Patronat et gouvernement ne cèdent rien : le 27 avril et le 1er mai, prenons la rue !

« Incendie de Notre-Dame : la vieille dame aura aidé le jeune président de la République à s’entourer d’histoire et de sacré » : ces mots de Françoise Fressoz, éditorialiste au Monde, sont une illustration parmi bien d’autres de la capacité des soutiens d’Emmanuel Macron à raconter quantité d’énormités. Le mouvement des Gilets jaunes, par son irruption sur la scène sociale et politique, a beau contribuer depuis plus de cinq mois maintenant à faire entendre fortement la colère et la détermination d’importantes fractions des classes populaires jusqu’ici invisibilisées, certains continuent de n’y rien comprendre, ou de faire semblant de n’y rien comprendre.

À commencer par Macron lui-même qui, rempli d’accents solennels, a tenté piteusement d’exploiter l’incendie de Notre-Dame pour essayer de redorer son blason, en nous appelant à « retrouver le fil de notre projet national », ramenant les revendications sociales à « la politique et ses tumultes »… Croit-il sérieusement que nous allons oublier que ses politiques détruisent nos conditions de vie et de travail en cassant les services publics, en particulier ceux de l’éducation et de la santé, ou encore que l’incendie de Notre-Dame résulte, selon nombre de spécialistes, de l’austérité, de la pénurie budgétaire généralisée, y compris à la culture, du manque d’entretien des monuments historiques ? Et croit-il en outre que les généreux dons (légalement déductibles des impôts) de ses amis milliardaires vont nous faire oublier que ses politiques, qu’il s’agisse des allègements fiscaux ou des cadeaux aux grandes entreprises, leur ont permis de se gaver encore et toujours davantage ? 

Ne pas laisser Macron nous tromper

Nous ne sommes pas dupes, et nous ne sommes pas les seulEs. Cette vieille tactique – se servir d’un drame pour faire croire à l’existence d’intérêts communs entre les plus riches et le monde du travail, transcendant les clivages de classes – ne fonctionne plus. Les gouvernements précédents l’ont trop usée, et les discours grandiloquents de Macron et de ses courtisans, qu’ils soient responsables politiques ou éditorialistes, ne prennent pas. 

Il n’y a pas un pouce à céder à face à ce pouvoir, et ce ne sont pas les annonces de Macron – dont nous ne connaissons pas le détail à l’heure où ces lignes sont écrites, mais dont la philosophie est malheureusement bien connue – qui y changeront quoi que ce soit. Un pouvoir qui continue, alors qu’il prétend, au terme de son Grand blabla, avoir entendu les revendications portées dans la population, de réprimer comme aucun de ses prédécesseurs n’avait osé le faire. Ainsi, lors du 23e acte des Gilets jaunes, un nouveau cap a été franchi en s’attaquant ostensiblement à des journalistes, parmi lesquels Gaspard Glanz et Alexis Kraland à Paris (voir article page suivante), dont le travail de journaliste est directement mis en cause, entre autres avec l’interdiction pour Gaspard de couvrir, désormais, les manifestations.

Objectif 27 avril

Cette répression intervient alors que, malgré le mépris, malgré les violences policières, les mobilisations se poursuivent et tentent de converger : celle des Gilets jaunes qui se poursuit, avec de nouveaux actes en perspective ; dans l’Éducation nationale, contre la loi Blanquer qui vise à décupler la sélection sociale et à précariser les personnels ; dans la santé, contre la destruction du service public hospitalier ; contre les licenciements dans le privé, en particulier dans l’automobile ; pour les salaires dans les entreprises, en écho à la mobilisation des Gilets jaunes pour le pouvoir d’achat. Et on en oublie…

Chaque samedi, les actes des Gilets jaunes jouent un rôle essentiel d’entretien de la contestation contre le gouvernement et le patronat, empêchant tout « retour à la normale » et maintenant une pression forte sur le pouvoir et ses soutiens, dont l’arrogance à l’égard des manifestantEs n’a d’égal que leur inquiétude face à la poursuite de la mobilisation. Le 27 avril sera un samedi particulier, dans la mesure où de nombreuses fédérations et unions départementales de la CGT appellent à manifester à Paris contre le gouvernement, avec le soutien de Gilets jaunes. Le NPA s’associe pleinement à cet objectif de faire converger les luttes et les revendications.

Et après on continue

La mobilisation continuera avec les manifestations du 1er Mai, celles du samedi 4 mai, et la grève dans la fonction publique le jeudi 9 mai. Celle-ci doit être construite dès maintenant, dans la perspective d’en faire le point de départ d’une lutte prolongée contre les suppressions de postes et la précarisation dans la fonction publique, en s’appuyant notamment sur la mobilisation qui s’est développée ces dernières semaines dans l’Éducation nationale, notamment dans le primaire.

Nous ne laisserons pas le gouvernement se servir de Notre-Dame ou des élections européennes pour effacer notre colère, et nous savons que des millions de salariéEs refusent, et refuseront, de se faire duper. Mais nous n’obtiendrons pas, face à un pouvoir qui se la joue « droit dans ses bottes » – tout en accumulant les erreurs de communication et les annonces contradictoires, signe de sa fragilité – de victoire sans extension du combat. L’issue de la séquence de lutte entre Macron et les classes populaires que nous vivons depuis plusieurs mois dépend ces prochains jours de notre détermination et de notre capacité à entrer toutes et tous ensemble dans l’action. 

A.L. et J.S. 

 

Licence créative commons

Nos articles sont publiés sous licence Créative Commons. Voir les détails.