Le mépris n’est pas moins pénible au soleil

Éditorial de l'Anticapitaliste n°445 (jeudi 4 octobre 2018). 

Probablement trop à l’étroit dans l’hexagone, où les ennuis s’accumulent, des rebondissements de l’affaire Benalla à la démission – pour l’instant refusée – de Gérard Collomb, Macron et ses conseillers ont cru bon d’organiser un voyage présidentiel aux Antilles, un peu plus d’un an après que le terrible ouragan Irma s’est abattu sur la région. 

On ne s’attardera pas sur le cynisme d’une telle opération de communication, ni sur la mise en scène du président rendant visite aux sinistréEs d’Irma, dont le scénario semble avoir été écrit par Hergé. Et l’on ne s’attardera pas non plus sur la pathétique polémique autour de la photo de Macron en compagnie de deux jeunes dont l’un brandit un doigt d’honneur – toujours moins dangereux que le pistolet d’Alexandre Benalla.

Car le plus notable dans cette visite, c’est que Macron, quelques jours après ses déclarations sur les chômeurs qui n’ont qu’à traverser la rue pour trouver un emploi, continue de transpirer le mépris, et de l’assumer avec des airs cyniques et rigolards qui donnent envie de casser son écran de télévision. Interpellé par des habitantes de Saint-Martin à propos de la situation catastrophique dans les écoles de l’île en raison des retards de reconstruction, Macron a ainsi cru bon de répondre, sur ce ton faussement concerné et vraiment arrogant qui est désormais l’une de ses marques de fabrique : « Je peux vous regarder dans les yeux car je fais tout ce que je peux faire. » Avant de faire la leçon à un jeune qui lui expliquait qu’il venait de sortir de prison et était au chômage : « Il y a du travail pour reconstruire. Faut pas rester comme ça et pas refaire des bêtises. Les braquages c’est fini. Ta mère mérite mieux que ça. »

Combien de temps va-t-on devoir supporter le révoltant spectacle d’un président des riches mettant en scène les leçons de bonne conduite qu’il donne aux plus pauvres et aux plus démunis, alors que sa politique favorise toujours davantage les inégalités sociales ? Combien de temps les start-upeurs de la team Macron vont-ils se sentir suffisamment assurés pour organiser des opérations de communication au cours desquelles ils étalent leur mépris vis-à-vis des classes populaires et de la jeunesse ? 

Nous sommes des millions à ne plus le supporter. Nous sommes des millions à ne plus les supporter. Il est grand temps de se faire entendre et qu’ils perdent une bonne fois pour toutes la confiance de classe qui les anime.  

Julien Salingue

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