Les élections municipales à Chambéry : un premier bilan

Le fort discrédit qu’a pu rencontrer la municipalité Dantin a très vite amené les forces traditionnelles de la « gauche » chambérienne à considérer qu’elles pouvaient reconquérir la mairie de Chambéry, ce qui a déclenché très tôt les opérations électorales. Du côté du PS, la candidature de Thierry Repentin s’est rapidement imposée, en raison du discrédit de Laclais et de la trop faible envergure de Cerino. Bien qu’il ait quitté le PS, Repentin a rapidement obtenu le soutien de Besson et des éléphants locaux, puis s’est attaché à élaborer un rassemblement centriste, d’esprit assez bessonien, en multipliant les clins d’œil aux macronistes. Il a profité des européennes de juin 2019 pour obtenir son brevet de petit macroniste en lançant un appel à voter pour la liste LREM.

Repentin est surtout parvenu à conclure un accord public avec l’UDI qui a officiellement soutenu sa candidature et un pacte, plus ou moins secret avec Mignola, qui lui assurait la bienveillance des amis locaux de Macron. Après avoir longuement hésité, Repentin a toutefois fini par renoncer à demander l’investiture officielle de LREM, considérant qu’un soutien trop affiché de Macron aurait pu lui être plus nuisible que profitable. LREM a donc fini par se résoudre à investir Saint-André, un politicien local sans grande envergure, qui semble avoir été surtout utilisé pour prendre à la droite des voix au premier tour, pour mieux pouvoir les rabattre sur Repentin au second tour.

 

Juillet 2019 : après l’expulsion mortelle de Bellevue, une manifestation appelée par la CNL et le DAL envahit le conseil municipal, avant que Michel Dantin fasse donner la brigade canine pour expulser les manifestants.

D’un autre côté, une liste se mettait en place sur une base « citoyenne », tout en étant dans le giron d’EELV. Dans un premier temps, elle a attiré un certain nombre de militants de gauche, en particulier venus de la FI, qui ont toutefois été rapidement déçus par son refus de se positionner contre la politique du gouvernement, par ses orientations très bobos et libérales en résonnance avec son « ni droite ni gauche », mais aussi par sa volonté, assez clairement affichée, de fusionner pour le second tour avec Repentin. Soutenue et financée par EELV, cette liste s’est construite sur un positionnement écolo-libéral, qui l’a amené à développer un programme flou, avec quelques mesurettes environnementalistes tout à fait compatibles avec une gestion macronienne.
Plus à gauche, une autre liste se mettait en place sous l’autorité de « Cap à gauche », une organisation fondée par des conseillers municipaux de sensibilité communiste, historiquement favorables à une alliance avec le PS, mais qui avaient pris leur autonomie vis-à-vis du PC. Ce groupe a commencé par se positionner en faveur de listes de rassemblement de toute la gauche, PS compris. Puis, lorsqu’il est apparu que le PS allait se rallier à la liste Repentin, « Cap à gauche » a alors décidé de rejoindre la liste ci- toyenne, avant de rompre avec elle à la mi-janvier, estimant qu’elle n’avait pas obtenu la part qu’elle considérait devoir lui revenir sur la liste. Dès lors, cette liste s’est orientée plus clairement à gauche, affirmant en particulier qu’elle se refusait à toute alliance de second tour avec Repentin, et a été rejoint par la FI.

