La percée dangereuse de Le Pen

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Marine Le Pen se qualifie pour le second tour, avec 21,3 % des suffrages, et bat son record de voix. Et ce serait normal ? 

Quinze ans après le choc du 21 avril 2002, le FN, autoproclamé « premier parti de France » en nombre de voix lors des élections intermédiaires de 2015, est de nouveau au second tour de l’élection présidentielle. Certes pas en tête comme l’avait prédit Rachline lors du meeting de Bercy le 17 avril dernier, mais bel et bien présent. 

On peut dire qu’on est très loin du « choc » de 2002 et des manifestations d’abord spontanées, puis plus organisées, qui avaient suivi. Après la banalisation de ses idées nauséabondes et de son ancrage institutionnel, le tout orchestrés par des médias et des concurrents politiques qui refusent de l’attaquer sur le fond, nous sommes désormais devant la banalisation de ses résultats électoraux. Pour certains éditorialistes, son score est même présenté comme « décevant »… participant ainsi encore plus à cette banalisation. 

État des lieux du problème

Un million de voix de plus par rapport à 2012, premier vote chez les ouvriers, les chômeurs et les salariés du public...

Ce 23 avril, la candidate du FN a obtenu 7,64 millions de voix, alors qu’en 2012, elle n’en avait obtenu « que » 6,42 millions. C’est donc un nouveau record historique en nombre de voix pour le FN et un nouveau coup porté au fameux « plafond de verre ». 

Avec 32 % des suffrages des employés et 37 % de ceux des ouvriers, le vote Le Pen est en tête chez les actifs, mais aussi chez les chômeurs (26 %) et les salariés du public (27 %), selon une étude Ipsos-Sopra-Steria (c’est même plus dans d’autres études). Toujours selon cette étude, les moins diplômés ont aussi choisi Marine Le Pen (30 %) ainsi que les 35-49 ans et les 50-59 ans. Mais Le Pen n’arrive à convaincre ni la jeunesse ni l’électorat le plus âgé. 

Niveau géographique, par rapport à 2012, le FN progresse partout, en particulier dans le nord et le nord-est de la France mais aussi dans le Var. Marine Le Pen est en tête dans tous les départements de Hauts-de-France. Et comme cela a été le cas pour les élections intermédiaires, le FN est plébiscité dans les territoires ruraux et commence à séduire les villes moyennes. Ce scrutin montre une fois encore un développement du FN sur l’ensemble du territoire. 

Faire barrage par le « front républicain » ? 

Face à la présence de Le Pen au second tour, le classique appel à « faire barrage au FN » dans les urnes quel que soit le candidat en face refait surface comme si cela suffisait à le combattre réellement.  Pour le NPA et ses militantEs, Le Pen qui se prétend la candidate du peuple, représente un danger mortel pour l’ensemble des libertés démocratiques, pour les populations racisées, les étrangers présents sur le sol français et, de manière générale, contre tous les acquis et progrès sociaux. Le véritable problème est que ce sont les politiques antisociales et sécuritaires menées depuis plusieurs décennies, en particulier par les derniers gouvernements – dont Macron a été un des artisans – qui lui ont ouvert la voix.

Nous devons donc d’abord convaincre du péril que représentent les idées du FN pour notre camp social : dans les entreprises, les services et les quartiers, pas une voix ne devrait aller au vote Le Pen. Dimanche 7 mai, beaucoup voudront faire barrage au FN en votant Macron, nous le comprenons. Mais soyons aussi convaincu que Macron ne peut constituer un rempart durable contre le FN. Lui-même fait aussi partie du problème, pas de la solution.

Combattre le FN au quotidien, reconstruire une perspective

Le combat contre le FN ne peut pas être mené tous les cinq ans dans les urnes. Les résultats de dimanche nous montrent bien que cela ne suffit pas. Plus que jamais, l’heure est à la mobilisation dans la durée, au quotidien.

Nous devons reconstruire un mouvement anti-FN large et unitaire, rassemblant l’ensemble du mouvement ouvrier (associations, partis, organisations syndicales) ; développer les luttes quotidiennes pour l’égalité des droits au côté des sans-papiers, des migrantEs, contre les discriminations, pour une autre répartition des richesses, pour permettre à toutes et tous de travailler... Lutter durablement contre la lourde menace de l’extrême droite.

Mais il y a aussi urgence de reconstruire un parti pour les exploitéEs et les oppriméEs, pour représenter nos intérêts : reconstruire une perspective d’émancipation, pour porter le projet d’une société débarrassée de l’exploitation et de toutes les oppressions. L’espoir contre le désespoir...

Sandra Demarcq

 

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