Raphaël Glucksmann, un petit Bonaparte à gauche ?

Ce sera sans doute une vaguelette sans lendemain, mais le mouvement « Place publique » lancé par l’écrivain médiatique Raphael Glucksmann est significatif d’un climat politique propice aux initiatives individuelles.

Raphaël Glucksmann, outre l’écriture de quelques livres, a eu un parcours accidenté qui l’a conduit à défendre plus ou moins bien des causes honorables (Tchétchénie, Rwanda et, plus récemment,  accueil des migrants en France) mais aussi à être conseiller politique d’un président géorgien, et enfin à soutenir Benoît Hamon à la présidentielle ; le tout en faisant, depuis ces dernières années, des chroniques dans la presse et à la radio, et en dirigeant pendant quelques mois le Nouveau Magazine littéraire, qu’il a quitté pour cause de désaccords avec le propriétaire Claude Perdriel, qui l’accusait d’anti-macronisme. En octobre dernier, il a lancé avec d’autres intellectuels « Place publique », présenté comme un mouvement « citoyen, écologiste et solidaire » et pro-européen.

Un tissu de bonnes paroles

« Place publique » s’affirme comme « un mouvement politique assumé, mû par l’urgence d’agir et la nécessité de changements structurels pour répondre aux périls écologique et démocratique. » Son manifeste s’intitule « Agir avant qu’il ne soit trop tard ». Nul plus que le NPA n’est persuadé qu’il faut agir avant qu’il ne soit trop tard. C’est ce que nous disons quotidiennement dans notre activité militante et dans nos rares interventions médiatiques ; c’est ce que nous dirons, d’une façon ou d’une autre, l’an prochain lors des élections européennes. Mais, en l’espèce, pour ce qui est de l’initiative de Raphaël Glucksmann, la ficelle est un peu grosse.

Son manifeste, outre un éloge des initiatives multiformes des associations (dont certaines, en particulier, dans le domaine de l’aide aux migrantEs, font effectivement un travail essentiel) est en effet un tissu de bonnes paroles. Dans une récente interview à l’Obs, Glucksmann expliquait ainsi, comble de l’originalité, « [qu]’il est nécessaire de renforcer la conception active de la citoyenneté, de résorber la coupure entre les institutions et les citoyens ».  

« Pour un nouveau contrat social », la dernière partie du livre de Glucksmann paru en octobre, les Enfants du vide, n’est guère plus précise. Une vague feuille de route est esquissée, qui forme « un horizon politique et non un programme de gouvernement », précise l’auteur : démocratie directe ; écologie politique ; service citoyen universel et revenu universel ; lutte contre les lobbys ; décentralisation ; pacte fiscal. Le tout mâtiné de défense de « l’idée républicaine » et de « l’idée européenne ».

Occuper un espace politique

« Place publique » se proclame « 100 % société civile ». Les partis politiques n’ont pas la cote. Macron et Mélenchon s’en sont passé pour se lancer dans la bataille présidentielle de 2017. On comprend ce rejet des partis quand on voit la gabegie et les promesses trahies de ceux qui se sont succédé au pouvoir depuis des décennies. Mais il ne suffit pas de prétendre faire autre chose pour instaurer un fonctionnement  démocratique plus transparent : La République en marche et, d’une autre façon, La France insoumise (FI) le montrent.  

En fait, il s’agit pour Glucksmann d’essayer de s’insérer dans l’espace politique situé entre Macron et Mélenchon. Il a fait un diagnostic, pas forcément erroné, des réticences et oppositions que suscitent les deux personnages, ainsi que des difficultés du mouvement de Benoît Hamon et d’Europe écologie-les Verts. Il lance donc à sa façon, médiatique et quelque peu mondaine, une initiative bonapartiste au petit pied pour tenter de fédérer l’espace entre LRM et la FI. Nul ne peut en prévoir le devenir : peut-être tout cela se soldera-t-il par une alliance avec Hamon aux européennes.

Henri Wilno

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