Mouvement social : l’escalade répressive se poursuit

« Le droit de manifester doit être respecté, dans un cadre, celui de la non-violence. Tous ceux qui franchissent cette ligne sont les ennemis du droit de manifester. Je fais le distinguo. Toute formation politique comme toute formation syndicale s’honorerait à exprimer clairement ce distinguo. » (Emmanuel Macron, 22 novembre 2019)

Les propos tenus par Macron le 22 novembre en disent long sur la fuite en avant liberticide et l’escalade répressive qui constituent désormais la seule ligne de conduite du gouvernement face à la montée de la contestation sociale.

Stratégie de la terreur

Ces propos sont à la fois cyniques et dangereux. Cyniques parce que, jusqu’à preuve du contraire, la violence dans les manifestations est d’abord celle exercée par les bien nommées forces « de l’ordre ». Elles bénéficient d’une immunité et impunité totales, au nom d’une prétendue « violence légitime », ouvertement revendiquée par Castaner : « La seule violence légitime, c’est celle des forces de l’ordre ». Dangereux car, depuis les manifestations contre la loi travail et, de manière systématique depuis plus d’un an, lors des actes hebdomadaires des Gilets jaunes, les techniques de maintien de l’ordre visent à imposer une confrontation physique aux manifestantEs, transformant les défilés en combats de rue. Gazages, nassages, attaques de cortèges, arrestations de masse (« préventives », ou lors d’opérations conjointes de la BAC et des CRS, avec le renfort des BRAV nouvellement créées). Les interpellations collectives, tout comme les tirs de LBD ou de grenades de désencerclement, filmés et diffusés abondamment sur les réseaux sociaux, sont parfaitement assumés par le gouvernement avec un objectif précis : faire régner la terreur pour dissuader un maximum de manifestantEs de descendre dans la rue. Et surtout éviter la « convergence », la « coagulation » selon le vocabulaire gouvernemental. Les provocations, comme l’interdiction de la manifestation parisienne le 16 novembre ou la répression judiciaire dans certaines villes (lire l’encart sur Montpellier) relèvent aussi de cette stratégie de tension.

Une réaction pas à la hauteur

Le succès relatif de cette politique a tout de même quelques limites, car les manifestations n’ont pas cessé pour autant. Et la contestation menace de s’étendre à compter de la grève interprofessionnelle du 5 décembre. D’où la mise en garde de Macron adressée directement aux responsables des partis et syndicats du mouvement ouvrier, les priant de prêter main forte aux forces de répression : un appel clair et net à la collaboration de classe pour des basses œuvres de police. Car ce que craignent par-dessus tout Macron et sa clique, c’est la « gilet-jaunisation » des syndicats, autrement dit la radicalisation de méthodes d’actions impulsées par la base. Les attaques du cortège syndical le 1er Mai, sous prétexte de la formation d’un « black bloc », comme de la marche pour le climat le 21 septembre, sous prétexte d’infiltration d’« ultra-jaunes » (Paris a été la seule capitale où une marche climat a été réprimée) auraient dû au contraire susciter des réactions à la hauteur. Mais force est de constater que jusqu’à présent le mouvement ouvrier organisé et les organisations de défense des droits humains n’ont que timidement protesté face à la répression subie par le ­mouvement des Gilets jaunes.

Un large front anti-répression

Macron et son Premier ministre se vantent de cette répression de masse, servie par une justice d’exception, avec le soutien appuyé de plusieurs dirigeants réactionnaires de la planète, comme le résume ce sénateur chilien : « Dans un pays comme la France, les choses ont été résolues de la même manière dont elles doivent être résolues au Chili.» Et d’ajouter : « C’est évident que le président Macron a dû faire appel à la police et à l’armée. Personne n’aime faire cela, mais il a dû le faire. Le président Piñera aussi, car son devoir fondamental, c’est la sécurité.» Cette répression tous azimuts permet à d’autres de se faire passer pour des « démocrates », comme Poutine (qui s’est offusqué des blessés et des morts pendant le mouvement des Gilets jaunes) ou le régime iranien (« Regardez comment la police française traite les gens »).

Macron n’a qu’une obsession : écraser le mouvement social, qui est le principal obstacle au déploiement des contre-réformes ultralibérales. Dans le bras de fer en cours et pour les combats qui s’annoncent il y a urgence à constituer un large front anti-répression, pour faire valoir nos droits fondamentaux, en premier lieu le droit de manifestation.

Correspondant

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Escalade répressive : le cas de Montpellier

La répression qui sévit depuis plusieurs mois contre les Gilets jaunes s’est particulièrement déchaînée les 9 et 16 novembre à Montpellier, sous la houlette du nouveau préfet. La presse a notamment remarqué des arrestations « ciblées » suivies de gardes à vue. Plusieurs procès vont se succéder de fin novembre à début décembre, visant entre autres des camarades du NPA et de l’UCL. Placés sous contrôle judiciaire, interdits de séjour à Montpellier, ils sont aussi frappés d’interdiction de manifester sur tout le territoire national. On les accuse d’avoir « lors d’une manifestation sur la voie publique, participé à un groupement, même formé de façon temporaire, en vue de la préparation, caractérisée par un ou plusieurs faits matériels, pour commettre des dégradations, des violences volontaires contre les personnes ou des destructions ou des dégradations de biens ». Un de nos camarades, blessé à la tête par les CRS, est accusé de « violences sur des fonctionnaires de police » (!). Localement, la solidarité s’organise, entre les organisations du mouvement ouvrier, la LDH et la coordination des groupes anti-répression des assemblées des Gilets jaunes. Nous y reviendrons plus longuement.

 

 

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