La fuite en avant répressive de la Macronie et ses soutiens

Pas une semaine ne se passe sans nouveaux témoignages et nouvelles images de violences policières commises, notamment, dans le cadre des manifestations des Gilets jaunes. Mais la Macronie et ses soutiens, loin de vouloir freiner la machine répressive, semblent pris dans une irrésistible fuite en avant, où se mêlent déni, mauvaise foi et provocations.  

Le mercredi 6 mars, Michelle Bachelet, ancienne présidente du Chili et Haut commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, appelait le gouvernement français à « [mener] urgemment une enquête approfondie sur tous les cas rapportés d’usage excessif de la force » contre le mouvement des Gilets jaunes. Après le Conseil de l’Europe, qui avait appelé fin février à « suspendre l’usage du LBD dans le cadre des opérations de maintien de l’ordre » afin de « mieux respecter les droits de l’homme », c’est donc un nouvel organe peu suspect de sympathies gauchistes qui s’en prend explicitement à la politique répressive du gouvernement français. Et comme on pouvait s’y attendre, la réaction de ce dernier a été à la hauteur du mépris affiché depuis plusieurs mois à l’égard des centaines de victimes de violences policières. 

« En France on est dans un État de droit »

« J’aime beaucoup entendre les conseils du haut-commissaire mais je rappelle qu’en France on est dans un État de droit et que la République à la fin est la plus forte », a ainsi commenté Édouard Philippe, tandis que Benjamin Griveaux affirmait « s’étonner tout de même de se retrouver cité dans une liste entre le Venezuela et Haïti où il y a eu des morts […] à la suite de manifestations ». On relèvera qu’au-delà de son mépris affiché à l’égard de Michelle Bachelet, le Premier ministre s’appuie sur un raisonnement circulaire (« Il n’y a pas de violences policières dans un État de droit, or la France est un État de droit, donc il n’y a pas de violences policières en France ») dont on pourrait facilement inverser la logique (« Il n’y a pas de violences policières dans un État de droit, or il y a des violences policières en France, donc la France n’est pas un État de droit »). Idem pour Benjamin Griveaux, qui non seulement sous-entend ce que le rapport du Haut commissariat ne dit pas (aucune comparaison n’y est effectuée avec le Venezuela ou Haïti), mais témoigne en outre d’un « étonnement » que l’on peut aisément lui renvoyer : ce qui est « étonnant » n’est pas que la France soit citée dans le rapport, mais que certains feignent de croire qu’il y aurait de quoi s’en offusquer.  

L’axe Mélenchon-Maduro-Bachelet

Au-delà du personnel politique de la Macronie, le rapport du Haut commissariat n’a pas manqué de faire réagir certains éditorialistes chiens de garde, qui sont eux aussi montés au créneau pour délégitimer la prise de position de Michelle Bachelet. Cette dernière a ainsi été traitée par l’inénarrable Jean-Michel Aphatie de « sous-secrétaire désœuvrée qui s’est exprimée un jour où elle s’ennuyait », tandis que l’émission « 24 heures Pujadas » du 6 mars, sur LCI, a donné lieu à un échange surréaliste entre, notamment, Serge Raffy de l'Obs, Sophie Coignard du PointetIvan Rioufol du Figaro. Y ont été dénoncés, pêle-mêle, entre plaisanteries de mauvais goût et sourires entendus une « instrumentalisation de l’ONU », une « attaque contre la France », une « manipulation politique », une tentative de « salir le gouvernement français » et, en apothéose, un « axe assez troublant » réunissant « les Chavistes », la FI et Michelle Bachelet1. Misère…

Des réactions qui prêteraient à sourire si la situation n’était pas aussi grave, avec des centaines de blesséEs et des dizaines de mutiléEs, et qui traduisent « en même temps » un mépris souverain à l’égard des Gilets jaunes et une adhésion de plus en plus inquiétante au tout-répressif. En effet, force est de constater que si l’étonnement est simulé, le cynisme ne l’est pas et que, même si la question des violences policières s’est peu à peu installée dans le débat public, certains tentent toujours effrontément de minorer le phénomène. La bataille continue, au côté des Gilets jaunes, des comités Vérité et justice, des associations de victimes, et de toutes celles et tous ceux qui refusent que l’inacceptable soit normalisé.   

Julien Salingue

  • 1. On attend avec impatience la prochaine émission de David Pujadas consacrée au complotisme…

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