Michel Onfray, Front populaire ou café du commerce ?

À propos de la nouvelle revue de Michel Onfray, « Front populaire ».

Alors que le 15 septembre prochain sortira le deuxième numéro de sa revue Front Populaire, il est nécessaire de comprendre le projet et la trajectoire de Michel Onfray. Fils d’ouvrier agricole et longtemps ancré à gauche, Onfray, après avoir beaucoup papillonné politiquement, passant des libertaires à Mélenchon, semble désormais emprunter un itinéraire très à droite, un peu comme avant lui Renaud Camus, jadis figure de la cause gay devenu un prophète halluciné du « Grand remplacement ». Comme disait Léo Malet : « Je suis devenu réactionnaire en vieillissant car toutes les maladies vous atteignent ».

Le cheval et l’alouette

Première supercherie : l’usurpation du nom Front populaire (Rassemblement national était déjà pris...) pour désigner une alliance assumée entre gauche et droite « souverainistes ». Pure escroquerie : le Front populaire de 1936 était une coalition de partis de gauche et seulement de gauche, opposés à la montée du fascisme en Europe. Léon Blum était un réformiste, certes ; mais il savait où étaient sa gauche et sa droite, lui !

Pire encore, quand on regarde les noms des contributeurs du premier numéro de la revue d’Onfray qui prétend rassembler à gauche et à droite, on pense au pâté d’alouette : une minuscule alouette de gauche (Henri Peña-Ruiz et Céline Pina, tous deux en rupture avec la gauche sur l’Islam, Peña-Ruiz s’étant lui-même revendiqué « islamophobe » aux Journées d’été de LFI 2019) et un énorme cheval de droite (tous les nombreux autres). Si on trouve au fil des pages de la revue une bonne partie des penseurs conservateurs du Figaro (Alexandre Devecchio, Eugénie Bastié, Mathieu Bock-Côté, l’ex-procureur Philippe Bilger), on peut aussi y dénicher des plus radicaux comme Thibault Isabel, cadre de la Nouvelle Droite qui a même le privilège d’être représenté avec deux articles dans ce premier numéro de Front populaire ; il est le seul à être dans ce cas avec l’économiste obsédé par la sortie de l’euro comme recette-miracle pour résoudre tous les maux, Jacques Sapir. Isabel, rédacteur en chef de Krisis (une revue créée en 1988 par Alain de Benoist, l’idéologue en chef du GRECE) a publié, en 2017 un livre sur Pierre-Joseph Proudhon. Onfray s’intéresse aussi à Proudhon depuis 2011 et a « dialogué » publiquement sur cette question avec Alain de Benoist. Voilà, peut-être, le point de convergence qui aura fini par le conduire au côté de la mouvance du GRECE. L’ascendant de ce courant idéologique sur la revue lancée par Onfray semble considérable. Ce n’est plus une revue, c’est un apéro chez les fachos !
Enfin, Stéphane Simon, le directeur de la revue et « bras droit » d’Onfray, fut longtemps un proche de Thierry Ardisson. Simon est un spécialiste des médias trash et réacs comme lorsqu’il était rédacteur-en-chef d’Entrevue. On peut supposer que dans l’affaire Front populaire, c’est d’abord la marge bénéficiaire qui l’intéresse avant les idées.

La cause du people

Si on n’y fait pas attention, le projet d’Onfray peut sembler intéressant : être le réceptacle des Gilets jaunes et de la France périphérique dans une vaste agora numérique. Pour autant, l’ambition présidentielle est bien mal dissimulée : Onfray a déjà un premier meeting le 1er octobre à Marseille. Onfray est certes populaire (il est crédité de 9 % dans une projection IFOP pour la présidentielle) mais la concurrence sera rude sur le créneau souverainiste : Marine Le Pen, Dupont-Aignan, Jean-Frédéric Poisson ou Jean-Marie Bigard ont déjà annoncé leur candidature ou s’y préparent et tous se disputent le titre « d’idole des Jaunes » pour représenter les Gilets jaunes sans avoir jamais mis les pieds dans une manif.

Michel Onfray utilise de manière très problématique le mot « peuple » pour ne pas avoir à parler de classes sociales... Il cherche d’ailleurs à associer les Gilets jaunes, mais n’aura apparemment trouvé, pour les représenter dans sa revue, que la signature de Jacline Mouraud. Sans relais à gauche, Onfray ne trouve pas beaucoup de nouveaux amis à droite. À noter que si la Nouvelle Droite le soutient de tous ses (faibles) moyens, une bonne partie de l’extrême droite est beaucoup plus sceptique sur le personnage : pas assez antisémite pour Alain Soral, pas assez catholique pour Marion Maréchal, trop instable pour Marine Le Pen. Pour l’instant, l’arc des forces politiques rassemblées est maigre : La République souveraine de Kuzmanovic et des dissidents de l’UPR. Ça ne va pas bien loin....

Tout ce petit monde fantasme autour du « modèle Macron » de la victoire électorale sans parti : un chef charismatique et internet suffiraient à gagner une élection présidentielle. C’est oublier un peu rapidement un élément essentiel de la victoire de Macron : le soutien sans faille de tous les médias et des puissances d’argent.

Pour l’instant, la très ennuyeuse revue de Michel Onfray ressemble à un café du commerce sans les cacahuètes, voire même aux débuts d’Alain Soral : beaucoup d’ego et rien derrière.

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