Quand les Grandes gueules s’exercent au Poutou-bashing

« Philippe Poutou il me donne envie d’être un grand patron, de virer mes employés et de délocaliser ». Par ces mots, Maxime Lledo, « chroniqueur » aux Grandes Gueules, commence une discussion qui commente un sondage plaçant la tête de liste de Bordeaux en Luttes au deuxième tour avec 12% des voix. L’étudiant en histoire n’a pas mâché ses mots sur le plateau de RMC, et cela a rapidement tourné au Poutou-bashing : « Je trouve que c’est l’idiot utile du capitalisme [...] à chaque fois qu’il dénonce des choses ça me paraît tellement bête, tellement absurde, tellement coupé de la réalité ».

Rien de bien étonnant d’entendre cela de la part d’une personne émoustillée quand elle parle du « personnage Sarkozy » à propos du financement libyen (23 juillet 2019) : « C’est le boss » ; « Moi, Nicolas Sarkozy quand il parle, je ferme les yeux. J’ai l’impression qu’il est avec un cigare et un verre de whisky dans un long siège en train de caresser son chat. J’adore. Il manque plus que la petite pétale [sic] de rose et les chauffeurs. »

Le mépris de classe à l’état pur

Il est évident qu’à partir de ce moment-là nous avons deux conceptions bien différentes de qui est le plus proche du réel. Qui de mieux qu’un ouvrier licencié pour comprendre le quotidien de millions de travailleurs et de travailleuses ?

Ces déclarations chocs, qui font partie de l’ADN de l’émission, traduit d’une certaine manière l’incompréhension du camp des possédantEs par rapport à ce qui se passe, et fait resurgir aussi vite un mépris de classe dégoulinant. Quand un ouvrier se présente à la présidentielle, il n’est pas pris au sérieux, il est moqué et on le ramène toujours à son score final. Mais quand l’ouvrier fait une percée dans les sondages en vue des prochaines municipales, en se permettant au passage de dépasser le candidat LREM, Maxime Lledo essaye de trouver une explication rationnelle avec un aplomb déconcertant : « À Bordeaux c’est certainement des bourgeois qui veulent se refaire une virginité de gauche ». Cela se passe de commentaires.

Des chroniqueurs déconnectés de la réalité

En l’espace de 7 minutes sur ce sujet, à aucun moment il n’y a eu une intervention sensée pour tenter d’expliquer pourquoi des jeunes, des précaires, des sans-emplois, des retraitéEs, des gilets jaunes, des syndicalistes, des militantEs associatifs, des travailleurs du public et du privé se retrouvent dans les revendications portées par cette liste soutenue par le NPA et la France Insoumise. Aucune réflexion donc sur la dynamique en cours et qui trouve à travers ce scrutin une continuité au mouvement social contre les retraites, après un an et demi de manifestations des gilets jaunes et des grosses grèves dans certains secteurs comme la Santé ou l’Éducation nationale.

Le camp d’en face n’apprécie guère que tout ce petit monde-là s’invite dans la cour des grandEs, dans la cour de celles et ceux qui « savent gérer » les affaires. 

Les propos méprisants et autres méchancetés gratuites ne nous étonnent pas vraiment, mais elles traduisent une peur : celle que la contestation sociale s’installe partout où il y a des pouvoirs de décision.
Alors les 15 et 22 mars, votons partout pour les listes menées par des anticapitalistes. 

Pour que celles et ceux qui font fonctionner la société puissent remettre en cause le fonctionnement de leur démocratie bourgeoise.

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