MigrantEs : à Gap, un nouveau procès du délit de solidarité

Le jeudi 8 novembre, nous étions plus de 1 000 sur la place devant le tribunal correctionnel de Gap pour soutenir les « 7 de Briançon » poursuiviEs pour « aide à l’entrée sur le territoire français d’étrangers en situation irrégulière en bande organisée ». 

Le 22 avril, environ 200 personnes avaient marché sur la frontière pour protester contre son blocage par des militants de Génération identitaire. Ces derniers s’étaient déployés au col de l’Échelle, 4x4, survol en hélico, drone, banderole et filet sur la zone frontalière avec la bénédiction du ministère de l’Intérieur. 80 fachos pas inquiétés malgré les différentes infractions et trouble à l’ordre public. L’État, préférant visiblement ces haineux, a vu, dans la marche spontanée de solidarité et de fraternité avec les migrantEs, une action criminelle.

Un procès politique

Suite à cette marche, Bastien, Théo et Eléonora ont en effet été immédiatement mis en garde à vue, puis mis en détention pendant 11 jours. Après « enquête », 4 nouvelles personnes ont été inculpées, pour avoir refusé que la peste brune s’installe dans les montagnes et terrorise des migrantEs parvenant enfin en territoire français.

Les accuséEs risquent gros : la condamnation pour « action en bande organisée », c’est 10 ans de prison fermes et 750 000 euros d’amende. De quoi bousiller une vie ! Ici, comme dans les luttes anti-nucléaires ou dans celles contre la loi travail, l’État agite la menace de lourdes peines répressives pour démanteler toute résistance, faire peur, casser les personnes et les solidarités. Ceux-là vont être jugés comme des passeurs mafieux car la récurrence de l’aide et son caractère politique servant le bénéfice d’une cause sont considérés par la loi comme comparable au trafic d’êtres humains…

Gap en état de siège

La présidente du tribunal a mené une charge incessante pendant toute l’audition des témoins de la défense, cherchant visiblement à les déstabiliser. Les avocats de la défense ont cependant réussi à faire tomber l’accusation d’action en bande organisée, défendant que la manifestation avait eu lieu parce que ces militantEs ne pouvaient pas humainement rester passifs face aux exactions de Génération identitaire contre les migrantEs. Ainsi, le procureur n’a pu maintenir la « bande organisée » mais il persiste et signe en demandant six mois avec sursis pour cinq des inculpéEs, et un an dont quatre mois fermes pour deux d’entre eux.

À l’extérieur du tribunal, la police contrôle la ville : une dizaine de cars de police, un canon à eau, des dizaines de CRS et de policiers en civil dans les rues, sans parler, à l’arrivée des cars, des contrôles méticuleux, clairement discriminants envers les plus jeunes passagers. 

La solidarité plus que jamais !

La salle du tribunal est vraiment très petite (!) alors la place devant le tribunal est vraiment très pleine ! La veille, un concert de soutien dans la vallée avait déjà rassemblé 1 000 personnes. Se retrouvent des migrantEs et des militantEs des associations de solidarité, des syndicats, de partis venus de tout le Sud Est, de Gap, Briançon, Nice, Marseille, Valence, Lyon, Grenoble… et d’Italie. C’est un mélange grave et joyeux, de belles rencontres, avec des témoignages forts, entrecoupés de musiques. Les prises de parole se succèdent pour dénoncer la pression des fachos au col et leur idéologie nauséabonde et mortifère, les intimidations, la criminalisation de la solidarité, et pour rappeler que tous les jours cette solidarité s’exprime ici comme ailleurs.

Une cathédrale éphémère en palettes de bois est érigée en mémoire des migrantEs retrouvés morts autour de la frontière. Une manifestation démarre. Philippe Poutou est le seul porte-parole national d’une organisation politique à avoir fait le déplacement. L’ouvrier ancien candidat à la présidence de la République, aujourd’hui en lutte dans sa boîte, dit bien l’urgence de nouer toutes nos solidarités. Il est applaudi chaleureusement.

Rendu du jugement le 13 décembre. Nous continuerons de nous mobiliser contre la politique du gouvernement vis-à-vis des migrantEs : violences policières, militarisation et fermeture des frontières. Face au danger de mort et à l’indispensable accueil, les actions de soutien se poursuivent : l’hiver arrive ! Notre solidarité devra encore se manifester ici comme ailleurs.

CorrespondantEs

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