Le 11 novembre, contre Trump et son monde

Il est des anniversaires dont la valeur symbolique se voit multipliée par la conjonction des événements qui l’accompagnent. Ainsi, ce 11 novembre 2018 n’est pas seulement le centième anniversaire de la fin de la boucherie sans nom qu’a été la Première Guerre mondiale. C’est aussi un moment où les forces ultra-réactionnaires gagnent du terrain dans le monde entier — le plus récemment de façon catastrophique au Brésil, peu auparavant en Italie, et plus largement au sein de l’Union européenne.

Macron prétend se distinguer de cette vague, et espère se refaire une popularité avec les commémorations du 11 Novembre. Le 4 novembre il a entamé une tournée sur les sites de grandes batailles de la guerre de 1914-1918, espérant ainsi se poser en défenseur d’une mémoire populaire de la guerre. 

Unité pour la guerre

Mais l’unité nationale qu’il défend, l’unité franco-allemande avec l’invitation faite à Merkel, l’unité affichée avec ses alliés US, saoudien et israélien, c’est une unité pour la guerre, pour la répression des migrantEs, pour la défense du « rôle de la France dans le monde » dont on sait qu’elle a toujours été le nom pudique de son rôle de grande puissance impérialiste. Poutine, boucher de la Syrie, sera également présent à Paris : on aura vraiment affaire à un rassemblement d’une hypocrisie monstrueuse pour ce « Forum sur la Paix » !

Le symbole le plus éclatant de cette hypocrisie est l’invitation faite dès l’été à Donald Trump.

Son élection à la fin 2016 a été le marqueur de la nouvelle vague xénophobe, raciste, belliciste, autoritaire, à l’échelle mondiale. Encore et toujours, Trump continue d’essayer d’imposer une politique criminelle, que ce soit contre les migrantEs qu’il menace de tuer dès qu’ils pénètrent sur le territoire étatsunien, contre les populations victimes de la guerre et de l’occupation au Yémen, en Palestine, en Syrie, en Afghanistan, contre la planète en encourageant une fuite en avant apocalyptique avec une dérégulation générale des énergies fossiles. Plus puissant dirigeant de la planète, symbole de la monstruosité de ce système d’oppression et d’exploitation, il encourage aussi tous ceux qui se reconnaissent dans son message de violence envers les femmes, les migrantEs, les juifEs, les noirEs, les latinos.

Résistance

Mais dans la résistance de masse qui s’est levée contre lui, nous pouvons voir à l’inverse tout l’espoir d’un monde à changer. Depuis son élection, ce sont des millions de personnes qui ont protesté contre lui dans le monde entier. Aux États-Unis en premier lieu, où les marches des femmes ont rassemblé entre 3 et 5 millions de manifestantEs, auxquels il faut ajouter des millions encore à travers le monde. Des mobilisations se sont développées à de multiples occasions, contre le muslim ban, contre la construction de l’oléoduc du Nord-Dakota, en défense de la science et contre le réchauffement climatique, à Charlottesville contre la montée de l’extrême droite, contre la séparation des enfants migrants de leurs parents, pour la défense des transgenres… Les rues des États-Unis se sont remplies de cortèges combatifs, bigarrés, avec un haut sentiment de la nécessité de l’unité pour la défense de touTEs les oppriméEs et exploitéEs.

Au printemps 2018, la vague de grèves sauvages d’enseignantEs dans différents États considérés comme parmi les plus favorables à Trump (Arizona, Colorado, Oklahoma, Virginie Occidentale), souvent couronnées de succès, a montré que les succès économiques dont cherche à se prévaloir Trump cachent un mécontentement puissant, une colère envers le délabrement du service public, une capacité à la lutte collective contre Trump et son monde.

À Pittsburgh, Trump a eu le culot de se prévaloir du soutien de l’ambassadeur d’Israël pour se dédouaner de sa responsabilité d’inspirateur du tueur antisémite, mais l’organisation juive Bend the Arc lui a adressé une lettre ouverte au vitriol : « Vous avez aussi délibérément ébranlé la sécurité des gens de couleur, des musulmans, de la communauté LGBTQ, des handicapés. Le massacre de samedi n’est pas le premier acte de terrorisme contre une minorité dans notre pays que vous avez encouragé. » 1 500 manifestantEs ont protesté contre sa venue le 30 octobre, avec les slogans « Trump : les mensonges tuent » ou « Pas de haine, pas d’armes à feu, pas de Trump ».

Convergence

La mobilisation contre Trump aura nécessairement une portée bien plus large que sa seule venue. C’est une lutte contre Trump... et son monde ! En France aussi, la réussite de la mobilisation pèsera dans la dynamique des luttes : le 31 octobre un meeting à la Bourse du travail de Paris a réuni 250 militantEs et une trentaine d’intervenantsE de différents groupes, partis, organisations syndicales et associatives. Guerre, racisme, sexisme, homophobie, transphobie, environnement : l’étendue des thèmes abordés montre à quel point la manifestation du 11 novembre, qui partira à 14 heures de la place de la République à Paris, est un point de convergence nécessaire.

Sylvestre Jaffard

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