Quand des fachos projettent des attentats anti-musulmans

Des policiers, des gendarmes, des militaires et quelques individus se voulant intellectuels : tel est le profil général des dix suspects interpellés, samedi 23 et dimanche 24 juin, soupçonnés d’avoir préparé des attentats d’inspiration d’extrême droite. 

Les dix individus concernés ont tous été mis en examen, depuis le début de la semaine suivante, pour avoir formé une « association de malfaiteurs à but terroriste ». Ils ont entre 32 et 69 ans. 

Galaxie FN

Le chef du groupe semble être un certain Guy Sibra, policier retraité vivant en Charente-Maritime, après avoir terminé sa carrière en 2004 à Marseille où il passait déjà pour un militant d’extrême droite. Dans sa commune actuelle, l’homme était assesseur dans un bureau de vote lors des dernières élections présidentielle et législatives, nommé par le Front national. La cheffe du parti, Marine Le Pen, s’est d’ailleurs dépêchée d’assurer que l’individu n’était ni adhérent ni candidat du parti, et que le FN n’avait « jamais suscité ni incité » (à) aucun acte de violence. C’est un peu vite oublier des actes tels que l’assassinat du jeune Marseillais d’origine comorienne Ibrahim Ali, 17 ans, en février 1995 par trois colleurs d’affiche du FN (Le Pen et Mégret, principaux dirigeants du parti d’alors, témoigneront en leur faveur au procès tenu en juin 1998 ; l’un des colleurs d’affiche sera embauché à le mairie d’extrême droite de Vitrolles à sa sortie de prison). Même s’il est vrai que le parti en tant que tel n’adopte pas, à l’évidence, une stratégie de lutte armée mais bien une stratégie électorale.

« Projet halal »

Les membres du groupe, nommé AFO (pour « Action des forces opérationnelles »), eux, s’étaient successivement radicalisés après avoir fait partie d’un groupement d’extrême droite connu sous le nom de « Volontaires pour la France » (VPF), devenu « trop mou » selon sa branche dissidente. En tant que penseur de VPF, on trouve un certain Yvan Blot, cadre du « Club de l’Horloge » dans les années 1970, puis successivement dirigeant du RPR jusqu’en 1989, du Front national, puis du MNR (sa scission mégrétiste). 

Mais les gendarmes et militaires du groupe, dont certains revenaient de théâtres d’opérations militaires tel que l’Irak et l’Afghanistan ou encore le Kosovo, semblaient plus assoiffés d’actions que de discours. Parmi leurs projets, on trouvait l’idée d’empoisonner de la nourriture étiquetée halal, pour faire un maximum de victimes musulmanes. Ce « projet halal », comme il était intitulé au sein du groupe, ne semble cependant pas avoir fait l’unanimité, selon les enquêteurs. D’autres membres préféraient des attaques – selon eux plus ciblées – contre des imams, des ex-détenus djihadistes sortant de prison, ou encore des femmes voilées dans la rue.

Avertissement

Alors qu’un autre groupe ayant des velléités de passage à l’acte violent – ayant cette fois-ci des liens avec l’Action française (AF) – a été démantelé en octobre 2017, donnant lieu là encore à dix interpellations, cet épisode constitue un nouveau signe d’avertissement. Certes, il n’existe pas un terrorisme d’extrême droite massif et bien organisé en France. Mais la frustration de militants et sympathisants de l’extrême droite, qui ont été déçus par les résultats de la « voie démocratique » en mai 2017, pourrait les pousser à commettre des actes de plus en plus violents, s’y croyant autorisés par des discours politiques semant (bien au-delà de l’extrême droite) la panique, voire la haine.

Bertold du Ryon 

 

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