Primaire à gauche : Survie ou liquidation ?

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Après le grand cirque de la droite, voici le temps de la primaire de la gauche. Et contrairement à la droite, l’enjeu n’est pas de trouver le meilleur « cheval » pour gagner la prochaine présidentielle mais l’avenir (s’il en a encore un) du Parti socialiste.

 

Le rendez-vous était prévu de longue date et devait lancer avec panache la primaire du PS et de ses satellites. Mais la convention de la « Belle alliance » du 3 décembre dernier a fait pschitt : 3 000 personnes (alors qu’initialement il en était prévu 10 000...) et aucun candidat déclaré de premier plan. Bref, après l’annonce de la non-candidature de Hollande et en attendant celle de Valls, cette convention aura été un non-événement, clôturé comme il se doit par Cambadélis avec les énièmes appels au rassemblement et à l’unité de toute la « gauche », de Mélenchon à Macron (sic).
Même si les candidats n’ont plus que quelques jours pour se déclarer, on peut déjà dire que la primaire fait un carton plein... en nombre de candidats, jusqu’à nous ressortir l’ancien ministre de l’Éducation nationale que tout le monde avait oublié, Vincent Peillon. C’est dire que le PS va mal.


Piteux état
À quelques mois de la présidentielle, jamais un parti au pouvoir n’a été aussi affaibli et discrédité. Et la rupture du « peuple de gauche » avec son principal parti est plus que consommée et risque de se concrétiser réellement lors du prochain scrutin. Les sondages (même s’ils peuvent se tromper) sont formels : le PS sera probablement balayé dès le premier tour pour un tête-à-tête Fillon-Le Pen au second tour. Et cela quel que soit le « vainqueur » de la primaire.
Le PS va donc continuer, après les municipales, les départementales et les régionales, sa débâcle électorale. Cela sans oublier l’hémorragie des adhésions : le parti est passé de 280 000 adhérentEs en 2006 à un peu plus de 43 000 à jour de cotisations aujourd’hui... Tout cela, l’ensemble des candidats déclarés le savent pertinemment. L’enjeu de la primaire est donc ailleurs : le PS comme force issue de la social-démocratie, stop ou encore ?


Primaire... ou congrès ?
La candidature de dernière minute de Peillon incarnerait pour beaucoup au PS le « centre », entre un Valls jugé trop à « droite » et autoritaire, et Hamon ou Montebourg jugés trop critiques et trop à « gauche ». L’ex-ministre arrive donc à point nommé pour les Hollandais et Aubrystes, qui s’inquiétaient d’une possible OPA de Valls sur la primaire, et plus généralement sur le PS. Mais évidemment, la main sur le cœur, Peillon l’assure, il n’est « instrumentalisé par personne ». « Une telle décision se prend dans la solitude de sa conscience », souligne-t-il...
Dans les faits, cette primaire ressemble de plus en plus au prochain congrès du PS, un congrès pour amplifier la liquidation, et tous les candidats estiment avoir une chance de l’emporter. Hamon se rêve désormais en « Fillon de gauche » pour s’imposer, face au duel annoncé entre Valls et Montebourg. Montebourg pense être le seul capable de rassembler au-delà du PS, une fois la primaire passée. Même si la candidature de Peillon risque de lui compliquer les choses, Valls semble tirer les marrons du feu en apparaissant comme le sauveur du PS... Lui qui, en 2012, avait fait 5 % à la primaire de son parti en raison de son orientation ouvertement ultra-droitière et pro-patronale. Lui qui regrettait qu’il n’y ait pas assez de « white » sur le marché de sa bonne ville d’Évry. Lui dont le bilan, parfaitement assumé, est celui de Hollande. Valls n’est pas un candidat de gauche, fidèle au Medef tout comme son ancien collègue Macron. Et s’il gagne la primaire, son projet de transformation de la vieille force social-démocrate / social-libérale en parti démocrate, pour tous les « progressistes », connaîtra à coup sûr un nouvel élan.


Quel leadership à gauche ?
Malgré les appels au rassemblement, Mélenchon et Macron ont en commun leur refus de participer à cette primaire, tous deux faisant le même calcul : profiter d’un possible rejet des batailles internes des socialistes pour prendre le leadership de la gauche.
Macron espère en tirer bénéfice en se positionnant au centre plus ou moins à « gauche », et Mélenchon à la gauche du PS. Dans cette optique, Macron accélère et avance, sans grande surprise, du côté du patronat en proposant par exemple de transformer le CICE en allègement de charges pérenne. Mais soyons rassuré, Macron a également assuré que les 35 heures resteraient la durée légale du temps de travail s’il était élu. De même, plus question de toucher au salaire minimum, qu’il voulait moduler pour les plus jeunes.
L’ex-banquier ministre a donc décidé de « gauchir » son discours pour profiter du désarroi des socialistes et de leur électorat... Dans la lignée de Mitterand, une vraie stratégie de socialiste ! Mais pas sûr que cela suffise...


Sandra Demarcq

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