La question des réfugiéEs, une ligne rouge pour les internationalistes

En cette rentrée, la question des migrantEs est au cœur des débats du début de campagne des élections européennes. Et on peut dire qu’il y a du gros temps, et qu'un vent mauvais souffle. 

La pression de l’extrême droite raciste et xénophobe a miné le terrain dans toute l’Europe. Il y a urgence à reprendre l’offensive idéologique pour faire entendre une voix internationaliste, solidaire, sans la moindre réserve, de nos frères et sœurs de classe que les conflits, les catastrophes climatiques, la misère ou simplement leur choix, transforment en réfugiéEs. Et cela commence par un débat qui s’annonce serré avec les voix qui, à gauche de la social-démocratie, commencent à déraper gravement.

« Il faut être réaliste »

L’espace médiatique ouvert par les déclarations de Sahra Wagenknecht en Allemagne semble avoir provoqué un appel d’air dans les rangs de La France insoumise. Dans le Figaro du 9 septembre, un cadre de la FI déclare : «Il faut être réaliste. Si nous adoptons la même ligne que les formations d’extrême gauche sur l’immigration, dans le contexte actuel, nous sommes morts politiquement. Contrairement à certaines formations, nous, nous avons vocation à gagner dans les élections ». À mettre en rapport avec les déclarations de Jean-Luc Mélenchon dans le Monde le 24 août (« Je n’ai jamais été pour la liberté d’installation et je ne vais pas commencer aujourd’hui. »), et dans son livre paru le 8 septembre (« Si on ne veut pas que les gens viennent, il vaut mieux qu’ils ne partent pas. […] Il faut cesser de croire que les gens partent par plaisir. Donc éteignons l’une après l’autre les causes de leur départ. Elles sont très simples, c’est la guerre et la misère »). 

Bien sûr ce n’est pas un racisme crétin, mais les prétendus intérêts des peuples d’ici et d’ailleurs qui guideraient ces propos. Ainsi, toujours selon Mélenchon : « Oui, il y a des vagues migratoires, oui, elles peuvent poser de nombreux problèmes aux sociétés d’accueil quand certains en profitent pour baisser les salaires en Allemagne. Nous disons : honte à ceux qui organisent l’immigration par les traités de libre-échange et qui l’utilisent ensuite pour faire pression sur les salariés. » Et l’aboutissement de ce raisonnement est tenu par Djordje Kuzmanovic (futur candidat de la FI aux européennes) : « La bonne conscience de gauche empêche de réfléchir concrètement à la façon de ralentir, voire d’assécher les flux migratoires. […] On ne peut pas laisser mourir les gens en Méditerranée, mais si une personne n’est pas éligible au droit d’asile, il faut la renvoyer dans son pays. Et rapidement. »

Pas de fatalité, mais un rapport de forces 

Au NPA, nous défendons l’ouverture des frontières, la liberté de circulation et d’installation pour touTEs, et l’égalité des droits de manière indissociable. Et ce n’est pas l’affaire d’une « bonne conscience » mais d’une compréhension d’appartenir à une classe qui n’a pas de frontière. Il n’y a pas de logique économique selon laquelle des conditions objectives permettraient d’augmenter ou de diminuer les salaires, de développer un pays ou de l’enfoncer dans le sous-développement. Il y a des classes sociales qui se battent et créent des rapports de forces politiques. Si le patronat allemand peut utiliser les réfugiéEs pour faire baisser les salaires, c’est qu’il a déjà créé les conditions qui font que, selon le journal La Tribune, « la prospérité allemande est un cauchemar pour 40 % de ses citoyens ». Il n’y a pas de fatalité sur le fait qu’un afflux de population provoque une baisse des salaires. Des historiens ont, par exemple, montré qu’en 1962 et les années suivantes, le retour en catastrophe des 900 000 rapatriéEs d’Algérie a provoqué une baisse ponctuelle des salaires dans les régions d’arrivée avant que ceux-ci ne remontent… après 1968. Toute la question est de savoir qui est à l’offensive : les patrons et leur personnel politique, ou le mouvement ouvrier internationaliste. Diviser le monde du travail a toujours été une arme des classes dominantes. Nous devons donc leur opposer un programme qui réalise l’unité de notre camp. C’est pour cela que le NPA défendra dans la campagne des européennes :

– l’arrêt des interventions militaires françaises et européennes dans quelque cadre que ce soit ; 

– la fermeture des hotspots en Afrique ;

– la régularisation de touTEs les sans-papiers pour en finir avec la clandestinité qui condamne à l’exploitation et à la précarité généralisées ;

– la diminution du temps de travail pour partager le travail entre toutes les mains quelles que soient leur couleur, leur origine, ou leur nationalité…

Plus que jamais convaincuEs que « l’Internationale sera le genre humain » !

Cathy Billard 

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