Municipales 2020 à Bordeaux : « Le vote utile, c’est nous », martèle Philippe Poutou

Publié par 20minutes, propos recueillis par Clément Carpentier et Marion Pignot. Avant le second tour des municipales le 28 juin, « 20 Minutes » interroge trois candidats encore en lice à Bordeaux. Crédité de 11,77 % des votes au premier tour, Philippe Poutou (Bordeaux en luttes) ambitionne d’avoir plusieurs élus au conseil municipal

Après le premier tour des élections municipales le 15 mars, il reste trois candidats à la mairie de Bordeaux : le maire sortant LR Nicolas Florian allié à Thomas Cazenave (LREM), l’écologiste Pierre Hurmic (Bordeaux respire), et l’anticapitaliste Philippe Poutou (Bordeaux en luttes)
Arrivé en quatrième position avec 11,77 % des suffrages exprimés, Philippe Poutou fait figure d’outsider.
Le candidat qui part avec une liste militante sait être « le troisième larron » mais espère faire mieux qu’au premier tour pour peser au conseil municipal en tant que « seule véritable opposition de gauche ».
 
Il attend 20 Minutes tout sourire et détendu au bar des Remparts. Ce lundi après-midi, Philippe Poutou vient, avec son colistier Nordine Raymond, de déposer sa profession de foi à la mairie de Bordeaux. Le candidat « anticapitaliste » aux municipales (Bordeaux en luttes) aborde cette campagne de l’entre-deux tours avec optimiste. Celui qui a fait 11,77 % au premier tour évoque pour 20 Minutes l’alliance Nicolas Florian-Thomas Cazenave, le cas Pierre Hurmic et… la présidentielle 2022.
 
Parlons tout de suite de cette alliance Nicolas Florian-Thomas Cazenave. Ce n’était plus vraiment une surprise ?
C’est un non-événement parce que ça fait un moment qu'elle se discutait en coulisses. C’est bien, ça éclaircit le paysage. Deux candidats de droite, ça faisait beaucoup. Et il n’y a tellement pas de différence entre leur programme qu’ils se sont juste entendus sur le partage du pouvoir, des rôles et des postes. Bordeaux ne perd rien : ni un programme, ni une idée. Au final, c’est la quadrangulaire qui aurait été une surprise.
 
A aucun moment vous n’avez envisagé de rejoindre Pierre Hurmic ?
Non. Dès le départ, nous avons dit que nous ne souhaitions pas une alliance, parce que nous sommes incompatibles. Ce que nous avons envie de dire et de faire ne colle pas avec ce que veut dire EELV ou le Parti socialiste. Si Pierre Hurmic était venu, nous aurons eu le plaisir de lui dire « non ».
 
Bordeaux en luttes est, selon vous, la seule véritable opposition ?
La vraie opposition de gauche, si ça peut avoir un sens, oui. Il y a la droite libérale et, en face, le mieux que l’on propose aux Bordelais, c’est une gauche libérale EELV/PS qui a déjà fait la démonstration au niveau national de ce qu’elle était incapable de proposer. Nous sommes le troisième larron et si nous ne sommes pas favoris du tout, nous représentons une alternative qui assume complètement de représenter un autre camp social que celui qui est habituellement au pouvoir.
 
Urgence climatique, redistribution des richesses, etc. On vous attaque souvent sur votre programme qui manque d’ancrage local…
Je suis, comme les autres candidats, un habitant de Bordeaux et pas moins ancré localement que Pierre Hurmic, qui avance toujours cet argument hypocrite des thèmes nationaux pour ne pas me répondre. On ne ment pas sur la marchandise, on s’appelle Bordeaux en luttes. On se retrouvait dans la rue et on a choisi cette élection pour porter haut notre mécontentement. On ne voulait pas se contenter d’être dans des manifs et de se plaindre de nos dirigeants. On veut faire de la politique jusqu’au bout et dire « regardez la place que vous avez, on va vous la prendre. Et si on vous la prend ça ne sera pas pour servir les mêmes riches, les mêmes privilégiés ».
 
Comment espérez-vous peser si vous entrez au conseil municipal ?
On a un gros espoir d’avoir plusieurs élus, d’avoir une belle équipe. On aimerait faire mieux que les 12 [%] du premier tour. Nous sommes des combattants et on se fera entendre plus que les autres dans ce conseil car, nous, on n’a pas de limite. Nous ne fermerons pas les yeux. Si on n’est que quatre, on ira à quatre mais le défi, c’est d’être six, sept, huit… Nous ne sommes pas les petits que certains croient que l’on est. On peut peser plus que Pierre Hurmic même si son groupe est plus grand que le nôtre. C’est une question de détermination. Il ne faut pas avoir peur de dénoncer, de s’opposer, de s’extraire de ce milieu politique. Pierre Hurmic, il est dedans. Nous sommes les seuls en dehors de tout ça.
 
D’être au conseil municipal, c’est une première victoire pour vous ?
La première victoire, c’était la constitution de la liste avec des militants NPA, LFI et des « gilets jaunes », la deuxième c’est la barre des 10 % et d’être au second tour à Bordeaux. Ils auraient bien aimé jouer la finale à deux, eh bien on sera trois ! Pour nous, c’est énorme et, surtout, on est légitime. Aujourd’hui, on aimerait que les Bordelais comprennent que le vote utile, c’est nous.
 
La crise liée au Covid-19 a-t-elle changé quelque chose dans votre programme et dans votre façon de faire campagne ?
Rien ! Au contraire, le confinement nous a mis encore plus en colère et à tous les niveaux. Il y a eu une absence de démocratie, les plus démunis se sont retrouvés en danger et les inégalités sociales sont apparues de façon encore plus flagrantes. On ressort du confinement avec encore plus de détermination. Mais ce qui était intéressant, c’est que pour la première fois, on nous a demandé notre avis et que nous avons fait des propositions. Cela veut dire qu’on est dans le paysage politique. Le défi pour nous est de continuer sur cette lancée après le 28 juin.
 
Serez-vous candidat en 2022 à la présidentielle ?
Non… non… non (rires) ! C’est un gros foutoir. Non, je ne veux pas être là-dedans. Je vais faire comme Juppé si je suis élu, je m’engage jusqu’au bout (sourires). Franchement, je l’ai fait deux fois et je n’ai plus envie. Je n’avais déjà pas envie la deuxième fois et une troisième fois, ça m’apparaît complètement dingue. Tout le monde s’agite déjà. Faure, Jadot même Mélenchon, ça ne peut pas être lui pour la gauche. Ce qui est déterminant, c’est ce que vont devenir les mouvements sociaux. C’est ça qui peut changer la société et pas un superhéros à gauche. La question de la présidentielle est secondaire aujourd’hui.

 

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