PCF : Les cadres se rebiffent... pour faire quoi ?

Alors que Pierre Laurent s’était prononcé pour « un soutien critique » à la campagne de Mélenchon, les cadres du parti viennent majoritairement de décider de soutenir une candidature communiste.

Le week-end dernier aura donc été dur pour Pierre Laurent et surtout, ne nous y trompons pas, pour le PCF dans son ensemble. Pour la première fois, les cadres intermédiaires n’ont pas suivi leur direction sur un vote d’une telle importance : celui de la candidature à l’élection présidentielle. En effet, ces derniers, réunis le samedi 5 novembre, ont décidé à 53 % de soutenir une candidature communiste, alors que sa direction s’était enfin décidée à soutenir celle de Mélenchon.

Au vu du dernier congrès et de la politique défendue depuis des mois par la direction du PCF, ce résultat n’est pas vraiment une surprise. En effet, au dernier congrès les divisions avaient été claires et la majorité avait déjà été agitée. Et depuis, on ne peut pas dire que la stratégie menée par la direction permettait de préparer un franc soutien à la candidature de Mélenchon. D’un accord pour une primaire de toute la gauche au soutien possible à Montebourg (voire même à Hulot), tout était possible au nom du « rassemblement de la gauche »... Ses multiples appels, réunions, n’ont pas rencontré le succès attendu. Dernière en date, la pétition « Vivement la gauche » qui appelait « tous les candidatEs de la gauche d’alternative à la politique du gouvernement à se rassembler pour construire une nouvelle majorité politique à gauche autour d’un ou d’une seule d’entre eux à l’élection présidentielle » n’avait même pas obtenu 10 000 signataires...

Dans ce contexte, et sans doute au vu des bons sondages du candidat de « la France insoumise », Pierre Laurent s’est résigné, la veille du vote, à soutenir Mélenchon... sans toutefois fermer la porte au rassemblement de la gauche, par exemple si Montebourg sortait vainqueur fin janvier des primaires de la Belle Alliance.

Sauve qui peut !

Le vote de samedi a donc privilégié une candidature communiste mais prévoit également que « cette candidature pourrait, si la situation l’exige, sur la base d’un accord politique (…), se retirer au profit d’une candidature commune d’alternative à l’austérité ». Les jeux sont donc loin d’être faits, surtout parce qu’au sein de cette majorité de circonstance cohabite des orientations différentes voire contradictoires. Une partie défend coûte que coûte l’autonomie et l’indépendance du parti, d’où la mise sur pied d’une « candidature communiste », l’autre défend... de possibles alliances avec le PS en vue des législatives et même des prochaines municipales. Gouverner, c’est prévoir, paraît-il... Et dans les faits, un possible candidat communiste permet d’attendre les résultats de la primaire socialiste en janvier.

De plus, une partie de cette majorité hétéroclite est opposée à Mélenchon sur le fond, non pas par exemple à cause de ses saillies souverainistes ou de ses positions sur les migrantEs, mais parce qu’il resterait encore « trop à gauche », en particulier dans sa critique incessante des socialistes, « frondeurs » compris, critique qui ne permettrait aucune alliance électorale.

Car les communistes ont le sens des priorités : le 14 janvier prochain, sera lancée la campagne des élections législatives, avec l’annonce à ce moment-là des candidatEs qu’ils soutiendront. Et selon Pierre Laurent, « il y aura des candidats dans toutes les circonscriptions »... avec dans bien des cas de possibles alliances avec le PS. Au PCF, on retombe toujours sur ses pieds... Jusqu’à quand ?

Sandra Demarcq

 

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