Montreuil : vers un déconfinement militant

La soirée du lundi 20 avril a marqué un tournant à Montreuil dans l’organisation du mouvement social local en ce contexte de confinement. Trois rassemblements et deux déambulations (qui ressemblaient fort à de petites manifestations) ont eu lieu, et des rendez-vous ont été pris pour la suite.

Sur la place de la mairie, à 18h30 : environ 70 personnes se rassemblent, avec des pancartes, des affiches, en chansons et en slogans, principalement pour dénoncer les violences policières et en soutien aux quartiers populaires qui se révoltent, en particulier depuis le crime policier commis à Villeneuve-la-Garenne au cours du week-end. C’est le premier rassemblement depuis le début du confinement, et il a été appelé le matin même dans le réseau militant ; pancartes et affiches ont été confectionnées dans l’après-midi. Il y a là quelques militantEs des quartiers populaires, quelques Gilets jaunes, et surtout des membres de l’AG interpro du mouvement en défense des retraites ; le collectif « Montreuil rebelle » est là en force, et on note la présence de quelques autres militantEs politiques.

La police nous surveille de loin : une voiture passe et repasse, mais nous laisse tranquille. L’ambiance est à la fois joyeuse et révoltée ; joie de se retrouver, de reprendre la rue, de déconfiner nos colères, de reconstituer notre force collective, révolte face aux violences policières, au racisme d’État, à la gestion calamiteuse de la crise sanitaire par ce gouvernement pour qui leurs profits valent plus que nos vies.

File d’attente revendicative

Une heure plus tard, à 19h30, c’est la majorité des présentEs qui a rejoint, en cortège, le lieu du second rassemblement du soir : une « file d’attente revendicative » devant le supermarché le plus central de la ville. En outre, on y retrouve des Gilets jaunes supplémentaires, à l’initiative de ce second rendez-vous, et d’autres militantEs de l’AG interpro. Des prises de parole ont lieu au micro, notamment pour dénoncer les choix politiques de ce gouvernement qui met tant de moyens dans la répression et si peu dans les services publics vitaux comme les hôpitaux, ou pour dire notre solidarité avec celles et ceux qui travaillent encore, sans moyens de protection (ce sont des couturières volontaires voire improvisées qui ont équipé les caissières du supermarché de masques...). Une passante très émue a laissé ses coordonnées afin de participer à de la solidarité concrète en donnant beaucoup d’effets et matériels personnels.

Solidarité avec les sans-papiers

Enfin, après 20 h, c’est encore en cortège que nous partons en direction du hangar où sont logés les travailleurs sans-papiers (voir ici ou là). Sur le parcours, de nombreux applaudissements pour notre petite manifestation, et bien des habitantEs sortent sur le pas de leur porte afin de se rendre compte de ce qui se passe et de nous témoigner leur soutien. À l’arrivée au 138 rue Stalingrad, une cinquantaine d’habitants du hangar nous accueillent avec enthousiasme. Ensemble nous crions, chantons et dansons sur la voie publique, avec pour mot d’ordre central la régularisation des sans-papiers.  

Pour qu’un autre déconfinement soit possible, il faut reprendre la lutte dès maintenant !

Le gouvernement est toujours aussi incapable de protéger la population contre l’épidémie : toujours pas de masques ni de tests en nombre suffisant, pas de réquisition ou d’entorse à la loi du marché pour ce faire, pas de moyens supplémentaires pérennes pour le service public de santé.

En revanche il veut imposer son calendrier de déconfinement et rouvrir les écoles, collèges et lycées, progressivement à partir du 11 mai, afin que le système scolaire soit la garderie du MEDEF.

Il serait hasardeux d’imaginer en l’état actuel des choses que l’immense majorité des salariéEs décide de ne pas reprendre le travail le 11 mai. La grève générale n’est pas spontanée ; là où il n’y a pas d’équipe militante, la grève est marginale voire inexistante.

Puisque nous voulons imposer nos propres modalités de déconfinement, il faut une réaction collective dès maintenant, et reprendre la rue sans attendre. Dans cette perspective, une date existe au niveau mondial, c’est la journée du 1er Mai, journée internationale de lutte pour les droits des travailleurs et des travailleuses ; et d’ores et déjà, les conditions sont réunies pour la préparer, c’est le bilan que nous tirons de la soirée du 20 avril à Montreuil.

Nous prenons toute notre part dans l’organisation d’une AG qui se tiendra samedi 25 avril dans un parc de la ville, en respectant les mesures de précaution nécessaires (masques, distances de sécurité...). Ce rendez-vous se tient avec un but précis : préparer une véritable manifestation dans les rues de Montreuil le 1er mai. Nous souhaitons et agissons de manière à ce que l’ensemble du mouvement social y soit présent, avec des membres de toutes les forces qui participent habituellement aux manifestations de la journée internationale de lutte pour les droits des travailleuses et des travailleurs.

 

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