La peste nationale-libérale

En 1989, après la chute du mur de Berlin, le chercheur américain Francis Fukuyama publia un article intitulé « La fin de l’histoire », suivi en 1992 par un livre où il écrivait notamment : « Ce à quoi nous assistons n’est peut-être pas seulement la fin de la guerre froide, ou le passage d’une période particulière de l’histoire d’après-guerre, mais la fin de l’histoire en tant que telle... C’est le point final de l’évolution idéologique de l’humanité et de l’universalisation de la démocratie libérale occidentale comme forme finale du gouvernement humain. »

Trois décennies plus tard, force est de constater que non seulement la « démocratie libérale occidentale » a, avec la Chine stalino-capitaliste, un sérieux compétiteur, mais aussi que, jour après jour, se confirme à des degrés divers une mutation autoritaire y compris dans les États bourgeois stables. La décision du nouveau Premier ministre britannique Boris Johnson de mettre le Parlement en vacances au moment où des décisions cruciales doivent être prises sur le Brexit en est un nouvel exemple.

Après la crise de 2007-2008, bourgeoisies et gouvernants de droite et de « gauche » se sont accrochés, sur le plan économique, à la mondialisation néolibérale (tout en renforçant les aspects sécuritaires et anti-immigréEs de la gestion de l’« ordre social »). Ils sont aujourd’hui en train d’évoluer, de façon inégale et différenciée selon les pays, vers ce que le chercheur Jean-François Bayart1 a dénommé « national-libéralisme ». Trump aux USA, Orbán en Hongrie, le gouvernement polonais, Bolsonaro au Brésil, Erdogan en Turquie, Salvini en Italie, Modi en Inde… sont des néo-libéraux en matière sociale (aucun soutien aux droits sociaux) et fiscale (tout pour les entreprises et les riches) et affirment simultanément, haut et fort, la défense de la souveraineté nationale et du peuple. Ils essaient de masquer la contradiction par des discours musclés, et Jean-François Bayart note : « Le national-libéralisme condamne au mensonge d’État, à la prestidigitation politique, à l’équilibrisme gouvernemental, à l’illusion identitaire ».
L’histoire n’est donc pas terminée. Ni celle des oppressions ni celle des résistances nécessaires contre les démagogues réactionnaires et ceux qui font semblant d’être plus « raisonnables », à l’instar de Macron toujours prêt à dégainer son LBD face à un mouvement social.

  • 1. Jean-François Bayart, l’Impasse nationale-libérale. Globalisation et repli identitaire, La Découverte, 2017.

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