Licenciements, fermetures d’entreprises, à quoi sert l’État ?

La montée en puissance de l’État néerlandais dans le capital d’Air France-KLM, qualifiée d’« inamicale » du côté des couloirs de Bercy, dans la foulée des démonstrations d’impuissance dans les dossiers Renault, Ascoval, Ford, Arjowiggins a relancé les débats sur le rôle de l’État en matière économique et sociale.

En septembre 1999. Michelin avait annoncé un plan de restructuration préparant la suppression de 7 500 postes de travail. Lionel Jospin, Premier ministre, déclarait alors au journal télévisé de France 2 : « Il ne faut pas tout attendre de l’État et du gouvernement. […] Je ne crois pas qu’on puisse administrer désormais l’économie. […] Tout le monde admet le marché ». 

« L’État ne peut pas tout »

Une formulation qui sera pérennisée sous la forme « l’État ne peut pas tout », et qui pèsera lourd lors de l’élection présidentielle de 2002… Michelin avait annoncé quelques jours plus tôt une croissance de 20 % de son bénéfice annuel et une réduction de 10 % de ses effectifs en Europe. Le lendemain, l’action de Michelin gagnait 12,5 %...

Une formulation sincère mais maladroite qui permettra à tous les « politiques », de Sarkozy à Montebourg en passant par Valls ou Xavier Bertrand de disserter en n’agissant pas différemment. La liste est longue des plans « sociaux », fermetures de sites, licenciements massifs qui ont inscrit dans le marbre cette « impuissance » de l’État. Lu-Danone, Florange, Grandrange, Technicolor, Continental, Goodyear, Alstom, PSA Aulnay, GM&S, Bosch, Whirlpool sont quelques-uns de ces sites liquidés au nom de la rentabilité du capital, de la loi du marché. Avec à la clef des dizaines de milliers d’emplois supprimés auxquelles viennent s’ajouter les emplois indirects moins visibles mais tout aussi dramatiques.

Au service du capital

Aujourd’hui comme hier, l’État est au service du capital mais la façon dont il exerce ce rôle a changé. Jusqu’aux années 1970-1980, l’État français se préoccupait largement de renforcer la base nationale du capitalisme. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas : l’internationalisation des entreprises s’est généralisé dans le capitalisme français (comme les autres capitalismes)  et les entreprises sont laissées libres de mettre en concurrence sites et travailleurEs de différents pays et continents.

En fait d’« impuissance » de l’État, il s’agit d’accompagner politiquement les décisions industrielles et commerciales des grands groupes. Les discours néolibéraux sur la liberté des entreprises sont repris par tous les gouvernements de droite ou de « gauche », et fournissent les bases des doctrines de « désengagement » d’États qui n’auraient plus vocation à être des acteurs industriels et économiques. C’est dans ce cadre que se sont succédé les privatisations déjà réalisées ou en projet de France Télécom, La Poste, EDF-GDF, la SNCM, la Snecma-Safran, la SNCF, les banques, autoroutes, aéroports, etc. 

Une campagne nationale contre les licenciements

La politique de l’État se résume aujourd’hui à deux formes de soutien aux entreprises. D’une part, les aides financières (baisse et/ou suppression de cotisations sociales, CICE, crédit recherche...). D’autre part, la « libéralisation » du marché du travail avec les attaques contre le droit du travail, les droits des salariéEs, la facilitation de la précarisation du travail, des licenciements et autres ruptures conventionnelles. Seuls remparts théoriques, le contrôle des PSE par l’administration et l’obligation non contrainte de rechercher un repreneur en cas de fermeture de sites ne sont en rien opératoires.

Quand des suppressions d’emplois, des fermetures d’établissements se traduisent par des mobilisations sociales, l’État gère politiquement en feignant parfois de s’indigner. Dans le contexte durable des mobilisations des Gilets jaunes, Macron, Le Maire, Juppé et autres responsables politiques multiplient les déclarations indignées, mais suivies d’aucun acte concret de nature à infléchir réellement les décisions des capitalistes.Ils peuvent dénoncer la trahison ou le cynisme de Ford et même saluer le sérieux de l’action des syndicats, ils ne mettront en œuvre aucune coercition ou sanction à l’encontre du constructeur déclarant un bénéfice net annuel de 7,6 milliards de dollars pour 2018, en hausse de 65,4 %. Pour peser sur les liquidateurs d’emplois, la mobilisation des salariéEs dans et autour de l’entreprise, dans le cadre d’une campagne nationale contre les licenciements, les suppressions de postes, l’intensification du travail et pour la réduction du temps de travail, reste incontournable.

Robert Pelletier

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