La crise politique est là

Après la séquence euphorique de la Coupe du monde et la mise en scène d’un président triomphant, à l’image de l’équipe nationale, Macron vient de se prendre un méchant carton rouge avec l’affaire Benalla. 

Depuis les révélations du Monde, tout s’enchaîne : le profil atypique de Benalla, son importance dans le dispositif Macron, ses privilèges. Puis viennent les auditions à l’Assemblée nationale du ministre de l’Intérieur, du Préfet de police de Paris, du directeur de la DOPC, qui se repassent tous la patate chaude en regardant chacun avec insistance en direction de l’Élysée. Le tout dans un silence assourdissant de Macron dont la communication, pourtant d’habitude tirée au cordeau, montre ici ses limites. 

Car derrière le scandale qui écorne la prétendue « présidence exemplaire », le chef de l’État doit faire face à sa première crise politique. D’ores et déjà, l’examen du projet de réforme constitutionnelle, si chère à Macron, a dû être reporté. Et nul doute que le renforcement de l’hyper-présidentialisation sera plus difficile à faire avaler après l’affaire Benalla. Le retour de la loi « Asile-Immigration » à l’Assemblée fin juillet risque également de faire désordre, tant le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb ressort affaibli de cette affaire. Et il sera difficile pour l’Élysée de le faire sauter comme fusible  sachant qu’il est au cœur du dispositif politique de la Macronie.

Nul ne sait, à l’heure actuelle, jusqu’où la crise ira, mais elle pourrait mettre un coup d’arrêt à l’ivresse du pouvoir dont jouit Macron depuis son élection. Grand gagnant d’un concours de circonstances en 2017, il n’a, depuis, fait qu’engranger les victoires politiques en faisant passer, à marche forcée et sans embûches – mais pas sans résistances, chacun des axes de sa politique ultralibérale. Au-delà du profil du personnage, l’attitude de Benalla le 1er mai et la bienveillance de sa hiérarchie traduisent aussi cette toute-puissance du pouvoir, et son culte du secret et de l’opacité, érigés en mode de gouvernance malgré les déclarations sur la « transparence ». Une toute-puissance favorisée et rendue possible par les institutions de la Ve République. 

Nul doute que cet affaiblissement peut devenir un point d’appui pour les nombreux combats à mener à la rentrée. Face aux violences du gouvernement, qu’elles soient sociales ou physiques, il est grand temps de désarmer Macron !

Camille Jouve

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