Le coronavirus et les migrantEs : la triple peine

Lundi, Macron s’est posé en chef de guerre contre le coronavirus. L’épidémie menace tout le monde, mais il est clair que ce sont celles et ceux qui sont le plus éloignés de l’accès aux soins qui en paieront le prix fort, et en particulier celles et ceux qui sont privés de tout droit : les étrangerEs sans-papiers. 

Dans la guerre contre les « indésirables » qu’il mène depuis des années, le gouvernement a enfermé des centaines de personnes sans-papiers dans les centres de rétention administrative (CRA) et allongé à 90 jours la durée de cet enfermement administratif.  

Libération immédiate des retenuEs ! Fermeture des CRA !

Dans plusieurs CRA, tels ceux de Lesquin (Nord) et de Cornebarrieu (près de Toulouse), plusieurs cas de covid-19 ont été détectés mais quid de la protection de ces personnes dans le contexte de promiscuité et de mauvaises conditions de vie et hygiène ? La seule solution qu’ont les personnes enfermées dans les CRA pour se protéger, c’est – comme à Lesquin – de refuser d’entrer dans le réfectoire et de s’alimenter !

Comme le déclare l’appel lancé par plusieurs associations de Toulouse, « cette situation met gravement en danger les personnes enfermées et les différents personnels présents au centre de rétention. Elle porte également atteinte à la dignité de l’ensemble des retenuEs et méconnaît de manière totalement injustifiée l’impératif constitutionnel de santé publique […]. La loi prévoit qu'un étranger ne peut être placé ou maintenu en rétention que pour le temps strictement nécessaire à son départ. Alors que de plus en plus de pays suspendent leurs liaisons terrestres, maritimes ou aériennes avec la France, les conditions légales permettant le maintien en centre de rétention de ces personnes ne sont manifestement plus réunies. »

C’est pourquoi nous devons exiger la libération immédiate de toutes les personnes retenues dans les CRA, leur mise à l’abri et l’accès aux soins nécessaires. Nous devons exiger aussi la fermeture définitive des centres de rétention !

Sans-papiers et sans droit : plus que jamais la solidarité !

La police et les préfets de Castaner ont assigné à résidence, en attente d’expulsion, dans des hôtels indignes, des centaines de personnes et de familles déboutées du droit d’asile – quand elles ne sont pas tout simplement à la rue – qui ne peuvent même pas se nourrir et qui ne survivent que grâce à la mobilisation des collectifs de bénévoles solidaires. Et le gouvernement Macron et ses députéEs ont mené une campagne odieuse pour limiter les accès aux soins des personnes sans-papiers. 

En raison du confinement, la fermeture des cantines scolaires, permettant très souvent aux enfants d’avoir un repas normal par jour, tout comme la fermeture des permanences de toutes les associations humanitaires vont jeter toutes ces familles – qui sont déjà dans une grand précarité, sans aucun accès à la moindre aide d’Etat et uniquement soutenues par les réseaux solidaires - dans un total dénuement. Et elles vont les rendre encore plus vulnérables à la crise sanitaire avec les conséquences mortelles qu’elle va à coup sûr engendrer pour cette population.

Pour des mesures d’urgence !

Bien sûr, pas un mot sur ce sujet dans le discours de Macron – dont le ministre Castaner a poussé la politique raciste d’État jusqu’à traquer les migrantEs sans-papiers dans les centres d’hébergement d’urgence, où les travailleurEs sociaux étaient fortement invités à la délation. C’est en fait un désastre humanitaire que l’épidémie risque de provoquer si des mesures urgentes de protection, de mise à l’abri, de distribution de nourriture, de levée de toutes les restrictions sur l’accès aux soins pour les sans-papiers, ne sont pas prises pour ces personnes, sine die ! 

Et encore aujourd’hui, où la pandémie est mondiale, on nous ressert comme un gri-gri avec solennité, et à l’unisson avec le RN et l’extrême droite, qu’il faut fermer les frontières comme protection contre le virus ! Les virus n’ont pas besoin de papiers pour traverser les frontières et ce sont les frontières qui tuent, comme en témoignent les milliers de mortEs sur les routes de l’exil. Cette pandémie est un élément d’un chaos mondial croissant, produit du système capitaliste, et qui l’amplifie. Lutter contre cette menace nécessite non pas le repli sur « chacun pour soi » mais bien d’une solidarité internationale et, à l’intérieur également, une solidarité et la prise en main de nos propres intérêts de classe pour protéger nos vies plutôt que leurs profits !

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