Qui sème la misère, récolte la colère…

Pour le gouvernement, la période n’est pas vraiment au beau fixe. Il a beau essayer de convaincre partout que sa politique est bonne, rien n’y fait. Les mécontentements, les colères chaque jour sont de plus nombreux et plus fortes et semblent vouloir converger à partir du 5 décembre.

Il commence à payer le prix de la politique de guerre sociale qu’il mène depuis son arrivée au pouvoir. Mobilisation contre la précarité étudiante suite à l’immolation à Lyon d’un jeune étudiant privé de bourse, des milliers d’hospitalierEs dans la rue le jeudi 14 novembre contre la casse de l’hôpital public ainsi que les agentEs des Finances publiques pour le maintien de leur service de proximité, premier anniversaire du mouvement des Gilets Jaunes qui, même numériquement affaibli, incarne la continuité d’une contestation de Macron, président des riches, sur l’ensemble du territoire. Et pour finir la mobilisation historique du 23 novembre contre les violences faites aux femmes.

Sans oublier, la nouvelle journée de mobilisation dans la jeunesse autour des questions climatiques du 29 novembre. Cette nouvelle journée, correspondant aussi à la contestation d’un mode de vie symbolisé par le « Black Friday », contribue à entretenir chez les jeunes une dimension de critique antisystème globale.

On assiste donc à un climat de contestation tous terrains qui n’est pas sans rappeler, celui qui avait précédé le mouvement de 1995, mais dont ne pouvons à cette étape ne pas ignorer quelques limites et celle notamment de la centralisation nécessaire à l’affrontement avec le pouvoir.

  

Des réponses gouvernementales… qui font flop 

Afin d’empêcher que la convergence des luttes et les mouvements spontanés se développent à partir du 5, le gouvernement essaye d’éteindre l’embrasement naissant. Après la journée de grève et de manifestation historique des soignantEs, Macron a annoncé à grand bruit un « plan d’urgence » car il avait soi-disant « entendu » la colère du monde hospitalier. C’est pourtant l’image d’un gouvernement sourd et aveugle que donne le troisième plan de sauvetage de l’hôpital annoncé en 6 mois. Pas plus que les précédents il n’apporte de réponse à la crise du secteur. Le gouvernement multiplie les effets d’annonce, mais sans répondre à l’essentiel, le manque d’effectifs et de lits, les salaires trop bas, les heures supplémentaires non payées, la dégradation incessante des conditions de travail. Face au grand blabla, les hospitalierEs ont annoncé une nouvelle journée de grève le 30 novembre.

Face à la précarité grandissante des étudiantEs, là encore la seule réponse de la part du gouvernement est clairement à côté de la plaque puisqu’il s’agit simplement de mettre en place un numéro d’appel d’urgence et d’annoncer que les bourses ne seront pas augmentées.

Pour ce gouvernement, les jeunes peuvent donc continuer à « crever » ! On comprend donc aisément que les dernières AG étudiantes soient importantes et que la colère là aussi grandisse.

Cette stratégie gouvernementale, qui cherche, sans succès, à éteindre l’embrasement a également été utilisée auprès des avocatEs inquiets par rapport à la future réforme des retraites ou encore avec la suspension du travail de nuit dans le commerce.

 

La manière forte et la division

En même temps qu’il essaye d’éteindre ici ou là les colères, le gouvernement continue sans relâche son offensive, pour mater les oppositions et mépriser la majorité des travailleurs.

Le gouvernement fait feu de tout bois : offensive sur le fond, mesures en faux semblants comme par exemple « la clause du grand-père ». Il continue aussi d’user de la répression dès qu’il le peut, comme l’a encore montré l’anniversaire des Gilets Jaunes. Ainsi à Paris, en refusant en amont la plupart des parcours proposés par les organisateurs, la Préfecture a nourri la frustration de milliers de Gilets jaunes qui voulaient dignement manifester dans la capitale.

Mais cela n’était visiblement pas suffisamment : contrôles préventifs avant les manifestations, omniprésence des forces de police au contact des manifestantEs dans beaucoup d’endroits, stratégie de tension et de chaos (ainsi la manifestation autorisée puis annulée à Paris…), puis répression à coup de gaz lacrymogènes et d’arrestations dans beaucoup d’endroits. 8000 contrôles préventifs, 147 interpellations, 129 gardéEs à vue selon le parquet de Paris…

Ces derniers jours, le gouvernement et Macron en tête pour nous diviser, continuent leur mépris en indiquant que le « pays est trop négatif sur lui-même », voire même que les grévistes du 5 décembre veulent « défendre les inégalités » ou ne sont que des « privilégiés ».

Cette stratégie de Macron et son gouvernement n’est pas nouvelle. Depuis son arrivée au pouvoir la moindre contestation est délégitimée, amoindrie, méprisée. Mais cette fois-ci à priori, Macron et ses sbires ont beau essayer de nous diviser, de nous mépriser, de dire que nous ne défendons que « nos privilèges » cela ne semble plus marcher. Au contraire, à l’image de ce qui se passe dans de nombreux pays du monde, la colère sociale pourrait bien se transformer en lutte politique contre un gouvernement illégitime, antidémocratique, dont le pouvoir ne semble plus tenir que par l’ampleur de la répression. Les mobilisations, les colères ne sont pas près de s’éteindre… à nous de maintenir la flamme.

Joséphine Simplon

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