Le temps des otages, des censeurs et des menteurs

Le mot « otage » est certainement un de ceux qui est le plus utilisé dans la propagande gouvernementale par les temps qui courent. Les grévistes de la SNCF « prennent en otage » les usagerEs. Les enseignantEs en lutte contre Blanquer « prennent en otage » les élèves. Les Gilets jaunes qui manifestent le samedi « prennent en otage » les commerçants…

La prise d’otages a connu une nouvelle extension lundi 14 mai au soir : une porte-parole de France 2 a ainsi cru bon de déclarer que des Gilets jaunes avaient « pris en otage l’antenne ». Que s’était-il donc passé ?

Aux Folies-Bergères à Paris, avait lieu la cérémonie des Molières, où sont chaque année décernées des récompenses à des pièces, auteurs et comédiens de théâtre. Une vingtaine de Gilets jaunes et d’intermittentEs ont débarqué sur scène et interrompu la cérémonie, s’adressant au ministre de la Culture, Franck Riester, pour dénoncer les coupes budgétaires dans la culture. « Le Molière du déshonneur incontestablement et à l’unanimité du jury, il revient à M. Macron et son gouvernement. M. Franck Riester, nous vous remettons le Molière du déshonneur parce que vous participez à cette grande fête et, en même temps, vous coupez partout dans le budget de la culture », a déclaré un des manifestantEs. « Techniciennes, techniciens et artistes présents ce soir, ne nous regardez pas, rejoignez-nous, le pouvoir du peuple, par le peuple, pour le peuple », a lancé une autre manifestante.

Ils portaient une banderole sur laquelle était écrit « Droits au chômage pour touTEs » et sont ensuite sortis en traversant la salle et en scandant des slogans hostiles à Macron. Le Figaro, qui raconte cette soirée note que « des applaudissements ont fusé dans la salle à plusieurs reprises et l’humoriste Blanche Gardin notamment s’est levée pour les applaudir ».

France 2, qui diffusait la soirée en différé, a coupé la séquence au motif de la prétendue prise d’otage de l’antenne. Mais qui prend l’antenne en otage ? Celles et ceux qui défendent leurs droits et s’inscrivent à leur façon dans l’appel des 1400 acteurEs du monde de la culture comme Juliette Binoche, Emmanuelle Béart, Édouard Louis, Annie Ernaux… qui ont apporté leur soutien au mouvement des Gilets jaunes dans une tribune intitulée « Gilets jaunes : nous ne sommes pas dupes ! » ? Ou ces gestionnaires de médias qui censurent les Gilets jaunes et salissent la lutte sociale ? Et qui, dans le même temps, laissent la libre-antenne aux mensonges de Macron, Castaner et autres. Le « service public » (dont la redevance payée par les citoyens assure les 3/4 des ressources) tient-il à rejoindre BFM dans le déshonneur ?

HW

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