Macron : Passage en force

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Macron est sur un petit nuage : les sondages lui sont favorables et ses meetings réunissent des foules importantes...

Une mise en scène édifiante de sa personne permet à un inspecteur général des finances et ex-banquier de se dépeindre en esprit libre et indépendant, qui ne vit pas de l’argent public, contrairement à tous les autres. Ce qui lui vaut d’être taclé par 20 minutes le 2 février dernier qui rappelle que Macron n’a démissionné de l’inspection des finances qu’en novembre 2016 et qu’un autre candidat ne vit pas du tout d’argent public : Philippe Poutou, ouvrier d’usine !

Macron est sans nul doute un aventurier qui a eu les moyens financiers d’amorcer la pompe grâce à une fortune personnelle faite dans la banque Rothschild et au soutien de l’homme d’affaire Abel Hermant (récemment décédé). Ensuite, il a utilisé ses riches relations et toutes les ficelles possibles pour récolter des fonds.

 

Des comités à un seul adhérent...

On peut adhérer à « En marche ! » par internet, et quand on clique sur « J’adhère », le premier item qui apparaît, c’est« adhérer, c’est gratuit » ! Le mouvement se targue de 170 000 adhérents et 3293 comités en France et à l’étranger.

Le site de « En marche ! » permet de se livrer à une première exploration de sa réalité. Sauf erreur, il y aurait sept comités sur le 13e arrondissement de Paris : trois regrouperaient ensemble 88 adhérents, et pour les quatre autres, deux aurait 3 adhérents chacun, deux autres 2 adhérents chacun, et un aurait un unique adhérent. A Saint-Denis (93), il y aurait quatre comités : un de 12 adhérents, et trois avec 1 adhérent chacun… Donc a priori, beaucoup de comités-fantômes.

En fait, tout est organisé et impulsé avec méthode par le haut : il y a plus de 50 permanents au siège. Mais la tenue des meetings montre aussi une capacité à utiliser les bonnes volontés.

 

Une stratégie attrape-tout

L’écho de Macron ne s’explique pas seulement par le soutien d’une partie de l’oligarchie et l’opportunisme d’élus PS déboussolés. Il est aussi représentatif de tendances réelles de la société : dans la crise des espoirs collectifs et du mouvement social, s’en tirer individuellement est pour beaucoup le seul horizon crédible.

Macron martèle que ceux qui le méritent s’en tireront et qu’il va créer les conditions pour qu’il en soit ainsi. « Ce que je défends […] doit permettre à chacun de trouver dans son pays une vie conforme à ses espérances les plus profondes. (…) Notre volonté [est] de donner l’autonomie à tous, de permettre à chacune et chacun d’avoir une place » (citations extraites de son livre Révolution).

Il fait des références multiples à la France, mais se démarque habilement de la tentative de Hollande sur la déchéance de la nationalité. Macron se fait habile : « Lorsqu’on habite Stains en région parisienne ou Villeurbanne en région lilloise [il a visiblement écrit trop vite]il est plus simple de créer son entreprise et de chercher des clients que d’avoir un entretien d’embauche. » A partir de la difficulté réelle d’accès à l’emploi des jeunes des banlieues, Macron vend en fait la déréglementation et le modèle Uber.

Macron affirme que la réduction du déficit budgétaire est nécessaire et passe par une réduction des dépenses, mais contrairement à Fillon, il se garde de préciser. Et dans ses meetings, il ne craint pas d’annoncer des mesures qui se traduiraient par des dépenses supplémentaires, comme la baisse de moitié de l’impôt sur la fortune ou, pour faire social, le remboursement à 100 % des frais d'optique et des soins dentaires.

Mais l’orientation générale vers plus de libéralisme est claire. Le CICE sera transformé… mais maintenu, et les cotisations sociales employeurs encore réduites. Les 35 heures seront assouplies. Il baissera les cotisations sociales salariées mais augmentera la CSG. Enfin, il remettra en cause le statut des fonctionnaires.

Henri Wilno