Macron : L’ami des banquiers

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Le soir du premier tour, Macron fêtait déjà sa victoire en invitant quelques amis et soutiens à la Rotonde, une brasserie huppée du quartier Montparnasse. Un luxe moins tapageur que le Fouquet’s de Sarkozy en 2007, mais la même autosatisfaction, le même cynisme...

Macron n’a pas encore gagné, mais il se voyait déjà vainqueur en profitant du rejet du FN. Hollande s’est empressé, trop content de lui faire la leçon : il ne semblait pas avoir « pris conscience de ce qui [s’était] passé dimanche ».

Le révélateur Whirlpool

Un autre épisode, celui de Whirlpool, dépeint le personnage. Alors que les ouvriers de Whirlpool Amiens sont en grève pour s’opposer à la fermeture de leur usine qui va être délocalisée en Pologne en 2018, les deux candidats du second tour se sont soudainement rappelé leur existence. Marine Le Pen s’est rendue sur le parking pour une rencontre avec les salariéEs soigneusement préparée à l’aide des militants locaux du FN. Macron, qui avait rencontré les représentants syndicaux de l’usine le matin, s’est senti obligé d’y aller lui aussi. Il a été très mal accueilli, lui l’ancien ministre, auteur et inspirateur des lois Macron et travail, les lois les plus anti-ouvrières de ces dernières années. Qui plus est, le matin même, Jacques Attali, un de ses conseillers, avait déclaré sur TF1 : « Whirlpool, c’est une anecdote. Le cas de 300 personnes n’est pas du ressort du président ».

Les militants d’extrême droite étaient sur le parking et ont organisé le chahut. Macron est resté malgré les huées et les sifflets et a fait face aux salariés pour affirmer entre autres : « Non je n’interdirai pas aux entreprises de fermer des sites », « Il n’y a pas de recettes miracles », « Je ne fermerai pas les frontières ». La presse patronale s’est réjouie : « Il est l’anti-Hollande. Pas d’estrade donc. Mais surtout pas de promesses qu’il ne tiendra pas », pour l’éditorialiste des Échos. Pour Guillaume Tabard dans le Figaro, « Macron a affirmé sa capacité à affronter l’hostilité ».

Lorsque, enfin, Macron a fait mine de se préoccuper du sort des ouvriers, cela a été pour hausser le ton contre le gouvernement polonais en l’accusant de « jouer des écarts fiscaux sociaux au sein de l’Union européenne ». Démagogie patriote ou nationaliste ?

Macron tient à montrer sa ferme détermination à diriger l’offensive contre les travailleurs, à affronter leur hostilité, et c’est ce qui en a fait le favori du Medef qui voit en lui le champion de la réforme, de la libéralisation menée jusqu’au bout. À la manière d’un Fillon...

Apprenti Bonaparte ou dans le marais politicien ?

Il tente de se hisser au-dessus des ruines du Parti socialiste et des Républicains, en prétendant dépasser un clivage gauche-droite que des années d’alternance ou de cohabitation ont fait disparaître dans la même politique anti-­ouvrière. Il voudrait subjuguer l’opinion comme l’avait fait Sarkozy en 2007, pour mener l’offensive contre les travailleurs et accentuer celle-ci. 

« La page des deux grands partis de gouvernement est tournée, a-t-il expliqué au JDD. Le PS et LR, aujourd’hui, ça fait 25 %. Derrière, on a deux offres politiques claires qui représentent la moitié des suffrages exprimés : une offre de droite réactionnaire et nationaliste, une offre progressiste, proeuropéenne et réformiste. Tout va se recomposer autour de ces deux pôles. »

En attendant, il engrange les soutiens de tous bords pour le deuxième tour. Les Républicains, très divisés, jouent l’unité... jusqu’aux législatives, où ils espèrent conquérir une majorité pour imposer une cohabitation à Macron. C’est aussi l’annonce de Mélenchon qui n’écarte pas la possibilité, dans les mêmes conditions, d’être Premier ministre. D’autres, beaucoup plus nombreux au PS qu’à droite, sollicitent l’investiture d’En Marche pour les législatives. Il y aurait déjà 15 000 demandes sur lesquelles vont statuer Macron et ses soutiens de la première heure : Richard Ferrand, député PS du Finistère, rapporteur de la loi Macron en 2014, secrétaire général d’En Marche, ou Jean-Paul Delevoye, ancien député UMP et ministre de Raffarin en 2002, président de la commission d’investiture pour les législatives.

Bien des tripatouillages en perspective, bien loin d’un renouvellement politique : la continuité de leur monde politicien contre les salariéEs et la population.

Galia Trépère

 

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