Parti socialiste : Fin de parti ?

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Après la claque prise aux élections présidentielles, les législatives risquent d’annoncer l’effondrement et la scission de fait du Parti socialiste.

Il y a encore quelques mois, les socialistes pensaient pouvoir éviter le pire, c’est-à-dire l’échec des élections législatives de 1993 où ils avaient obtenu seulement 57 députéEs. À quelques jours du premier tour des législatives, les derniers sondages leur en donnent... entre 20 et 30, soit dix fois moins que ceux obtenus en 2012. Ce qui fait regretter à beaucoup le « succès » de 1993 !

Au-delà du seuil numérique, la défaite risque d’être importante puisqu’une majorité de l’électorat de 2012 se tourne désormais vers La République en marche, et que, sur sa gauche, le PS a perdu le leadership au profit de Mélenchon. Face à cette situation, la direction du PS tente de sauver les meubles en appelant les électeurs à envoyer « le maximum de députés » pour que les « valeurs de justice sociale soient représentées et défendues »...

Mais d’ores et déjà, c’est « l’après » qui est dans toutes les têtes, en particulier dans celle du premier secrétaire Cambadélis qui a indiqué qu’il n’était « pas impossible » que le parti change de nom, voire même de siège (au vu des problèmes financiers annoncés avec la perte de leurs éluEs et des adhérentEs). L’enjeu ? Refonder une force de gauche... entre Mélenchon et Macron, comme si ce dernier était de « gauche ».

Le clivage révélé à la primaire socialiste et pendant la campagne présidentielle risque de conduire au divorce pur et simple après les législatives, une séparation (certainement pas à l’amiable) entre les « socialistes » qui se revendiquent de la majorité présidentielle (dont bon nombre de ténors et anciens ministres) et ceux qui se sentent dans « l’opposition » à la politique de Macron. Mais tous, de Cambadélis à Valls, d’Hidalgo à Aubry, en passant par Hamon et Vallaud-Belkacem, ­prétendent vouloir opérer une « refondation » du PS.

La refondation en marche

Ainsi, le 21 mai dernier dans Libération, douze personnalités, dont Vallaud-Belkacem et certains proches de Valls, ont signé une tribune intitulée « Se mobiliser aujourd’hui pour réinventer la gauche de demain ». Les auteurs y appellent à voter « à gauche » aux législatives et assurent qu’il est possible d’incarner un espace entre Mélenchon et Macron. « L’avenir de la gauche ne réside ni dans une lente dérive gauchiste (...) ni dans la voie du social-libéralisme » selon eux. Ils proposent donc de « réinventer la gauche » au sein d’un « Parti socialiste profondément rénové, refondé », mais n’annoncent surtout pas sur quelles bases politiques de fond.

Avant cette tribune, dans la foulée du second tour de la présidentielle, il y avait également eu  le lancement d’un « mouvement d’innovation pour une démocratie européenne, écologique et sociale » baptisé « Dès demain » avec à sa tête le trio Hidalgo-Aubry-Taubira. Selon celles-ci, cette initiative n’est pas le lancement d’un nouveau parti mais une initiative inscrite dans la « société civile » (décidément devenue très à la mode..). C’est aussi sans doute un point d’appui pour lancer la candidature d’Hidalgo en 2022 et pour permettre aux Aubrystes la reprise en main du Parti socialiste au prochain congrès.

Le même jour, Hamon, très affaibli au sein du PS après l’échec cuisant de la présidentielle, annonçait la naissance d’un autre mouvement dans la foulée des législatives, dont la mise sur orbite est prévue ce 1er juillet. Un mouvement « trans­partisan », « qui dépassera les étiquettes politiques », et s’attachera à recréer « une maison commune » de la gauche, entre le PS et ses alliés. Hamon veut ainsi capitaliser son alliance avec EÉLV et attirer des communistes en rupture avec Mélenchon. Bref le PS n’est pas encore totalement mort, il bouge encore. Mais pour quelle(s) orientation(s) ?

Sandra Demarcq

 

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