Le blues de quelques amis de Manu

Macron a un besoin irrépressible de lâcher son mépris du peuple : les « gens qui ne sont rien », les « Gaulois réfractaires au changement » ou les « fainéants » auxquels il ne céderait pas. Maintenant arrive « Jojo avec son gilet jaune » auquel les médias accorderaient autant de place qu’aux ministres. À la limite (extrême) du racisme, il y a les déclarations récentes au sujet de Christophe Dettinger ramené avec mépris au rang de « gitan ». Jusqu’à ces dernières semaines, tout cela passait sans problème, de même que la progression du nombre de mutiléEs et de blesséEs par la police.

Depuis quelques jours, le vent est quelque peu en train de tourner, du côté de la grande presse mais aussi de celui de quelques intellectuels de la Macronie. Ce fut d’abord le cas de l’avocat Jean-Pierre Mignard, ami de Hollande, rallié à Macron avant la présidentielle et membre important de LREM, qui accuse le président de ne pas comprendre la situation : « Le mouvement des Gilets jaunes est un mouvement social, porté par des Français peu favorisés qui s’interrogent sur leurs conditions de salaires et sur les inégalités territoriales. On ne doit pas faire comme l’empereur de Perse qui faisait battre la mer par ses soldats parce qu’elle a coulé ses navires ! » Et Mignard, désormais, condamne la loi « anti-casseurs ».

Un autre avocat, François Sureau, relation personnelle de Macron, se déchaine lui aussi (dans le Monde) contre la nouvelle loi qu’il qualifie de « loi de la peur », ajoutant : « Je ne sais pas où est le "progressisme" dans cette majorité ou dans ce gouvernement, mais il n’est sûrement pas dans le domaine des libertés publiques. Ces gens osent des choses venues tout droit du 19e siècle répressif. » Il traite les députés LREM de « nains de jardin » et poursuit : « Peut-être un jour devra-t-on passer un permis de manifester qui ne sera délivré qu’à ceux qui auront fait la preuve de l’innocuité de leurs opinions et de l’excellence de ce "comportement" dont parle le projet de loi. » 

On pourrait traiter avec mépris ces déclarations venant de personnes qui, jusqu’à présent, ont largement cautionné tous les errements anti-sociaux de la « gauche ». En fait, les choses sont un peu plus complexes : subsiste parmi les intellectuels et avocats une tradition humaniste qui peut en amener certains, dans certaines circonstances, à réagir, à l’instar d’un Georges Bernanos en 1937 contre la répression franquiste ou d’un François Mauriac qui, dès janvier 1955, dénonça la torture en Algérie. Dans les circonstances actuelles, tout ce qui pourrait fragmenter le front des éborgneurs et freiner la marche du néolibéralisme autoritaire est bienvenu. 

Mais, bien entendu, en dernière analyse, ce qui sera déterminant sera le rapport de forces entre un pouvoir menteur et répressif et le mouvement social. 

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