Montpellier : un procès politique, notre camarade relaxé

La répression qui sévit sans arrêt depuis plus d’un an contre les Gilets Jaunes n’a  jamais cessé à Montpellier : avec à chaque fois (c’était encore le cas pour l’acte 56) des gazages massifs, des blesséEs, des arrestations (voir l’Anticapitaliste n°499)… Les procès se succèdent en décembre et janvier.

Le principal motif invoqué dans ces procès vise à criminaliser d’office chaque manifestantE : avoir « lors d’une manifestation sur la voie publique, participé à un groupement même formé de façon temporaire, en vue de la préparation, caractérisée par un ou plusieurs faits matériels, pour commettre des dégradations, des violences volontaires contre les personnes ou des destructions ou des dégradations de biens »

« Violences sur des fonctionnaires de police »

C’est une véritable attaque contre le droit de manifester : contrôle judiciaire avant jugement, avec interdiction de se rendre à Montpellier et de manifester sur tout le territoire. Avec deux femmes Gilets jaunes, notre camarade Gilbert, Gilet jaune et syndicaliste, passait en procès le 4 décembre au tribunal correctionnel de Montpellier. Blessé à la tête lors de son arrestation le 9 novembre, il était accusé de « violences sur des fonctionnaires de police » (!). Le mouvement social de l’Hérault et du Gard dans sa diversité (Gilets jaunes, LDH, CGT, ADN, ANV-COP21, collectif Cévennes-­Garrigues, NPA, UCL...) avait apporté son soutien et était présent, dans la salle et aussi à l’extérieur. 

Après plusieurs affaires de droit commun qui avaient plongé l’assistance dans une sordide léthargie, le tribunal s’est brusquement animé lorsque notre camarade a comparu devant les juges en expliquant d’emblée son engagement : « Je suis toujours du côté de l’opprimé ». Assumant, au nom de ses convictions militantes, de participer à une manifestation annoncée publiquement, déclarée ou non, et même interdite, il a fait bondir la présidente : « Mais vous saviez qu’elle n’était pas autorisée ! » Ce qui a conduit le procureur à rectifier : « En France les manifestations n’ont pas à être autorisées, mais doivent être déclarées ». Face aux réactions du public, la présidente a ordonné deux expulsions de la salle. L’avocat Alain Ottan a ensuite pointé du doigt les violences policières, dénoncées par de nombreux organismes internationaux, dont celle subie par Gilbert, qui fera l’objet d’une plainte à l’IGPN. 

Dossier vide

Sa plaidoirie a été interrompue violemment par la présidente du tribunal. Après avoir menacé de quitter l’audience, l’avocat a pu démontrer que le dossier était vide : la vidéo supposée montrer le jet du projectile incriminé était introuvable, la vidéosurveillance inexploitable. Quant aux policiers agressés, aucun n’avait pu être identifié. Restaient dans la balance la déclaration écrite d’un CRS face à cinq témoignages circonstanciés de témoins de la scène. Le procureur a tout de même requis une condamnation sans emprisonnement, assorti d’une amende de 600 euros. Après délibération, le tribunal n’a pas suivi sa réquisition et a prononcé la relaxe de notre camarade, sous les applaudissements de la salle. Une petite victoire donc, à l’issue d’un procès très politique. Les deux femmes Gilets jaunes ont été condamnées à 40 h de travail d’intérêt général (tentative de feu de poubelle) et à un mois avec sursis (œufs pourris dans un sac à dos) ; ubuesques et moins sévères que la plupart des 4 000 condamnations prononcées contre des Gilets jaunes, elles montrent bien la volonté du pouvoir d’écraser les Gilets jaunes comme toute forme d’opposition radicale. D’autres procès sont programmés à Montpellier : des Gilets jaunes, des militants politiques et même une observatrice de la LDH… Un acharnement liberticide auquel le NPA répondra en contribuant à construire un front uni pour le respect des droits fondamentaux, à ­commencer par le droit de manifester.

Correspondant NPA 34

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