Pour notre part, nous avons décidé de partir dans cette campagne en reprenant la stratégie que nous avions menée en 2014, autrement dit en proposant de rassembler la gauche des luttes, en toute indépendance du PS. Cette stratégie a été rendue compliquée par le fait qu’Ensemble ! et la FI n’ont pas souhaité travailler avec nous et ont préféré s’engager dans des alliances plus droitières, Avant de s’engager plus avant dans les élections, nous avons toutefois souhaité rencontrer début février la liste « Cap à gauche », en raison de l’intention qu’elle semblait afficher de ne pas rejoindre Repentin au second tour. Nous leur avons proposé une alliance avec trois conditions majeures : 1) aucun soutien ou appel au vote pour Repentin au second tour ; 2) intégration du démantèlement de la vidéosurveillance dans le programme ; 3) un accord de composition de la liste donnant à notre liste 2e, 5e, 8e et 11e places parmi les 12 premières. La liste Cap à gauche a refusé de s’engager sur le principe d’un non-soutien à Repentin au second tour, n’a pas voulu entendre parler d’un démantèlement de la vidéosurveillance et a refusé que les membres de notre liste puissent même avoir l’une des 6 premières places. La discussion s’est donc arrêtée là.

Nous sommes arrivés à mettre en place une liste, non sans difficultés car nous sommes partis tard en raison du mouvement de lutte contre la casse des retraites. Elle a élaboré un programme assez développé, proposant une soixantaine de mesures de rupture en matière démocratique, écologique et sociale. Nous avons fait campagne pour une démocratisation de la gestion municipale, en proposant de donner à la population la possibilité de disposer du Référendum d’Initiative Citoyenne (RIC), mais aussi de donner un budget à une fédération de comités de quartier, ou encore d’associer les résidents extracommunautaires aux décisions municipales.

Nous avons proposé une autre politique des transports, fondée sur le développement du réseau de bus, mais aussi sur sa gratuité immédiate. Nous avons aussi proposé de désarmer la police municipale, de réduire drastiquement ses effectifs et de démanteler la vidéosurveillance. Enfin, nous avons popularisé une batterie de mesures sociales (gratuité de la cantine, du parascolaire, des premiers mètres cubes d’eau etc.).

Les élections se sont finalement tenues dans un climat très particulier en raison du coronavirus, ce qui a faussé les résultats. Les électeurs se sont massivement détournés des urnes, puisque la participation a été inférieure à 40 %, avec des pointes à seulement 25 % dans certains bureaux populaires. Même si les résultats sont dans ces conditions peu significatifs, nous ne pouvons nous satisfaire de notre score de 1,98 %. Nous avons sans doute payé notre investissement dans le mouvement de lutte contre la casse des retraites qui nous a beaucoup accaparé, ne nous permettant de ne rentrer en campagne que deux semaines avant le premier tour, ce qui s’est arrivé trop court pour pouvoir réellement toucher la population.

Ceci étant, il nous faut aussi constater que les résultats de la gauche sont globalement faibles. Sans doute, cela a-t-il à voir avec la très faible participation électorale des quartiers populaires. Si l’on additionne les voix de la liste Cap à gauche/FI, de LO et de notre liste, on atteint un total d’à peine 11,45 %, ce qui constitue un score bien inférieur à celui de 2014 où les listes de ce périmètre électoral avaient rassemblé un total de 14,3 %.

A l’heure où nous écrivons nous ne savons pas encore si le deuxième tour pourra se tenir avant le 30 juin ou s’il faudra tout recommencer l’an prochain. Dans le cas où le second tour pourrait se tenir, ce qui semble aujourd’hui peu probable, il semble qu’avec 37 %, Dantin serait en passe d’être battu, du moins si la liste citoyenne et celle de Repentin, qui réunissent à elles deux plus de 44 % des voix, parviennent à fusionner. Seront-elles ou non rejointes par la liste LREM de Saint-André qui avec son petit 6 % va devoir revoir ses grandes ambitions à la baisse ?

Il faut enfin souligner le score aussi remarquable qu’inattendu de la liste citoyenne qui réunit plus de 22 % des voix. Un tel résultat fait écho à celui qu’ont obtenu dans ces municipales les listes EELV, qui sont un peu partout parvenus à des scores de ce niveau. C’est là un fait qui montre que nous n’avons encore pas réussi à convaincre qu’on ne pourra changer les choses, en matière écologique comme dans les autres domaines, qu’en mettant à bas le système capitaliste, ce que n’exprime évidemment pas le bulletin de vote EELV.

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