à l’agriculture intensive. C’est pourquoi il est urgent d’interdire l’usage des pesticides, insecticides, engrais chimiques. Il faut revenir à une paysannerie à taille plus raisonnable, avec plus de paysanNEs, des plus petites parcelles, du bio…

J’insiste sur ces revendications car contrairement aux discours des collapsologues, non, le monde ne s’écroule pas vraiment. Il s’écroule surtout pour les plus pauvres (lire à ce sujet Daniel Tanuro). Le capitalisme ne va pas s’écrouler tout seul. En cas de crise écologique encore plus forte (ce qui arrivera si rien ne change), les capitalistes trouveront les moyens de se refaire. C’est pourquoi il faut renverser ce système et poser la question d’un nouveau pouvoir, non-pas celui d’un homme ou d’une femme, pas celui d’un parti ou d’un groupe politique, mais celui de la majorité de la population organisée en assemblée, en comité, en « soviets ».
Ce nouveau pouvoir, celui que nous devons promouvoir, doit mettre en action un nouveau système de production.

A ce titre je prends quelques temps pour revenir sur le débat « quel est la cause des problèmes écologiques : la production de masse ou la consommation de masse ? ». Pour ma part la consommation n’est que la résultante d’une production. Dans une société consciente, intelligente, et démocratique (car il ne s’agit pas de défendre une dictature éclairée) ne sera produit que le nécessaire. Or, le problème de la critique de la consommation est qu’elle vise surtout les classes populaires alors que celles-ci sont avant tout les victimes de cette consommation. C’est ce que j’avais déjà voulu étayer il y a quelques années dans un texte intitulé « Quel est le plus moral: faire fabriquer une paille ou l’utiliser? », extraits : « La sur-consommation de masse est un problème, certes. Mais ce problème découle d’une sur-production de masse. C’est la logique marchande, et non la réponse aux besoins essentiels, qui pousse à produire toujours plus, puis la publicité (en partie) qui pousse à créer des besoins qui n’existent pas à la base (à consommer des choses inutiles). ». « Pour en revenir à la question préalable, Marx disait que toute production est consommation. Dans la même veine, un exemple simple avec un sujet qui a fait quelques vagues dernièrement: si on veut que les gens roulent à 80 km/h, ou 130 km/h sur autoroute, pourquoi fabriquer des voitures qui roulent à 220 km/h ? En revenant à notre sujet : pourquoi, si l’on sait que la consommation de plastique est désastreuse pour l’environnement, des entreprises produisent-elles du plastique ? Et la conclusion de demander : pourquoi parle-t-on alors plus souvent du problème de la consommation de masse et pas de celui de la production de masse ? Ainsi, la petite classe parasitaire peut continuer de produire, les « écolos », eux, continuent de lutter contre la « sur-consommation ». ».

Il me semble important que cela soit défendu, dans les échéances électorales, mais pas seulement.

Au même titre il faut des mesures évidentes contre les violences masculines faites aux femmes. La période de confinement actuelle renforce de fait ces violences-là. Nous avons, durant la campagne, porté un programme de lutte féministe. Il faut continuer à le porter dans les semaines et mois à venir. La revendication d’un centre d’accueil pour les femmes victimes de violences est brulante d’actualité. Idem sur l’accueil des migrants, car la situation actuelle risque de donner des conséquences désastreuses pour les personnes cherchant asile, ou souhaitant tout simplement vivre en France ou ailleurs dans le monde. La revendication de liberté de circulation et d’installation pour toutes et tous, dans un monde en pleine crise climatique, semble être un minimum vital.

Il y aurait beaucoup d’autres choses à dire. Sur la démocratie, sur l’urgence sociale, sur l’homophobie. Je n’ai pas l’ambition de parler de tout. Je souhaitais ici, simplement, poser quelques réflexions, comme je l’ai précisé au début du texte.

Notre groupe militant, autour de la liste Poitiers Anticapitaliste, a décidé d’organiser, tous les lundis soir, une réunion sur jitsi (système de visio-conférence) afin de continuer à échanger, à militer, à mettre en place des actions. Une réunion s’est tenue lundi 6 avril. Plusieurs actions (essentiellement sur le net) sont déjà prévues. Nous ne lâcherons rien, nous sommes déterminéEs et dès que ce confinement sera terminé, nous aurons des choses à dire, des actions à organiser, une nouvelle campagne à mener (?), mais surtout, un tas de compte à régler avec les puissants !

Ce slogan, il a raisonné 1 000 fois sur les tracts et les murs, via les mains et les voix des militantEs de Poitiers Anticapitaliste, mais plus que jamais, il doit continuer à vivre : « Nos vies valent plus que leurs profits ! ».

(Alexandre Raguet, en confinement à Poitiers (avec 3 enfants…), avril 2020.)

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