Macron braconne sur les terres de l’extrême droite

Lundi 16 septembre, lors d’une réunion avec les élus de la majorité, Emmanuel Macron a décidé de faire savoir qu’il ferait de l’immigration l’un des principaux thèmes de la seconde partie de son quinquennat. Des déclarations dans lesquelles on a trouvé un peu de Valls, comme lorsque Macron a expliqué qu’il fallait « préparer notre pays aux défis contemporains qui font peur », et beaucoup de Sarkozy, avec la volonté revendiquée de parler au nom des « classes populaires » : « La question est de savoir si nous voulons être un parti bourgeois ou pas. Les bourgeois n’ont pas de problèmes avec [l’immigration] : ils ne la croisent pas. Les classes populaires vivent avec. »

On pourrait sourire d’entendre Macron prétendre que LREM ne doit pas être un « parti bourgeois », tant ses politiques sont une caricature de servilité à l’égard des plus riches et des multinationales. Mais on n’a pas du tout envie de sourire lorsqu’on voit Macron enfourcher à son tour le cheval de bataille de l’immigration, a fortiori lorsqu’il fait le choix de faire une séparation entre « immigrés » et « classes populaires », comme si ceux-là n’étaient pas partie intégrante de celles-ci.

Les déclarations et les intentions de Macron sont, disons-le tout net, dégueulasses. En ligne de mire, les réfugiéEs, comme l’a confirmé un ministre, sous couvert d’anonymat, au Monde : « L’enjeu est de savoir si la France peut résister à l’afflux d’un million de personnes venues du Maghreb en cas de crise dans l’un des pays de la région. La réponse est non. » Une posture guerrière qu’un autre participant à la réunion a résumé ainsi : « Le président était très remonté ce soir-là, c’était du Sarkozy qui avait branché le Kärcher ! » 

Macron a insisté sur le fait que prendre à bras-le-corps le « problème de l’immigration » serait le seul moyen de contenir la montée de l’extrême droite, en allant la chercher sur son terrain. Une stratégie dans laquelle bien d’autres ont cru par le passé, à droite comme à gauche, avec les succès que l’on connaît. Naïveté ? Nous n’y croyons guère. Il s’agit bien pour Macron et les siens de compléter l’arsenal autoritaire en renforçant les dispositifs contre les migrantEs, tout en continuant de jouer la carte du tête-tête avec le Rassemblement national et Le Pen. Une spirale du pire qu’il est grand temps d’interrompre…

C.B.

Licence créative commons

Nos articles sont publiés sous licence Créative Commons. Voir les détails.