Municipales à Bordeaux : ça s’anime et ça se tend

La liste « Bordeaux en luttes » suscite à la fois curiosité, intérêt et enthousiasme. Car ce regroupement de militantEs d’organisations politiques comme le NPA et la FI, avec des militantEs de divers collectifs, associations, syndicats, Gilets jaunes… redonne un peu de confiance à pas mal de gens dans les milieux populaires ou dans nos entourages. 

Ce que nous ressentions lors des distributions de tracts, des manifestations, dans les discussions partout, se trouve confirmé dans les sondages. Notre liste est mesurée entre 9 et 12 %. Et en atteignant la barre des 10 % c’est l’accès au deuxième tour qui devient possible et donc d’avoir des éluEs. C’était notre objectif dès le départ mais maintenant, cela devient une hypothèse probable, ce qui nous encourage pour la suite.

Pression à « gauche »

Mais, en même temps, cela semble surprendre, préoccuper et même énerver du côté de nos adversaires. Cette élection nous est présentée comme la « chance » historique pour Bordeaux de sortir de 70 ans de pouvoir à droite (Chaban + Juppé). Mais le candidat de « gauche », l’écolo de service, plutôt droitier pour le coup, allié au PS, à Nouvelle Donne, à Générations et même au PC, n’arrive pas à lui seul à attirer assez de voix pour l’emporter.

Alors la pression est mise, comme par hasard, sur nous, qui pourrions être responsables de la défaite de cette « gauche » et de gâcher cette « chance » historique. Par exemple, l’ancien président de l’agglomération, champion de la cogestion avec la droite de Juppé, ex-PS, proche de Hollande, néo ou ex-macronien, on ne sait pas trop, appelle à soutenir le candidat écolo (la chance de gauche) tout en s’attaquant à notre liste : « Voter Poutou c’est voter Florian » (le maire actuel et successeur de Juppé). Le ton est donné.

C’est toujours fabuleux de voir ces politiciens opportunistes, qui ont tout renié et assumé des politiques libérales et antisociales, qui ont travaillé avec la droite… et qui pensent quand même pouvoir donner des leçons. Il faut une bonne dose de mépris des gens pour parler ainsi. Cela révèle bien leur conception très particulière de la démocratie et du jeu électoral qui pour eux n’est qu’une formalité pour que le pouvoir reste entre les mêmes mains. 

Un camp social à rendre visible

Notre réponse est claire : si nous réussissons à passer la barre des 10 %, nous irons au deuxième tour et nous bataillerons pour avoir les éluEs qu’on peut avoir. Pas parce que nous voulons des postes, non parce que nous sommes électoralistes, mais parce que nous ne nous contenterons pas de faire entendre nos idées seulement pendant les huit semaines de campagne. Nous voulons le faire durant les six années qui suivent, dans le parlement bordelais.

Nous avons un camp social à rendre visible et à faire entendre. Bordeaux n’est pas seulement une ville bourgeoise. C’est aussi une ville populaire, ouvrière. Ce n’est pas seulement la belle façade des quais avec le tramway et un musée du vin. C’est aussi une ville où les pauvres sont exclus, où les populations les plus modestes vivent la précarité, les difficultés de vie au quotidien.

Nous avons un programme à défendre, une rupture avec les politiques antisociales, une écologie radicale, avec la gratuité des transports en commun, la réquisition des logements vacants, l’arrêt des spéculations immobilières, la répartition des richesses, l’accessibilité à la santé, la culture pour toutes et tous, une démocratie directe avec des conseils de quartier décisionnaires, la dénonciation des violences policières…

Donc il n’est pas question de nous taire ni de nous effacer. L’ambiance sociale évolue. Depuis le mouvement des Gilets jaunes, avec la bataille des retraites, l’heure est à l’expression de la colère sociale, à relever la tête et à revendiquer clairement le changement de société. Et si ça dérange, si ça fait trembler au moins un peu le camp des politiciens et des riches, c’est normal, ce n’est que le début.

Béatrice Walylo et Philippe Poutou

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